Halévy en ouverture du festival de Montpellier

Festivals, La Scène, Opéra

Montpellier. Opéra Berlioz-Le Corum. 11-VII-2011.Fromental Halévy (1799-1862): La Magicienne, opéra en 5 actes sur un livret de Henri Vernoy de Saint Georges. Norah Amsellem, soprano, Blanche; Marianne Crebassa, mezzo-soprano, Mélusine; Jennifer Miche, soprano, Aloïs; Florian Laconi, ténor, René de Thouars; Marc Barrard, baryton, Stello de Nici- le pélerin; Nicolas Cavallier, basse, Le Comte de Poitou.; Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon; Choeurs de Radio France; chef de choeur Matthias Brauer; direction Lawrence Foster.

On ne connait aujourd’hui qu’à travers La Juive, son premier ouvrage lyrique reçu avec un succès retentissant dès sa création en 1835 mais qui semble bien avoir occulté le reste de sa production: voilà un terreau fertile pour ce prospecteur obstiné qu’est René Koering ouvrant la 27ème édition du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon avec un inédit, la dernière partition achevée du compositeur, La Magicienne: l’opéra très applaudi par le public du Second Empire en 1858 sera néanmoins vite oublié, la partition d’orchestre n’ayant jamais encore été éditée! Ce grand opéra romantique en 5 actes était donné ce soir en version de concert sur la scène du Corum de Montpellier.

Différemment de La Juive dont le livret de Scribe est à même d’ébranler aujourd’hui encore toutes les consciences, La Magicienne – qui n’est autre que le personnage de Mélusine – introduit la dimension du fantastique qui donne au texte d’Henri de Saint Georges des résonances faustiennes. Mélusine, très belle fée moitié femme moitié poisson qui, dans la légende, se transforme périodiquement en un être monstrueux, a conclu ici un pacte avec le Diable. Satan, sous les traits d’un pèlerin, se présente au château du comte de Poitou (l’action se passe aux temps des croisades) annonçant le retour de René de Thouars promis à la chaste et pure Blanche, fille du châtelain (Acte I). Usant de son pouvoir maléfique de magicienne, Mélusine s’interpose et sous les traits  de la Sybille convainc René de l’infidélité de Blanche (Acte II) pour le séduire et l’entraîner dans ses filets (pandémonium de la fin de l’acte III)); mais Stello (la figure satanique) révèle à René le noir artifice et triomphe de Mélusine (Acte IV); victime et abandonnée, Blanche s’est vouée à Dieu tandis que Mélusine, touchée par la grâce, implore le pardon; elle gagne la purification et la rédemption du pouvoir du Mal en devenant chrétienne et meurt dans les bras de Blanche et de René: Saint Georges livre là un message religieux et édifiant, sans doute propre à satisfaire la société du Second empire mais rejoignant, par son aspiration mystique, la scène goethéenne du Chorus Mysticus terminant la seconde partie du Faust.

Malgré les coupes drastiques – version de concert oblige – réduisant à deux heures quarante une version originale de près de cinq heures, l’ouvrage, toujours imposant, est indéniablement celui d’un grand dramaturge; mélodiste autant que coloriste, Halévy met à l’oeuvre tous les ressorts de l’écriture – du pittoresque, de la surprise mais du conventionnel aussi – pour ménager l’intérêt et relancer l’action. S’inscrivant dans le goût français, l’importance du choeur – celui de Radio France, amplement sollicité  – qui vient constamment commenter voire assister les chanteurs confère une certaine fluidité à l’élan dramatique. Si certaines pages n’évitent pas les poncifs d’époque – irréductibles coups de cymbale banalisant certaines pages chorales un peu tonitruantes – l’ouragan avec foudre et tonnerre déclenché par Mélusine dans le finale du troisième acte prouve à lui seul la puissance inventive de son concepteur. Quant à la vocalité laissant une large place à l’air proprement dit, elle oscille entre la romance française et une certaine italianité, celle de Rossini voire de Bellini, qui s’exerce principalement dans les ensembles d’une très belle envergure.

Aux côtés de dont il faut saluer la direction exemplaire et totalement investie, l’ensemble du plateau n’appelle que des éloges. La soprano Jennifer Michel campe un Aloïs très juvénile n’était son vibrato un rien gênant. prête au rôle du père une voix flexible et largement déployée qui prendra de plus en plus d’assurance. Le ténor (René de Thouars) nous fait apprécier l’homogénéité d’un timbre agréable et la vaillance de très beaux aigus. Dans le rôle exigeant de Blanche, la soprano impose une voix souveraine, toujours bien conduite malgré une prononciation parfois confuse. La voix bien projetée du baryton a l’énergie mordante de son personnage diabolique quant à , jeune mezzo-soprano que l’on suit depuis ses débuts en 2008 dans ce même festival, elle comble toutes nos attentes: élégante, racée, d’une technique irréprochable – ses récitatifs sont merveilleusement expressifs – elle donne au rôle-titre son aura singulière et sa part de merveilleux.

L’orchestre de Montpellier chauffé à blanc réalise là une véritable performance – les parties solistes abondent dans cet opéra. Rappelons que la prestation doit faire l’objet d’un enregistrement et d’un CD à paraître prochainement.

Crédit photographique : DR

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