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Festival d’automne à Paris, entre laconisme et épanchement

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Paris. Cité de la Musique. 12-XI-2011. Dans le cadre du Festival d’automne à Paris. Igor Stravinsky (1882-1971) : Requiem Canticles pour contralto, basse, chœur et orchestre. John Cage (1912-1992) : Seventy-four pour orchestre. Pascal Dusapin (né en 1955) : La Melancolia, opératorio pour quatre voix solistes, trio de cuivres, douze voix mixtes, orchestre et bande (voix parlées) sur un livret en latin, allemand, italien et anglais de Pascal Dusapin. Anu Komsi, soprano ; Helena Rasker, contralto ; Tim Mead, contre-ténor ; Alexandre Yudenkov, ténor ; Rudolf Rosen, basse ; Sava Stoianov, trompette ; Peter Bromig, cor ; Michael Zühl, trombone. SWR Vokalensemble Stuttgart ; Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau ; direction : Jonathan Stockhammer

 

En co-production avec le Festival d’Automne qui poursuit son cycle de concerts/hommage à , la Cité de la Musique recevait l’Orchestre symphonique du SWR Baden-Baden Freiburg et le SWR Vokalensemble Stuttgart, deux phalanges d’exception que le chef américain dirigeait en remplacement d’ souffrant.

Affichant trois œuvres assez rares qui relevaient, pour partie, du thème de la Mélancolie (thème du Festival), le programme débutait par Requiem Canticles (Cantiques de requiem) de Stravinsky, musique funèbre crée en 1966 qui résonna le 15 avril 1971, jour des funérailles du compositeur, dans l’église vénitienne de San Giovanni et Paolo. La pièce sérielle, d’un quart d’heure à peine, compte neuf mouvements elliptiques, sans pathos ni développement, alternant pièces vocales et interludes instrumentaux. Du rituel, Stravinsky ne conserve que quelques composantes archétypales: quatre versets latins du « Dies irae » qu’encadrent l’ « Exaudi » et le « Libera me » ; il fait sonner  les trompettes dans le « Tuba mirum » chanté, comme chez Mozart, par une voix de basse – vaillant – alors qu’il supprime de l’orchestre les clarinettes et les hautbois; le rythme litanique scandé par les cors et les flûtes du premier interlude rappelle les Symphonies pour instruments à vent, funèbres elles aussi; enfin les cloches du postlude (vibraphone et cloches tubes), cernées par de grands accords de résonance, ponctuaient déjà le rituel des Noces. Jonathan Stokhammer impose d’emblée concentration et retenue à un ensemble merveilleusement réactif. La ductilité des voix du chœur entre scansion et déclamation et le timbre ambré de la contralto dans les mélismes du Lacrimosa confèrent à cette épure une vibration très émotionnelle.

On fêtera les 20 ans de la disparition de en 2012. Le Festival d’Automne anticipe en consacrant plusieurs soirées au doux anarchiste américain. Seventy-Four est l’une de ses dernières compositions inclue dans le cycle Number pieces qu’il débute en 1987. Soixante quatorze indique le nombre d’instrumentistes conviés à jouer ensemble une pièce qui n’existera que dans le temps de son exécution. Fidèle à son concept de non-intervention, Cage propose en effet aux musiciens une aire de jeu (14 notes isolées dont ils déterminent eux-mêmes l’allure, l’intensité, la durée…) et un chronomètre en guise de chef pour le décompte des 12 minutes imparties. Amorcée par le geste incitateur des deux pianistes faisant coulisser un fil entre les cordes de leur piano, la performance dûment assumée par l’orchestre est donnée à voir – chaque instrumentiste décidant lui-même de sa participation, de son geste et de son temps – et à entendre au gré du hasard des rencontres et des superpositions de timbres souvent d’une richesse insoupçonnée. Cette expérience d’écoute du son pour lui-même faisait écho à la phrase délicieuse de David Thoreau – que Cage n’aurait pas désavouée – disant que « aucun sucre n’est aussi doux au palais que le son à l’oreille ».

A quelques jours de la création au Théâtre des Bouffes du Nord de son nouvel opéra O Mensch, était ce soir devant la console de projection pour le bon déroulement de La Melancholia, son troisième ouvrage lyrique écrit en 1991 qu’il nomme opératorio : magistrale et somptueusement écrite, l’œuvre de concert est construite sur un livret de sa main, montage de fragments d’auteurs divers (Galien, Trithème, Hildegarde von Bingen etc.) qu’il confie à un chœur et quatre solistes. Aux ressources de l’orchestre qui fait sourdre un flux sonore puissant souvent conduit par les cordes, s’agrège un trio de cuivres spatialisé (cor, trompette, trombone) suscitant dès le début une joute sonore spectaculaire. Les voix solistes toutes vaillantes et bien timbrées – malgré le registre  aigu un rien tendu de la soprano – sont soumises à une écriture mélismatique très exigeante déployant une vaste palette d’expressions liées aux manifestations multiples de l’affect. Le chœur y participe très activement, parvenant à créer un tissu vocal d’une grande sensualité. Transmise par les haut-parleurs, c’est la voix d’enfant de Louis Dusapin, redisant en français les vertus de chaque planète, qui terminait, à fleur d’émotion, cette « radiographie » bouleversante du « haut mal ».

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Paris. Cité de la Musique. 12-XI-2011. Dans le cadre du Festival d’automne à Paris. Igor Stravinsky (1882-1971) : Requiem Canticles pour contralto, basse, chœur et orchestre. John Cage (1912-1992) : Seventy-four pour orchestre. Pascal Dusapin (né en 1955) : La Melancolia, opératorio pour quatre voix solistes, trio de cuivres, douze voix mixtes, orchestre et bande (voix parlées) sur un livret en latin, allemand, italien et anglais de Pascal Dusapin. Anu Komsi, soprano ; Helena Rasker, contralto ; Tim Mead, contre-ténor ; Alexandre Yudenkov, ténor ; Rudolf Rosen, basse ; Sava Stoianov, trompette ; Peter Bromig, cor ; Michael Zühl, trombone. SWR Vokalensemble Stuttgart ; Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau ; direction : Jonathan Stockhammer

 
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