Banniere-ClefsResmu-ok

Verbier, Rachmaninov trop grand pour Yuja Wang

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Verbier. Salle des Combins. 27-VII-2011. Anatoli Liadov (1855-1914) : Kikimora, légende symphonique, op. 63 ; Serge Rachmaninoff (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en ut mineur op. 18 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) Le Lac des Cygnes op. 20 (extraits). Yuja Wang, piano ; Verbier Festival Orchestra, direction : Yuri Temirkanov.

Salle comble au pour le concert de la jeune et médiatique pianiste . Du haut de ses vingt-quatre ans, la souvent phénoménale pianiste chinoise s’attaquait au Concerto n°2 de Rachmaninov, l’une des œuvres parmi les plus exigeantes du grand répertoire pianistique.

Avant ce grand rendez-vous, le offre un délicieux apéritif musical avec le conte fantastique russe de Kikimora mis en musique par . Dix minutes  de régal, gorgées d’une grande variété de timbres, de couleurs, une musique superbement orchestrée mêlant des ambiances de matins calmes, de campagnes verdoyantes bientôt interrompues par des rythmes suggérant l’arrivée des esprits de la forêt, de sorcières menant leurs bals. Une musique très imagée, charmante et truffée d’humour que la direction bienveillante mais précise de découpe magnifiquement.

Après cette séduisante mise en bouche, tout est en place pour la pièce maîtresse de la soirée, à savoir l’immense et populaire concerto de piano de Rachmaninov. Si se joue des difficultés de cette œuvre avec une désarmante facilité, la technique pianistique de la jeune pianiste ne suffit pas à convaincre de sa maturité pour aborder ce grand répertoire. Dès les premiers accords, la fragilité physique de l’interprète, son manque de force, l’oblige à s’appuyer sur son corps pour apporter toute la puissance des accords sur le clavier. Un artifice qui malheureusement ne donne pas la mesure de la valeur que les notes pourraient avoir si elles étaient jouées à la force des doigts. Bien vite, se perd dans une lutte inégale avec l’orchestre qu’elle n’arrive pas à dominer. Un manque d’autorité qui oblige à modérer les ardeurs de son orchestre au détriment de l’esprit de l’œuvre.

Le second mouvement, plus lyrique, moins exigeant en volume sonore, permet d’apprécier quelques beaux moments de piano quand bien même la jeune pianiste ne parvient pas à imposer son ascendant musical. La construction mélodique du concerto perd ainsi de sa teneur. Certes les notes sont là mais elles manquent d’intention. Le dernier mouvement confirme à nouveau le manque de maturité interprétative et de puissance qu’on avait noté dans le premier mouvement. La partie d’orchestre contrainte aux tutti couvre le piano manquant de saillant. Dommage, mais Rachmaninov est encore trop grand pour Yuha Wang.

En seconde partie de concert, Yuri Temirkanov s’empare de la Suite du fameux Lac des Cygnes de Tchaïkovski, une œuvre qu’il connaît bien pour l’avoir si souvent dirigée pour le ballet du Théâtre Mariinski de Saint Petersbourg. Si sa direction d’orchestre est imagée, sa gestuelle expressive, il ne transcende guère son orchestre. Une direction très sage pour ménager son ensemble. Comme si le chef craignait d’abîmer la jeunesse des musiciens.

Crédit photographique : Yuja Wang, Yuri Temirkanov © Nicolas Brodard

Temirkanov, Wang: Russian music on medici.tv.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.