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Verbier : Gianandrea Noseda, le triomphe de Tosca

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Verbier. Salle des Combins. 24-VII-2011. Giacomo Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en espace : Marthe Keller. Avec Barbara Frittoli, Floria Tosca ; Riccardo Massi, Mario Cavaradossi ; Ambrogio Maestri, Scarpia ; Robert Gleadow, Cesare Angelotti ; Matteo Peirone, Il sagrestano ; Carlos Osuna, Spoletta ; Raymond Diaz, Sciarrone ; Christopher Roselli, Il carciere ; Hai Ting Chinn, la pâtre. Chœur The Collegiate Chorale (chef de chœur : James Bagwell). Verbier Festival Orchestra, direction : Gianandrea Noseda.

C’est devenu un leitmotiv : il se passe toujours quelque chose au  ! Cette soirée lyrique était très attendue en dépit des inévitables raccommodages de distribution de dernière heure qui ont fait les gorges chaudes des lyricomanes. Ainsi l’annoncé Cavaradossi du ténor russe Aleksandr Antonenko remplacé par un certain et le Scarpia de par le baryton . Deux chanteurs peu connus pour accompagner la Tosca  de . Voilà de quoi alimenter la polémique d’avant concert.

Mais le public s’est retrouvé bien bluffé au terme d’une soirée triomphale. Si une certaine carence de projection, de couleurs, de courage, d’audace vocale dénote l’envie de trop bien faire de (Mario Cavaradossi), quand, libéré de ce carcan, son E lucevan le stelle le révèle plus proche de ses capacités réelles. Alors, la voix se fait plus ouverte, ses phrases sont moins courtes, le vibrato reprend de la couleur. Hormis cette relative déception, certainement excusable pour un artiste encore en devenir, les autres protagonistes principaux ont offert une interprétation digne des plus grandes scènes lyriques.

Acteur principal de cette réussite, le chef italien dirige un avec une verve éblouissante. Sa direction nuancée tire de l’ensemble des couleurs orchestrales superbes faisant au passage découvrir des ambiances rarement entendues dans cette œuvre. Ainsi, lors de la première rencontre entre Tosca et Scarpia, l’orchestre, tout en retenue, étend un étrange voile de complicité entre les deux protagonistes. Un climat fait de la crainte naturelle de Tosca face au démoniaque tyran qui, de son côté, ne peut réfréner sa passion amoureuse.

Avec un (Scarpia) impressionnant tant par la taille que par la voix, (Tosca) se fond dans un discours lyrique extrême, conférant à son personnage une intelligence dramatique bouleversante faisant d’elle l’une des plus belles Tosca actuelles. La scène soudain s’éclaire d’une intensité émotionnelle rarement présente lors même qu’on aurait ajouté un environnement de décors et de costumes. La symbiose de l’orchestre et des chanteurs rejoint un sommet d’élévation artistique oppressant autant que jubilatoire. Un duo qui se termine en apothéose avec le Te Deum admirablement chanté par le Collegiate Chorale et la ponctuation orchestrale d’un transcendé par un bondissant, comme fou, emporté par le tragique d’une situation qu’il veut plus dramatique encore en poussant au paroxysme l’ensemble de son imposant orchestre. Il n’en fallait pas plus pour soulever l’enthousiasme d’un public saisi par la vague des émotions.

Dès le début du second acte, on replonge dans les émois à peine abandonnés. Ambrogio Maestri divulgue ce qui le pose en un Scarpia d’exception. Un Scarpia comme l’on en n’avait plus entendu depuis longtemps. Le timbre magnifique de sa voix, sans aucune aspérité, aux couleurs assemblées, lui permet de composer un personnage plus vil qu’on pourrait le penser. N’attaquant jamais ses mots dans la haine, les habillant au contraire d’une certaine douceur, son autorité n’en n’est que plus angoissante et empreinte d’une infamie extrême. Ainsi lorsqu’il dialogue avec Tosca, qu’il lui chante Ed or fra noi parliam da buoni amici, ses mots si gentiment susurrés sont autant de poignards qu’il enfonce.

Si ces scènes sont admirablement belles, le public est en attente du fameux Vissi d’arte de Tosca. Peut-être par crainte d’un écart vocal, Barbara Frittoli, si admirable jusque-là, semble ne pas oser l’excessif lyrisme que cet air demande. Elle se reprend bientôt avec le soutien de l’inspiration du baryton Ambrogio Maestri soutenu par la musicalité débordante de Gianandrea Noseda, véritable triomphateur de Tosca pour terminer en extase sa prise de rôle magnifiquement réussie.

Aux côtés de ces omniprésents personnages du drame, peu de place est laissée aux autres rôles. Pourtant dans la distribution de Verbier, la prestation du baryton-basse (Cesare Angelotti) et celle de la basse Matteo Peirone (Il sagrestano) sont dignes d’éloges.

A peine le dernier accord retentissant que le public fait un triomphe aux interprètes de cette soirée. Un triomphe comme on aimerait en entendre dans les théâtres lyriques tout au long de leurs saisons. Un triomphe qu’on doit sans contredit aux chanteurs, aux musiciens du chœur, de l’orchestre et à son chef !

Crédit photographique : © Aline Paley

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Verbier. Salle des Combins. 24-VII-2011. Giacomo Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en espace : Marthe Keller. Avec Barbara Frittoli, Floria Tosca ; Riccardo Massi, Mario Cavaradossi ; Ambrogio Maestri, Scarpia ; Robert Gleadow, Cesare Angelotti ; Matteo Peirone, Il sagrestano ; Carlos Osuna, Spoletta ; Raymond Diaz, Sciarrone ; Christopher Roselli, Il carciere ; Hai Ting Chinn, la pâtre. Chœur The Collegiate Chorale (chef de chœur : James Bagwell). Verbier Festival Orchestra, direction : Gianandrea Noseda.

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