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Festival Pablo Casals, une 59ème édition au sommet

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Pour atteindre « Les sommets de la musique de chambre » que vise chaque année le Festival Pablo Casals, Michel Lethiec avait programmé cette année un concert « au lever du soleil sur le Canigou » avec des Divertimenti pour vents de Haydn et Mozart qui, malgré des conditions de jeu extrêmes (une tramontane glacée qui cinglait les visages) resteront sans aucun doute gravés dans toutes les mémoires.

Plus confortablement installé dans le chœur de l’Abbaye Saint Michel de Cuxa, c’est l’Orquestra Nacional Classicà d’Andorra qui donnait le coup d’envoi de cette 59ème édition du festival. Formation de cordes dirigée de son pupitre de premier violon par l’éminent , l’orchestre andorran surprend d’emblée par l’énergie qu’il dispense et la cohésion de ses pupitres dans la courte Sinfoniesatz de Mendelssohn. Si le Concerto en mi bémol majeur de Mozart joué par manquait de sérénité et d’une certaine brillance de sonorité, les Tres Postals ll-luminades du compositeur catalan Xavier Montsalvatge exalte les couleurs et le pittoresque d’une écriture toute à la fois chaleureuse ( La Provença, L’Havana) et pleine d’humour (Nova York). Les quatre mouvements de la  Symphonie pour cordes (arrangement Barshai du Quatuor n°8) de Chostakovitch, s’enchaînant selon une trajectoire sans faille, ne manquaient pas de saisir l’auditoire par la charge émotive et tragique qu’ils communiquent.

Le concert « Grands quatuors » invitait le Talich Quartet, une formation autrichienne habituée du festival qui sidère par la qualité de son phrasé et l’élan lumineux qu’elle confère au Quatuor en sol majeur de Mozart. Les quatre interprètes restaient par contre assez loin de l’univers poétique et mystérieux du Quatuor « Ainsi la nuit » d’Henri Dutilleux qu’ils abordent sous l’angle de la dramatisation de la ligne au détriment du raffinement des textures colorées. Le qui lui succédait en seconde partie dédiait son interprétation du Quatuor de La Jeune fille et La Mort de Schubert (sublime mouvement lent à variations) à leur violoncelliste Wolfgang Laufer disparu le 9 juin dernier.

Au Prieuré de Marcevol, haut lieu de l’architecture catalane, la flûte de Félix Renggli résonnait avec la sensualité et l’émotion encloses dans la ligne épurée du Syrinx de Debussy. Itinérant pour flûte seule de Tōru Takemitsu confirmait le jeu racé et et investi de ce magnifique interprète suisse. Avec le Talich Quartet il jouait Elpénor (compagnon d’Ulysse) de Roussel, une rareté au néo-classicisme très connoté qui devait accompagner une pièce radiophonique de Joseph Weterings. Après La Oración del torero, une œuvre intimiste et fervente de Joaquín Turina, le Talich Quartet terminait en beauté avec le Quatuor n°2 « Lettres intimes » de Leoš Janáček assez rarement joué. Foncièrement original et défiant l’écriture du quatuor avec ses silences abrupts et ses sonorités bruitées, il était merveilleusement défendu par les Talich qui déroulait cette forme narrative et labyrinthique en en détaillant toutes les aspérités.

La « soirée au Gewandhaus de Leipzig » était l’occasion de réunir les trois grandes figures qui s’y sont illustrées. De Jean-Sébastien Bach nous entendions la Sonate en trio de l’Offrande musicale conduite avec l’élan de la jeunesse par les deux instruments de basse continue – Jérôme Pernoo et Karine Selo – au-dessus de laquelle évoluaient le violon de et la flûte ailée de Félix Renggli. Au côté de , le Michelangelo Quartet donnait ensuite le Quintette avec piano de Schumann sous l’autorité de son premier violon Mihaela Martin : la maîtrise est confondante qui allie, chez ces cinq interprètes, l’intensité des couleurs sans débordement expressif et la solidité du jeu sans outrance du geste. La soirée culminait avec l’Octuor pour cordes de Mendelssohn, une œuvre écrite à l’âge de 16 ans qui mêle à la science de l’écriture des traits de génie comme ce Scherzo électrisant rejoué en bis et avec une énergie communicative par huit musiciens totalement investis.

Des « Histoires de famille » entre Franz Liszt et Richard Wagner d’une part, puis entre Dvořák et Josef Suk – l’élève et le gendre tout à la fois – nous retiendrons surtout la superbe interprétation du Siegfried-Idyll de Richard Wagner, une œuvre crée à Triebschen sur les bords du lac de Lucerne pour fêter la naissance de Siegfried et les 33 ans de Cosima, le 25 décembre1870. C’est dans cette même formation de chambre – sans la trompette mais avec une flûte et un basson en sus – qu’elle résonnait sous les voûtes de l’abbaye, les douze instrumentistes sans chef parvenant avec beaucoup de ferveur à exalter l’intensité des lignes et la fluidité polyphonique de ce joyau wagnérien.

