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Thomas Hampson et l’Abschied de Mahler

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 05-IV-2011. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 (Adagio) ; Das Lied von der Erde (Le Chant de la Terre). Burkhard Fritz, tenor ; Thomas Hampson, baryton. Gustav Mahler Jugendorchester, direction Philippe Jordan.

Venant juste après le cycle Mahler de Valery Gergiev, qui n’avait d’ailleurs pas abordé Le Chant de la Terre, et quelque jours après une Septième décortiquée dans ses moindres détails, nouvel épisode de l’intégrale de Daniele Gatti dont son Chant de la Terre est attendu la saison prochaine, nous proposait son Mahler avec deux des ultimes opus du compositeur et chef d’orchestre viennois, programme d’une tournée européenne du Jungendorchester. Petite originalité du programme, il choisit de nous faire entendre la version pour baryton du cycle de lieder.

Comme souvent avec les orchestres «de jeunes», l’effectif invité sur le plateau est franchement pléthorique, en particulier dans les pupitres de cordes largement au delà des soixante instruments habituels. Il faut soigneusement en maitriser le volume sonore pour ne pas noyer les chanteurs, ce que , chef rompu à la discipline de l’opéra, réussit avec maestria. Mais avant d’en arriver là, il nous donna une version presque «heureuse» de l’Adagio de la Symphonie n°10, comme s’il avait voulu retarder jusqu’à l’extrême limite, c’est à dire la toute dernière partie du mouvement, l’irruption du dramatique, du tragique voire même du torturé. Ainsi avions nous le sentiment qu’il essayait avant tout de jouer «beau» et clair, et de faire harmonieusement sonner son orchestre et ses solistes. Le ton instauré, tout en calme et rondeur, n’était pas désagréable à entendre mais ne faisait pas vraiment monter la tension ni ne donnait la sensation de progression, le changement de climat à la fin devenant de ce fait abrupt et aucunement préparé par ce qui a précédé.

Comme on l’a dit, c’est la version pour ténor et baryton du cycle de lieder Das Lied von der Erde qui nous attendait après l’entracte, avec , dont Florestan ou Lohengrin font partie des rôles actuels, dans les lieder impairs et pour les lieder pairs celui qui est sans doute une des références actuelles dans ce répertoire, . Evidemment la partie de ténor est la plus vicieuse car commençant tout en force par une Chanson à boire de l’affliction de la terre réclamant la puissance de heldentenor, elle se poursuit par De la jeunesse et L’homme ivre au printemps qui réclament plus de subtilité, de douceur et de jeux de timbres. s’y montra valeureux et engagé, mais pas totalement convainquant du fait d’un ambitus dynamique un poil juste pour la vaillance du premier lied, et d’un timbre et de phrasés peu porteurs d’émotion ailleurs. Par comparaison semblait se mouvoir comme un poisson dans l’eau dans cette partition dont il a été un des champions. Certes il lui est peut-être moins facile aujourd’hui qu’hier d’affronter les (relativement rares) passages urgents et tumultueux de trois lieder qui lui sont dévolus, mais il assume joliment ses limites avec un art et un métier accompli. Et partout ailleurs il s’est montré comme à ses plus beaux jours, illustrant ces poèmes avec une facilité confondante, presque «confortable» tant tout tombait parfaitement en place, le mots, les phrases, les nuances, les respirations, on sentait qu’il était ici chez lui. Le  emmené par Philippe Jordan restait sur sa lancé stylistique de la première partie de concert, attentif, rigoureux, scrupuleux peut être au point de rester un peu réservé ici ou là (c’est aussi le style du chef), en tout cas, s’il n’était pas exceptionnel dans l’absolu, il se montra très bon pour Jungendorchester. Ce que le public, qui avait laissé des places vides au dernier balcon, mais parmi lequel on pouvait remarquer les chefs Pierre Boulez ou Daniele Gatti, mais aussi les frères Capuçon, déjà partenaires de cette formation, salua chaleureusement.

Crédit photographique : Thomas Hampson © Marco Borggreve

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 05-IV-2011. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 (Adagio) ; Das Lied von der Erde (Le Chant de la Terre). Burkhard Fritz, tenor ; Thomas Hampson, baryton. Gustav Mahler Jugendorchester, direction Philippe Jordan.

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