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Samson et Dalila par Tugan Sokhiev, un écrin sans bijoux

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Salle Pleyel. 17-V-2011. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Samson et Dalila, opéra en trois actes sur un livret de Ferdinand Lemaire. Version de concert. Avec : Elena Bocharova, Dalila ; Ben Heppner, Samson ; Tómas Tómasson, le Grand prêtre de Dagon ; Nicolas Testé, Abimelech ; Alain Gabriel, un Messager ; Guojón Óskarsson, un Vieillard hébreu ; Charles Ferré, Premier Philistin ; Tomislav Lavoie, Second Philistin. Chœur du Capitole de Toulouse (chef de chœur : Alfonso Caiani), Orchestre National du Capitole de Toulouse direction : Tugan Sokhiev

On attendait avec une espérance mélangée d’appréhension ce Samson et Dalila, idéal en théorie, mais dont les comptes-rendus des premières représentations toulousaines provoquaient de larges inquiétudes… L’espoir et les craintes se sont réalisés tous deux, avec un chœur et un orchestre fabuleux, et une distribution vocale bien en deçà de ce que l’on pouvait imaginer.

Remplaçant , forfait pour raison de santé, possède d’indéniables moyens, et une sauvagerie dans le timbre, propre aux grandes voix de l’Est, qui peuvent procurer une certaine excitation. Hélas, son interprétation est d’une vulgarité insoutenable, multipliant ports de voix et graves poitrinés, dans une langue bizarre qui ne comporte aucune consonne, si ce n’est quelque h aspirés tirés du fin-fond du gosier. Ligne, diction, style, sont visiblement pour elle des notions étrangères. Bien canalisée par un chef de chant, elle pourrait être remarquable. Telle quelle, elle est insupportable.

n’est plus que l’ombre de lui-même, et on souffre d’entendre ce chant précautionneux, ce timbre gris, ces aigus tirés, escamotés, voire craqués. Quelques moments de grâce nous rappellent ce qu’il fût, ce qui rend sa prestation plus douloureuse encore. est un Grand Prêtre vociférant et quelconque. Si l’on excepte le bel Abimelech de , les seconds rôles sont à la mesure du reste de la distribution, avec une mention spéciale à l’abominable vieillard hébreux de Guojón Óskarsson, qui ne retient de son personnage que le mot « vieux » et certainement pas le mot « chant ».

Le hiatus de cette distribution boiteuse avec un chœur et un orchestre en état de grâce en devient suffocant. Le chœur en particulier est époustouflant d’homogénéité, de prononciation, de nuances, et réserve les meilleurs moments de la soirée. La direction du très attendu propose des couleurs, des tempi, une progression dramatique, qui nous mènent sans faiblir d’une introduction en forme d’oratorio à une rutilante bacchanale débarrassée de son pompiérisme, en passant par des danses toutes en finesse. Du grand art ! Hélas, un opéra sans voix n’est plus un opéra…

Crédit photographique : © DR

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