Après l’effusif Quatuor pour piano et cordes n°2 en sol mineur de Gabriel Fauré dont l’écriture profuse ne ménage ni les interprètes ni l’oreille de l’auditeur, c’était Ravel puis Chausson que consacrait la soirée titrée « Paris ». se joignait à ses trois partenaires instrumentistes pour interpréter les Chansons madécasses de Maurice Ravel avec une autorité vocale souveraine : sensualisme et velouté du timbre (Nahandove), âpreté sauvage (Aoua) et langueur hypnotique (Il est doux) ; il nous fait apprécier la variété de ses registres autant que la clarté de sa diction dans le contexte dépouillé d’une écriture instrumentale très raffinée. Bouclant le programme, Le Concert de Chausson réunissait , et le . S’il manquait un rien d’énergie communicative au sein du quatuor à cordes, l’archet flamboyant de Gérard Poulet dûment soutenu par le piano sut porter l’œuvre à son sommet, les artistes cédant au traditionnel bis de la Sicilienne au rythme si délicatement chaloupé.

Crédit photographique : Orquestra Nacional Classicà d’Andorra © Jaume Riba ; Félix Renggli © DR

 

Comme chaque année, et cela depuis 9 ans, le Festival Pablo Casals accueille le premier concert des Révélations Classiques de l’ADAMI, organisme de gestion collective des droits des artistes-interprètes porté par ses deux ferventes représentantes Sonia Nigoghossian et Françoise Petro. Non loin de Prades, dans l’église de Catllar bondée comme d’habitude, huit jeunes artistes lyriques et instrumentistes au caractère bien trempé défendaient le répertoire classique dans un florilège d’œuvres allant de Rameau à Bernstein.

Issu du CNSM de Lyon, le pianiste Yannaël Quenel a également mené de front des études de violon et de percussions. Il débute le concert par une Allemande de Rameau et deux Préludes de Debussy à travers lesquels il déploie un jeu élégant au toucher sensible; très expressif dans Rameau, il aborde Debussy sous l’angle du rythme et de l’énergie soulignant l’acuité du trait plus que la profondeur de la résonance.

chante depuis son plus jeune âge (Chœur d’enfants de l’Opéra de Paris), chose assez rare en France qui mérite d’être soulignée. Il séduit par la brillance et la souplesse d’une voix certes légère mais très ductile dans le redoutable air de Mercutio extrait de Roméo et Juliette de Gounod ; la Cavatina con Pertichini (extrait de La Cambiale di matrimonio de Rossini) confirme une aisance et une assurance doublées d’un abattage scénique étonnant.

Romuald Grimbert-Barré s’est formé à la prestigieuse Université d’Indiana à Bloomington d’où il revient avec son diplôme de concertiste Performer Diploma ; il se lance ce soir dans l’imparable Carmen Fantasy, version de Franz Waxman moins redoutable semble-t-il que celle de Sarasate. En « divo assoluto » (il semble parfois tourner le dos au pianiste – irréprochable Emmanuel Normand), il aborde l’œuvre avec un panache et une dextérité incroyables qui ne manquent pas d’exalter son auditoire.

La jeune mezzo-soprano Marianne Crebassa (25 ans) n’est pas inconnue du public puisqu’elle vient de triompher sur la scène du Corum de Montpellier dans le rôle titre de La Magicienne d’Halevy. Dans le récitatif et air d’Orphée et Eurydice (J’ai perdu mon Eurydice) de Gluck, elle s’impose par l’envergure dramatique de sa voix et les couleurs dont elle la pare. L’air de Rosine du Barbier de Séville de Rossini (Una voce poco fa…) met en valeur l’étendue de son registre et le grain sombre, chaleureux et profond de son timbre.

De quoi impressionner Gabriel Bianco qui lui succède à la guitare! Mais quelques minutes auront suffi à cette « bête de concours » (il a déjà raflé huit Premier Prix internationaux!) mais néanmoins charmant interprète pour reconcentrer son public et instaurer une qualité d’écoute rare qui nous laisse suspendu à ses sonorités gorgées de couleurs et de résonance. Dans une pièce très virtuose sinon passionnante de Giulio Regondi, Gabriel Bianco captive par sa belle nature de musicien et l’élégance d’un jeu exploitant toutes les capacités sonores de son instrument.

Si le ténor Kevin Amiel ne convainc pas pleinement dans l’air de Roméo Ah! Lève-toi soleil… réclamant à fois souplesse et suavité du timbre (il n’a que 22 ans!), il fait valoir une belle vaillance dans les aigus et davantage de stabilité dans l’air du Duc de Mantoue, dévoilant ici de merveilleux atouts pour un avenir de ténor verdien.

Le violoncelliste Louis Rodde joue sur deux tableaux: l’élan fougueux et passionné des Pièces sur un ton populaire de Robert Schumann qu’il aborde en étroite fusion avec son partenaire pianiste et le lyrisme intense et profondément habité dans Fauré (Andante de la Sonate n°2) où il révèle l’ampleur de sa sonorité et sa capacité à faire chanter son instrument.

C’est Sabine Devieilhe, fraiche soprano pleine de vie qui conclut avec deux airs aussi pétillants que risqués: Je suis Titania la blonde extrait de Mignon d’Ambroise Thomas auquel elle prête un ton humoristique un rien surjoué; puis l’Air de Cunégonde de Candide (Bernstein) où elle déploie avec brio toute son agilité vocale et sa prestance scénique.

Ils revenaient sur scène, groupés cette fois par « coorporation », pour deux finales éclatants: les instrumentistes d’abord avec un trio décoiffant de Piazzola puis les chanteurs dans le quatuor vocal de Rigoletto, mettant à l’œuvre un talent de chambriste qui égalait les prestations solistes.

Crédit photographique : © DR

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