Verbier Festival, Gergiev flamboyance finale

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Verbier. Salle des Combins. 30-VII-2011. Henri Dutilleux (1916) : Métaboles pour orchestre ; Richard Strauss (1864-1949) : Burlesque pour piano et orchestre en ré mineur ; Richard Wagner (1813-1883) La Walkyrie, Acte 1. Denis Matsuev, piano ; Eva-Maria Westbroek (Siegliende), Frank van Aken (Siegmund), Matti Salminen (Hindings), Verbier Festival Orchestra, direction : Valery Gergiev.

S’il se passe toujours quelque chose au , la venue du chef russe en est souvent la cause. Une grande partie du public l’attendait dans la Walkyrie de Wagner, mais ce n’est pas ce rendez-vous avec le maître de Weimar qui a fait l’événement. A l’évidence, son sensationnel dialogue avec les Métaboles pour orchestre de Dutilleux a surpris tout le monde. On sait la capacité du chef russe à  imager son discours musical et, dans cette superbe et inattendue fresque musicale, impose une soudaine conversation autour des climats contrastés de ces tableaux poétiques. Avec une énergie et une précision diaboliques, il entraîne l’orchestre du festival de Verbier dans l’éloquence des étranges couleurs orchestrales d’une œuvre dans laquelle le chef russe semble se sentir particulièrement à l’aise.

Voyez comme il emmène les cordes avec l’idée de les fondre rythmiquement avec les percussions pour porter dans l’aisance la section des bois dans leur propos. Ses mains tremblantes, son geste bref pour remettre en place la mèche rebelle qui lui tombe sur le front, sa figure comme renfrognée sont autant de signes qui montrent Gergiev plongé tout entier dans sa musique. Ce concerto pour orchestre aux premiers accents réservés aux dissonances des bois bientôt abandonnés à des cordes mélancoliques. Des climats se métamorphosant à petites touches pour ouvrir bientôt la porte aux cuivres. Soignant les niveaux sonores, peu à peu transformant ces conversations instrumentales en un ensemble de structures mélodiques, Valery Gergiev amène son orchestre dans le flamboyant final avec une progression sonore parfaitement contrôlée. Un superbe travail de mise en place qui, malgré la complexité de la partition, s’érige en un ensemble d’une cohérence fascinante.

Quelque peu décontenancé par les teintes de l’œuvre, le public n’a pas – et de loin – l’accueil que méritait la prestation du Orchestra qui, sous la direction inspirée de Valéry Gergiev, a démontré ses grandes capacités d’adaptation aux musiques les plus diverses.

Dans la Burlesque  de Richard Strauss, Valery Gergiev s’habille en accompagnateur attentif laissant sa verve au profit du pianiste . Le russe, fidèle à sa réputation, se jette dans la démonstration technique. Faisant de la vélocité son arme principale, doté d’une belle puissance, d’un son plein, Matsuev se joue des tutti de l’orchestre en laissant pointer son instrument au-dessus de la mêlée. Au-delà de cette éblouissante technique et un peu « poudre-aux-yeux », le pianiste ne fait pas preuve d’une grande musicalité. Néanmoins fortement applaudi, ce succès l’engage vers un bis qui semble être devenu son cheval de bataille : Dans le château du roi des montagnes tiré de la suite Peer Gynt de Grieg. La démonstration technique reste époustouflante (même si les  fausse notes ne manquent pas !) et soulève alors les hourras du public.

Cette brillante première partie du concert laissait augurer d’un premier acte de la Walkyrie d’anthologie. Malheureusement, la déception reste grande. Si l’ouverture, emmenée avec une énergie et un rythme débordants, faisait envisager que Valery Gergiev marquerait de sa patte ce récit musical, sa prestation est restée bien en deçà du fantasque chef russe que l’on connaît. Du côté des chanteurs, seule la soprano (Siegliende) s’est hissée à la hauteur de son rôle. Sa voix franche, admirablement conduite, sa santé vocale ont illuminé cette partition de l’esprit du drame qui se noue dans cet épisode trouble du Ring des Nibelungen. Possédant son rôle à la perfection, la soprano néerlandaise offre une prestation de grande classe. Initiant son chant dans la peur de la faute incestueuse d’une voix retenue, elle progresse dans le drame jusqu’à l’aveu triomphal de sa libération du joug de son mari. Si (Hunding) n’est plus la grande basse wagnérienne du passé, il lui reste un métier dont il use à bon escient. Troisième protagoniste de ce premier acte, après des débuts convaincants, le ténor (Siegmund) donne d’inquiétants signes de fatigue vocale. Ces malheureux ennuis ont un effet déstabilisant sur l’attention (et la tension) du public qui craint un blocage vocal de chaque instant. Tant bien que mal, il termine sa prestation et recueillera, comme ses autres collègues, une chaleureuse ovation du public.

Une soirée musicale qui, en dépit de la satisfaction du public, a certainement mieux débuté qu’elle ne s’est terminée.

Crédit photographique :  © Aline Paley

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