Une saison à Londres avec le London Philharmonic

À l’image de nombre de ses congénères, le a lancé, il y a déjà plusieurs années, son propre label : LPO. À ce titre, Londres est désormais la ville où toutes les formations orchestrales ou lyriques d’importance possèdent leur propre structure de diffusion. Le London Symphony Orchestra, le Royal Philharmonic, le London Philharmonic et même les ensembles spécialisés comme l’Orchestra of the Age of Enlightenment ou le London Sinfonietta se sont lancés dans l’aventure de labels autoproduits, tandis que le Royal Opera House faisait l’acquisition du label de DVD Opus Arte. C’est certainement une évolution inéluctable du marché pour assurer une présence « discographique » via les CDs, les DVD ou les téléchargements.

La politique de publication du LPO est riche avec pas moins de huit sorties en 2011, même  si au niveau éditorial, cette profusion vire au feu d’artifice ! On retrouve autant des témoignages du directeur musical actuel de l’orchestre (), d’un chef invité régulier (), que des archives avec le légendaire , le vénérable Adrian Boult, sans oublier un hommage à feu , longtemps associé à l’orchestre.

Nous l’avons déjà écrit à plusieurs reprises, est l’un des chefs les plus intéressants du moment. Pour un musicien de l’école russe, il ne se contente pas de rabâcher le même nombre de partitions mais explore Mahler, Schnittke, Honegger, Haydn,…Avec trois publications dans la collection LPO, il slalome sans sourciller entre Mahler, Chostakovitch et Haydn. Sa Symphonie n°2 de Mahler (LPO-0054) est des plus intéressantes car le chef cherche à conjuguer la nervosité dramatique et un sens constant de la progression. C’est assez rectiligne car Jurowski se refuse à ajouter le moindre zest de spiritualité, mais les idées sont constantes dans une lecture éruptive et volcanique  qui ne cherche pas à flatter le public, ni à singer l’approche d’autres chefs. Qui plus est, en ces temps de Mahler ralentis et distendus à l’extrême, cette vision séduit, même si on pointe, au fil du concert, des petites chutes de tension, curieusement dans le spectaculaire final !

Changement d’époque et de style avec la version oratorio des Sept paroles de Christ en croix de Haydn (LPO-0051). Habitué à travailler avec des orchestres sur instruments authentiques, Jurowski impose un Haydn bondissant, rapide et parfaitement stylisé. La flexibilité des musiciens londoniens leur permet de suivre leur chef avec toute la probité requise. Si les solistes vocaux sont assez vaillants, le chœur du London Philharmonic est trop massif. Le pianiste est un musicien raffiné et cultivé, très à son aise dans Schubert et Beethoven, mais il passe à côté des Concertos pour piano de Chostakovitch (LPO-OO53). Techniquement, le jeu est irréprochable, mais il manque le petit plus pour dépasser le stade d’une confortable lecture. Pourtant, Jurowski lui sert un accompagnent jovial et gouailleur, mais il manque au pianiste le second degré d’un Yefim Bronfman avec son compère Esa-Pekka Salonen (Sony). Le complément propose une jolie lecture du Quinette avec piano en sol mineur de Chostakovitch, le pianiste est rejoint par des solistes de l’orchestre.

Invité régulier de la phalange, le chef finnois est à son aise dans un programme de démonstration (Sibelius : Symphonie n°5, Fille de Pojohla et Lutoslawski : Concerto pour orchestre-LPO-0057). Sa direction puissante et carrée, fait vrombir le LPO. Bien évidemment la concurrence est très rude, surtout dans Sibelius, mais le couplage est assez original pour qui cherche à acquérir ces partitions de démonstration.

Décédé en 2010, sir était intimement lié au LPO. L’orchestre se devait de lui rendre un hommage. Le choix s’est porté sur la musique de Dvorak, que le chef a tant servie : les Variations symphoniques et la Symphonie n°8 (LPO-OO55). Il est amusant de constater que les concurrents londoniens du Philharmonia Orchestra ont également rendu hommage au chef avec une autre lecture de la Symphonie n°8 (Signum) ! Au total, le collectionneur peut recenser pas moins de 4 gravures de cette œuvre sous la direction de Mackerras dont 2 avec le LPO (EMI et LPO). Capté en 1992, ce concert témoigne, encore et toujours de la compétence d’un chef cultivé et surtout hostile aux effets de manche. Les Variations Symphoniques ne sont certainement pas « le » chef d’œuvre de Dvorak. Mais la précision du chef et son soin apporté aux détails galvanisent un LPO qui se pare de ses plus belles couleurs pour animer cette suite de variations thématiques. On retrouve ces qualités dans une Symphonie n°8, énergique, gère rêveuse, mais pugnace et conquérante. Le LPO est un orchestre assez massif, qui ne peut rivaliser avec les teintes boisées de la Philharmonie Tchèque, mais cette galette est un bel hommage.

Du côté des archives plus lointaines, LPO poursuit son hommage à son regretté directeur musical, Klaus Tennstedt dans la Symphonie n°8 (LPO-OO52). Pour les mahlériens émérites, cette gravure fut captée le 21 janvier 1991, lors du premier concert d’une série de trois performances où les deux dernières (27-28 janvier 1991) étaient captées en vidéo pour EMI. Déjà très malade (le chef interrompit sa carrière en 1994), ce concert est traversé par un souffle dramatique incroyable. Musiciens, chœurs et solistes sont véritablement transportés sous cette battue incandescente. Techniquement le son est assez flou et le LPO, même avec des années de pratique mahlérienne, joue toujours un peu salement (mais cette brutalité des teintes et des interventions était une volonté du chef), mais on tient ici l’une des plus grandes lectures en concert de la partition.

Encore plus loin dans les archives, LPO édite une version de concert du Doktor Faust de Busoni (LPO-0056). Mais, cette version de concert est largement tronquée. À une époque (1959) où les éditions définitives de cet opéra inachevé à la mort de son auteur, n’étaient pas encore disponibles, le chef d’orchestre Adrian Boult et Dietrich Fischer-Dieskau, sélectionnèrent un petit « best-off » de la pièce. Bien évidemment, le public cible de ce disque sera limité : les fans de Fischer-Dieskau et les amoureux du Doktor Faust de Busoni. Pourtant, ceux qui feront l’acquisition de la galette ne le regretteront pas tant il se passe quelque chose sur scène avec un plateau vocal terriblement engagé : Richard Lewis, Jan Wallace et Heather Harper dans les rôles titres ! Quant à Boult, immense connaisseur des styles musicaux, il évolue objectivement et idéalement dans cette musique.

La fournée 2011 du LPO est donc riche et variée. Si l’on doit se recommander deux titres, nous conseillons aux mélomanes d’acquérir les deux albums Mahler de Jurowski et Tennstedt.

 

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