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Orphée et Eurydice version Berlioz et… Mats Ek !

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Genève. Grand Théâtre. 09-III-2011. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, opéra en trois actes sur un livret de Ranieri de’Calzabigi traduit en français par Pierre-Louis Moline. Version d’Hector Berlioz. Mise en scène et chorégraphie : Mats Ek. Décors et costumes : Marie-Louise Ekman. Lumières : Erik Berglund. Avec Annette Seiltgen, Orphée ; Svetlana Doneva, Eurydice ; Clémence Tilquin, L’Amour. Orchestre de la Suisse Romande, Chœur du Grand Théâtre (chef de chœur : Ching-Lien Wu, direction), Ballet du Grand Théâtre de Genève, direction musicale : Jonathan Darlington

«Vous chantiez ? Eh bien, dansez maintenant !» clame la Cigale de La Fontaine à la Fourmi. Faire danser des chanteurs. C’est le tour de force que le scénographe réussit avec pas mal de brio dans le spectacle de cet Orphée de Gluck/Berlioz. Dans nos lignes, nous avons souvent souligné les extraordinaires capacités du Chœur du Grand Théâtre de Genève. Ici, il confirme une fois de plus ses qualités vocales qu’il doit à sa chef Ching-Lien Wu qui, depuis bientôt dix ans, a formé cet ensemble à une aptitude de chanter sans effort apparent, avec les nuances sonores d’un soliste et une diction d’exception. Sa cohésion vocale, sa technique permettent à plus d’un metteur en scène d’utiliser le chœur genevois comme un acteur à part entière. Une gageure qui autorise de mêler dans d’intelligents mouvements ces choristes qui ne sont pas danseurs avec des danseurs qui ne sont pas chanteurs. Si à cet effet, le premier tableau de l’opéra de Gluck semble ne pas se prêter idéalement à ce choix scénographique, avec ses personnages fantastiques comme sortis du Jugement dernier de Jérôme Bosch, et Orphée tournoyant et descendant des cintres pour rejoindre le royaume des morts, la scène des furies est particulièrement réussie.

Pourtant, en dehors de cet effet scénique éloquent, Mats Ek ne convainc pas dans son choix scénique. Il brouille les cartes de Gluck en montrant un Orphée, vieux, malade, en fin de vie. Un Orphée plus chargé de regrets que de l’amour explosif de la jeunesse. Une option théâtrale qui ne colle malheureusement pas à la voix d’une mezzo. Un ténor avec sa voix plus corsée, plus vaillante aurait sans doute mieux collé à cette idée. Vêtu d’un costume noir, d’un veston trop large, de pantalons retenus par des bretelles, coiffée d’une perruque au cheveu rare, le visage creusé, cet Orphée apparaît comme un vieillard en proie à des rêves désabusés. Une impression renforcée par la voix terne d’Annette Seiltgen. Dans l’espace trop vaste du plateau du Grand Théâtre, ouvert jusqu’au fond de scène, son chant se perd et avec lui, l’émotion. Une émotion qui doit pourtant habiter la mezzo allemande ne serait-ce que pour ce moment de grâce qu’elle offre quand, sur le devant de la scène, agrippée au rideau de scène, elle crie un bouleversant «Ô vous, ombres que j’implore».

Autre improbable actrice, la soprano Svetlana Doneva campe une Eurydice fade, semblant complètement étrangère à toute passion amoureuse. Peut-être a-t-elle trop longtemps goûté aux délices virginaux du Royaume des Morts pour que s’allume encore sa passion pour cet Orphée décati ?

Certes l’amour est une chrysalide, mais était-il nécessaire de momifier la soprano Clémence Tilquin (Amour) d’un emballage de bandelettes, faisant plus penser à l’épouse de l’Homme Invisible de H. G. Wells qu’au Cupidon de l’Amour ? Malgré l’impossible expression théâtrale imposée par ce costume, la soprano délivre un message vocal d’une clarté lumineuse, avec une voix superbe, une diction parfaite. Un travail de dentelle récitaliste. Après l’ouverture jouée au niveau du plateau, descendant dans la fosse, comme aux enfers, l’ tous vêtus de frac, chapeautés de feutres noirs (et pourquoi ?) est apparu souvent mou, parfois même décalé entre les pupitres, dirigé par un que nous avions connu plus incisif quand il dirigeait l’Orchestre de Chambre de Lausanne.

Un spectacle qui confirme, une fois de plus, qu’il ne suffit pas d’avoir des idées de mise en scène encore faut-il les exprimer, les montrer, les raconter. Pour cela, il faut savoir diriger des acteurs. Hélas, aujourd’hui, à l’opéra, peu sont les metteurs en scène qui ont cette capacité-là !

Crédit photographique : Annette Seiltgen (Orphée) © GTG/Vincent Lepresle

 

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Genève. Grand Théâtre. 09-III-2011. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, opéra en trois actes sur un livret de Ranieri de’Calzabigi traduit en français par Pierre-Louis Moline. Version d’Hector Berlioz. Mise en scène et chorégraphie : Mats Ek. Décors et costumes : Marie-Louise Ekman. Lumières : Erik Berglund. Avec Annette Seiltgen, Orphée ; Svetlana Doneva, Eurydice ; Clémence Tilquin, L’Amour. Orchestre de la Suisse Romande, Chœur du Grand Théâtre (chef de chœur : Ching-Lien Wu, direction), Ballet du Grand Théâtre de Genève, direction musicale : Jonathan Darlington

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