Le Châtelet va craquer

La Scène, Musique symphonique

Paris, Théâtre du Châtelet. 10-VI-2011. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°8 « des mille » en mi bémol majeur. Erin Wall, soprano I / Magna Peccatrix ; Melanie Dierner, soprano II / una Poenitentium ; Kerstin Avemo, Mater Gloriosa ; Christine Knorren, alto I / Mulier Samaritana ; Marie-Nicole Lemieux, alto II / Maria Aegyptiaca ; Nikolai Andrei Schukoff, ténor / Doctor Marianus ; Detlef Roth, baryton / Pater Ecstaticus ; James Morris, basse / Pater Profundus. Maîtrise de Radio-France (chef de chœur : Sofi Jeannin) ; Chor der Sächsischen Staatsoper Dresden (chef de chœur : Pablo Assante) ; Chœur de Radio-France (chef de chœur : Matthias Brauer) ; Orchestre national de France, direction : Daniele Gatti

A se demander si la crise existe réellement : en moins de cinq ans la Symphonie « des mille » aura été donné à Paris quatre fois ! Après Eschenbach, Chung et Gergiev, voici le tour de . Mais…
Mais pourquoi persister à donner cette symphonie gigantesque dans une ville qui ne possède pas de salle de concert adéquate ? Le POPB (Eschenbach) nécessitait une sonorisation, la basilique Saint-Denis (Chung) avait rendu le tout inaudible, Pleyel (Gergiev) est sous-dimensionnée. Le Châtelet, en attendant la fameuse Philharmonie, n’est guère mieux. Les chœurs, placés en fond de scène, sont inaudibles. Le groupe de cuivres supplémentaires, au second balcon du public, écrase tout. La petite harmonie ainsi que tous les instruments « célestes » (harmonium, piano, harpes, mandoline, guitare, célesta) sont inaudibles. Le tout n’est guère arrangé par une direction trop brouillonne dans le premier mouvement. galvanise ses troupes certes, mais ne trouve pas le bon équilibre. Les décalages fusent ça et là, l’ensemble des pupitres ne semble pas assuré. Seul le plateau vocal, solide, s’en sort.

Les choses s’améliorent dans le vaste second mouvement, sorte d’opéra qui n’ose pas dire son nom. Daniele Gatti se fait un véritable orfèvre des sons, le National brille, les chœurs gagnent en assurance. Les solistes, qui ont dans cette partie des airs – en lieu et place des ensembles périlleux du « Veni Creator » initial – livrent le meilleur d’eux-mêmes, malgré des limites vocales indéniables pour certains d’entre eux. Si aucune de ces dames ne peut susciter un reproche, si nous nous devons de saluer la prestation solide de , il n’en est pas de même pour , aux moyens plus qu’usés. Quant à , il reste un grand mystère : timbre ingrat, voix inadaptée à ce répertoire, prononciation exotique de l’allemand, il rassemble toutefois les suffrages à l’applaudimètre.

Vivement la Philharmonie de Paris qui nous permettra enfin de profiter au mieux de ce monument mahlerien.

Crédit photographique : Daniele Gatti © DR

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