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Superbe Vaisseau Fantôme à Berne

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Berne. Stadttheater. 17-09-2011. Richard Wagner (1813-1883) Der fliegende Holländer, opéra romantique en un acte et trois tableaux sur un livret du compositeur. Mise en scène : Dieter Kaegi. Décors et costumes : Francis O’Connors. Avec : Kevin Short, Der Holländer ; Mardi Byers, Senta ; Luciano Batinic, Daland ; Niclas Oettermann, Erik ; Andries Cloete, Der Steuermann ; Claude Eichenberger, Mary. Chœur et Chœur auxiliaire du StadttheaterBern (chefs de chœur : Tarmo Vaask, Bohdan Shved). Berner Symphonieorchester, direction : Srboljub Dinić

Pour son ouverture de saison, le Stadttheater de Berne offre un Vaisseau Fantôme de haut niveau impliquant le talent d’un metteur en scène dont le regard reste concentré sur l’œuvre et sur ce qu’elle raconte, laissant au spectateur le soin de réfléchir sur la portée plus lointaine de l’intrigue wagnérienne.

Dès les premiers accords de l’ouverture, le spectateur assiste au spectacle pétrifiant de la noyade de Senta. Sur la vidéo projetée d’un fond de mer, descendant des cintres, Senta se débat en coulant vers les profondeurs marines. Bientôt, son corps s’immobilise tout en continuant sa chute inexorable dans les abimes.

Avec des plans scéniques tantôt surgissant de scène, tantôt s’y enfonçant, illustre parfaitement la légende wagnérienne. Ainsi le rafiot de Daland émergeant d’un brouillard profond ne laisse dans la lumière que la misérable cabine du pilote. Alors que dans le fond de scène s’élève lentement la silhouette impressionnante du navire du Hollandais sur le flanc duquel, devant conduites et chaufferies rougeoyantes apparaît la majestueuse et inquiétante figure du maître des lieux. Vision irréelle et magnifique du Hollandais nimbé de son mystère.

Parfaitement dirigés, les protagonistes, les membres du chœur s’investissent sans ménagement au plus profond de leur personnalité. Un investissement qui permet à d’imaginer la rencontre amoureuse entre le Hollandais et Senta dans la poissonnerie de Daland ! Une rencontre habitée d’émotions en dépit du décor qu’on imagine peu propice aux épanchements amoureux. Mais le talent, l’authenticité artistique des deux principaux protagonistes, leur engagement, renverse les barrières de l’environnement pour offrir l’un des plus émouvants moments de cette soirée. L’impressionnant baryton (Der Holländer), couvert d’une imposante redingote de cuir brune, campe le légendaire navigateur avec une autorité tant vocale que théâtrale renversante. Pour cette prise de rôle, sa voix merveilleusement timbrée, sa santé vocale irréprochable soulève l’admiration. Composant un personnage rempli de noblesse, gardant ce qu’il faut de distance envers les gens du commun, sans pour autant être dédaigneux, s’impose comme un artiste de tout premier plan. A ses côtés, la soprano (Senta) lui donne la réplique avec une voix dont la variété de couleurs et la technique vocale lui vaudront un triomphe amplement mérité du public. Dans son Johohoe !Johohoe !, superbement chanté,  elle se permet la reprise de son air en un pianissimo éthéré qui transperce le cœur, sans parler des sons filés « caballéiens » qu’elle distribue avec une délicatesse vocale incroyable chez une chanteuse wagnérienne.

A côté de ces deux chanteurs d’exception, le reste de la distribution convainc par son homogénéité. Ainsi, avec une grande simplicité vocale, la basse Luciano Batinic (Daland) est un père attentionné et attendri. Tous membres de la troupe du Stadttheater de Berne, les autres rôles sont tout aussi parfaitement tenus. A commencer par le ténor Andries Cloete (Der Steuermann) qui démontre, une fois de plus, ses talents de chanteur et d’excellent acteur. Autre ténor, (Erik) ne ménage pas sa voix en faisant une entrée tonitruante lorsqu’il pressent que l’amour de Senta lui échappe. La mezzo soprano (Mary) est complètement à sa place dans la tessiture de ce rôle qu’elle porte avec une belle aisance.

En dépit de la complexité et de l’exigence de la partition de Wagner, les chœurs du Stadttheater de Berne répondent présent à la demande non seulement vocalement (encore qu’on note quelques légers ballottements par-ci par-là) mais encore théâtralement, avec une mise en scène réclamant des mouvements de foule non stéréotypés. Admirable la scène de la fin du travail des poissonnières, quittant leurs blouses pour se préparer à rejoindre la vie courante.

Si la direction d’orchestre de s’inscrit dans une ouverture souvent bruyante et excessive, la symbiose que lui impose la scène force son écoute le contraignant à modérer ses furies initiales pour accompagner l’œuvre avec sensibilité et musicalité. Certes, on aurait aimé que les cuivres soient plus attentifs à la partition, mais dans l’ensemble le a offert un très bon soutien à la scène.

Triomphe donc pour une production qui devrait faire date dans les annales du théâtre bernois.

Crédit photographique : (Der Holländer),  (Senta) ; (Der Holländer), Luciano Batinic (Daland) © Annette Boutellier

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Berne. Stadttheater. 17-09-2011. Richard Wagner (1813-1883) Der fliegende Holländer, opéra romantique en un acte et trois tableaux sur un livret du compositeur. Mise en scène : Dieter Kaegi. Décors et costumes : Francis O’Connors. Avec : Kevin Short, Der Holländer ; Mardi Byers, Senta ; Luciano Batinic, Daland ; Niclas Oettermann, Erik ; Andries Cloete, Der Steuermann ; Claude Eichenberger, Mary. Chœur et Chœur auxiliaire du StadttheaterBern (chefs de chœur : Tarmo Vaask, Bohdan Shved). Berner Symphonieorchester, direction : Srboljub Dinić

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