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Festival Berlioz 2011 : La Côte-Saint-André, berliozien en diable

« Où diable le bon Dieu avait-il la tête quand il m’a fait naître en ce plaisant pays de France? …Et pourtant je l’aime ce drôle de pays… Comme on s’y amuse parfois! Comme on y rit! ». Voilà esquissé, via ces quelques mots d’Hector, l’esprit qui souffle sur le Festival Berlioz de La Côte-Saint-André durant une dizaine de jours. Anniversaire oblige, la figure de Berlioz était associée cette année à celle de l’ami Liszt : deux personnalités entre lesquelles s’interposait le diable, dans l’ombre de Faust et sous les traits de Méphisto.

Dans l’église où trônait un magnifique Steinway cerné par quatre colonnes rougeoyantes, c’est Liszt bien sûr qui était honoré mais pas seulement ; puisque , débutant son récital par une confrontation passionnante entre Les années de Pèlerinage et les Images de Debussy (premier cahier), subjuguait ensuite son auditoire avec la transcription de la Symphonie Fantastique qu’il recréait littéralement sous ses doigts : avec un toucher et une palette de nuances extraordinairement variés pour différencier les textures et tout l’art du sorcier pour faire ricaner la petite clarinette et faire résonner les cloches dans le Dies Irae. Moins diabolique mais tout aussi impressionnant par son abattage virtuose et la maîtrise de son art, , le lendemain, avait conçu son récital d’un seul tenant avec neuf pièces des Années de Pèlerinage. Saluons, dans ce parcours exemplaire qui ne souffre aucune approximation, la richesse des plans sonores (Jeux d’eau à la villa d’Este), la charge émotive (La Vallée d’Obermann) et la beauté des éclairages (Les cloches de Genève) ou encore les couleurs et le pittoresque (Venezia e Napoli) d’un jeu ardent et toujours habité.

Au château Louis XI cette fois, sous le chapiteau aménagé pour les concerts du soir, ouvrait les festivités avec un concert d’une haute tenue sous la direction précise et élégante de son chef ; à ses côtés, dans Les Nuits d’été de Berlioz, met à l’œuvre l’ampleur et la couleur dramatique de sa voix sans parvenir cependant à diversifier l’éclairage de chacune des mélodies ; si le tissu des cordes manque un rien d’épaisseur dans Les Préludes de Liszt, Krivine dirige un Mazeppa d’anthologie (couleurs et nervures orchestrales parfaitement dessinées) en évitant tout pathos et débordement inutile.

Le lendemain et le Cercle de l’Harmonie – toujours sur instruments d’époque – invitait à jouer le Concerto n°1 de Liszt sur un somptueux Erard de 1837 : une expérience d’écoute toujours intéressante même si l’instrument soliste peinait parfois à ressortir. Bertrand Chamayou le fit magnifiquement sonner dans cette mélodie de Chopin transcrite par Liszt qu’il joua en bis. S’inscrivaient encore au programme, aux côtés de Liszt et Berlioz (Rêverie et caprice), deux de leurs contemporains moins connus quoique très célèbres à leur époque: Georges Onslow d’abord (Ouverture du Colporteur) et N.H.Reber (auteur d’un traité d’harmonie) dont la Symphonie n°4 en sol majeur, frisant l’académisme, n’était pas dénuée d’une certaine fraicheur sous le geste incisif de .

 , enfin, à la tête de son orchestre «  » et des ensembles vocaux Britten et Jeune Chœur Symphonique dirigés par , mettait à l’affiche, lors de la troisième soirée, deux oeuvres très rarement données, du moins dans leur intégralité. Ainsi le triptyque Tristia de Berlioz (Mort d’Ophélie, Méditation religieuse, Marche funèbre pour Hamlet), des pièces composées séparément que Berlioz réunit lors de leur publication en 1852. A la faveur du plein air, la marche funèbre, saisissante avec son chœur vocalisé, bénéficiait d’une percussion spatialisée et de la salve de mousquets prévue par Berlioz au plus fort de la tension dramatique. Dédiée à , la DanteSymphonie de Liszt n’a certes pas l’envergure ni la science orchestrale de la Faust-Symphonie. Accompagnée ce soir de vidéo (d’après les aquarelles de Blake), l’œuvre mettait en valeur la qualité des pupitres de l’harmonie distillant des alliages subtils de couleurs dans Le Purgatoire. L’orchestre en grande forme se lançait en bis dans La mort d’Isolde, un répertoire que le nouveau directeur musical de l’Orchestre de la SWR de Baden-Baden und Freiburg dirigeait ici avec panache et toujours sans baguette !

Crédit photographique : © Bertrand Desprez ; © DR

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