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Etrange Yvonne de Philippe Bœsmans

À emporter, CD, Opéra

Philippe Boesmans (né en 1936) : Yvonne, princesse de Bourgogne. Dörte Lyssewski, Yvonne ; Paul Gay, le Roi Ignace ; Mireille Delunsch, la Reine Marguerite ; Yann Beuron, le Prince Philippe ; Victor von Halem, le Chambellan ; Hannah Esther Minutillo, Isabelle ; Jason Bridges, Cyrille ; Jean-Luc Ballestra, Cyprien ; Guillaume Antoine, Innocent ; Marc Cossu-Leonian, Valentin ; Laurent David, le mendiant ; Lucille Richardot, Denis Lefort, les deux tantes ; Hélène Fauchère, soprano solo ; Marie-George Monet, alto solo ; Edouard Hazebrouck, ténor solo ; Jean-Christophe Jacques, basse solo ; Lucie Lacoste, Maryseult Wieczorek, Anna Marie Jacquin, les trois dames. Ensemble vocal Les jeunes solistes (chef de chœur : Rachid Safir), Klangforum Wien, direction : Sylvain Cambreling. 2 Cds Cypres. Code barre : 5 412217 046323. Enregistré au Palais Garnier, Opéra National de Paris, en janvier 2009. Livret bilingue (anglais, français). Durée totale : 116’56’’

 

Cet enregistrement témoigne de la création du dernier opéra de Philippe Boesmans, qui s’est d’ores et déjà imposé comme un grand compositeur lyrique contemporain, associé à ses deux librettistes et Marie-Louise Bishofberger. Après Schnitzler, Shakespeare et Strindberg (Julie), c’est au tour du célèbre dramaturge et romancier polonais Witold Gombrowicz d’être adapté par cette fine équipe, dont le choix s’est porté sur cette étrange Yvonne, la première pièce de cet auteur.

Étrange, elle l’est à plus d’un titre. Quel sont les mobiles qui font se mouvoir les personnages principaux ? À commencer par Yvonne, qui ne dit presque rien, agit encore moins, mais dont la laideur, du moins semble-t-il, excite les passions ; le prince Philippe ensuite, d’abord visiblement perdu dans sa vie, puis bourreau ; quelle raison les pousse ? La référence à l’arbre au début du premier acte, un ajout des deux librettistes, nous met sur la piste du grand moment de reconnaissance de La Nausée de Sartre, contemporaine de la pièce ; Yvonne serait-elle à Philippe ce que l’œuvre d’art est à Roquentin : une manière de divertissement pour oublier la vacuité de l’existence ? En matière d’interprétation, il semble que cette pièce soit largement ouverte.

Il est plus aisé de trouver des ponts entre Yvonne et les opéras précédents de Bœsmans : le duo autodestructeur nous renvoie à Julie, et le motif du cercle, très présent au deuxième acte, à Reigen. Du point de vue du style musical de l’œuvre, le compositeur reste fidèle à son éclectisme personnel, entre références aux conventions, à la tonalité, et sonorités plus contemporaines. Bien que moins agressives que dans Reigen, le pseudo style baroque du troisième acte ou le Lacrimosa final par exemple sont assez déroutants. On touche là du doigt une association un peu primaire qui explicite le sous-titre de l’œuvre : ce qui est comique, ce sont ces éléments empruntés à une langue musicale conventionnelle, qui peignent l’hypocrisie de la cour du Roi Ignace ; ce qui est tragique, c’est ce style plus contemporain, qui fonctionne à merveille pour accompagner les situations les plus sordides. Le problème de ce genre d’associations «à effet garanti», c’est qu’elles ne sont plus assez neuves pour pouvoir vraiment remplir la fonction escomptée. Il nous restera pour sourire un peu au milieu de cet étalage de noirceur la figure du chambellan, ridicule courtisan idéalement mis en voix par , une basse moutonnante, et surtout les deux tantes, dont l’une n’est autre que le ténor Denis Lefort, qui font merveille au premier acte.

En ce qui concerne le plateau, disons tout de suite que l’orchestre et le chœur sont impeccables d’un bout à l’autre. Les solistes tiennent bien leur place : est un prince Philippe halluciné, à la voix agréable et sûre dans le médium, mais dont les attaques et les aigus sont parfois un peu incertains ; la tessiture ample de convient quant à elle tout à fait au personnage de la reine Marguerite – on souhaiterait de son côté une élocution plus claire. L’interprète qui tire son épingle du jeu est sans conteste , malgré le rôle secondaire d’Isabelle ; cédant un peu à l’arioso pour ce personnage, la partition de Bœsmans lui permet de montrer la pureté de son soprano, associé à une certaine légèreté de caractère, particulièrement appréciable. Si nous devions enfin exprimer un regret concernant le plateau, ce serait le choix de pour Yvonne : pour dire qu’elle n’a que quelques répliques, elle aurait pu veiller à travailler sa prononciation du français !

 

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