Plus de détails

Vevey. Théâtre. 4-IX-2011. Ludwig van Beethoven (1770-1827) :
Sonate pour violon et piano No. 7 en do mineur op. 30 No. 2. Sonate pour violon et piano No. 8 en sol majeur op. 30 No. 2. Sonate pour violon et piano No. 10 en sol majeur op. 96. Leonidas Kavakos (violon), Enrico Pace (piano).

Dans le monde de la musique, comme dans celui dans lequel
nous vivons, il y a des monuments qu’on ne peut se permettre d’ignorer. fait partie de ceux-là. Et en musique, un monument s’érige dans une dimension bien plus subtile que celle des constructions architecturales humaines. Avec Kavakos, c’est plus qu’un violon, plus qu’une technique instrumentale, qu’une beauté du son. Avec lui, c’est une dimension spirituelle permanente qu’il offre dans l’expression de son art. Plus qu’un violoniste, il est dans l’humanité de la musique.

On se souvient de la très forte impression qu’il nous avait laissée lors de son interprétation du Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski lors du Festival Menuhin 2008. Habité jusqu’à la moelle de ses os, il avait transcendé l’entier du London Symphony Orchestra aidé dans cette entreprise par un Valéry Gergiev sublimé. Trois ans plus tard, nous le retrouvons dans le cadre du Septembre Musical 2011 dans l’exercice sensiblement plus périlleux de la musique de chambre. Non pas qu’on puisse douter de ses capacités violinistiques pour affronter le répertoire beethovénien mais bien plus pour retrouver l’état de grâce dans lequel il nous avait transportés en 2008. Et puis, entendre pendant près de deux heures d’horloge, un violon de la dimension de celui de est certainement plus jouissif que la trentaine de minutes d’un concerto, aussi magnifiquement interprété soit-il.

Quoique bien rempli, le Théâtre de Vevey n’était pas bondé pour assister à cet événement. Les plaisirs de la veille faisant les regrets du lendemain, les absents ont laissé passer un moment exceptionnel d’émotion et de très grande musique. Espérons qu’ils ne commettront plus l’erreur de ne pas courir aux prochains récitals de Léonidas Kavakos.

On pourrait détailler l’interprétation des sonates de Beethoven au programme, chacun de leurs différents mouvements, les tempi choisis mais ce serait oublier l’essentiel : la manière. Et dans la manière, c’est tout l’art de Leonidas Kavakos qui émerge. Plongé dans son instrument, envahi par la musique, le soin que Leonidas Kavakos apporte à l’émission de chacune de ses notes pour qu’aucune ne soit jouée sans intensité et ni réflexion reste stupéfiant. Réflexion profonde, certainement analytique, mais qui, au moment de sa réalisation scénique devient un message de beauté artistique au sens le plus noble du terme. Leonidas Kavakos propose une musique qui ne semble pas devoir être interprétée différemment de celle qu’il présente tant son articulation semble évidente à tous.

Accompagné par un magnifique de précision, d’entente, d’écoute, sachant se porter vers l’avant comme rester dans l’ombre pour offrir la continuité musicale de l’œuvre, il assure à son compagnon la présence d’une rare musicalité. Avec son jeu sans pathos, il est l’accompagnateur idéal qui permet à Leonidas Kavakos de forger son interprétation empreinte d’une apparente liberté évasive dans la rigueur beethovénienne. Fruit de cinq ans de complicité musicale, on se souviendra longtemps de la symbiose habitant les deux solistes, s’ingéniant à raconter la même histoire. Qui au piano, qui au violon.

Si un seul souvenir de ce concert devait rester gravé dans la mémoire, il suffirait de se remémorer l’intensité émotionnelle avec laquelle Leonidas Kavakos chante l’adagio de la Sonate No. 10. A ce moment-là, face public, la partition loin de ses yeux, il donne une puissance envoûtante à son archet qui, d’une seule note submerge son auditoire de l’amour infini qui, peut-être, le dépasse le soliste même pour exprimer la grandeur d’une âme complètement abandonnée à son art.

Crédit photographique : Leonidas Kavakos © Yunus Durukan

Plus de détails

Vevey. Théâtre. 4-IX-2011. Ludwig van Beethoven (1770-1827) :
Sonate pour violon et piano No. 7 en do mineur op. 30 No. 2. Sonate pour violon et piano No. 8 en sol majeur op. 30 No. 2. Sonate pour violon et piano No. 10 en sol majeur op. 96. Leonidas Kavakos (violon), Enrico Pace (piano).

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.