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A Beaubourg, l’exposition « Danser sa vie » confronte l’art et la danse

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Paris. Du 23 novembre au 2 avril 2012. Centre Pompidou. « Danser sa vie, art et danse de 1900 à nos jours. » Commissaires : Christine Macel, Emma Lavigne. Recherches : Anna Hiddleston, Florencia Chernajovsky. Architecte-scénographe : Maciej Fiszer. Chargés de production : Hervé Drouault, Dorothée L’Hérisson

Pour la première fois, une exposition tente de démêler l’écheveau serré des relations entre la danse et l’art depuis le début du XXème siècle. Riche et foisonnante, l’exposition « Danser sa vie » propose de confronter les points de vue des peintres ou des sculpteurs au monde de la danse et vice-versa. Une confrontation fructueuse, même si elle ne met pas toujours suffisamment en valeur le rôle moteur des chorégraphes comme instigateurs de projets et d’équipes artistiques.

L’exposition s’ouvre avec « La Danse de Paris », monumental triptyque d’Henri Matisse, laissant la place à une projection sur grand écran de « L’après-midi d’un faune » de Vaslav Nijinski, interprété par et Emilie Cozette, étoiles du Ballet de l’Opéra de Paris (qui ne sont malheureusement pas cités dans le cartel, comme la plupart des interprètes des captations diffusées dans l’exposition). Une vision saisissante de la pièce qui marque l’entrée de la danse moderne dans le XXème siècle, inspirée par l’antique, le primitivisme et la libération des corps. Cette première salle de la section consacrée à la « Danse de soi », la danse comme expression de la subjectivité, est la plus captivante, avec des photos rares de danse libre prises en Allemagne et en Suisse, dans les écoles d’Emile Jacques-Dalcroze ou Rudolf von Laban.

La danse à l’avant-garde du siècle

Après la première guerre mondiale, c’est l’expressionnisme qui domine les courants artistiques modernes, s’incarnant dans la figure de Mary Wigman, qui fascine les peintres Emil Nolde et Ernst Ludwig Kirchner dont l’exposition montre des toiles inédites. Un courant qui donnera naissance au Tanztheater allemand, dont la dernière disciple était Pina Bausch. Son « Sacre du printemps » y est projeté en intégralité dans le parcours de l’exposition. Sous le IIIème Reich, qui fera largement appel au talent des chorégraphes allemands, le culte du corps forme une transition toute trouvée avec l’abstraction, qui nourrit la deuxième partie de l’exposition, intitulée « Danse et abstraction ». Celle-ci a été exploitée par les chorégraphes d’avant-garde tout au long du XXème siècle, des ballets cinétiques de Loïe Fuller à Alwin Nikolaïs, en passant par le Bauhaus ou Le Ballet triadique d’Oskar Schlemmer. Les fans de notation découvriront avec intérêt les maquettes de l’icosaèdre conçu par Rudolf von Laban pour fixer sur le papier les mouvements du corps. Mais les pépites les plus éclatantes de cette section très historique restent sans conteste les contrepoints contemporains à cette recherche de l’abstraction : un solo inédit de en hommage à Laban, un film d’Olafur Eliasson sur les mouvements de la vie quotidienne ou la vision décomposée de Joséphine Baker par Jeff Mills. C’est aussi dans cette section que l’on peut voir de rares photographies de pièces de ou les sculptures de Noguchi utilisées par Martha Graham.

Performances et happenings

Plus touffue, plus confuse aussi, la dernière section de l’exposition se penche sur « Performance et danse ». Un concept un peu fourre-tout qui inclut l’aventure Dada, les excentricités de Valeska Gert ou les happenings de la modern dance américaine. A moins d’être vraiment connaisseur, on peut parfois décrocher au détour de certaines salles de cette section. Quelques films attirent cependant l’œil, comme le solo de « Quando il uomo principale e una donna » ou les célébrissimes femmes peintes en bleu d’Yves Klein. De nombreux moniteurs vidéo invitent à visionner, dans ce qui ressemble à une médiathèque, les expérimentations de la Judson Church à New-York : Robert Rauschenberg, Yvonne Rainer, Trisha Brown… ou à mieux comprendre la collaboration entre et John Cage.

Véritable respiration, les deux dernières salles ouvrent l’espace à une dimension plus contemporaine, autour de la culture pop. Dans les pas de l’artiste Felix Gonzalez-Torres ou des chorégraphes et Jérôme Bel, on constate à quel point l’art de la danse est ancrée dans la vie, témoignage vivant d’une époque qui vibre et rayonne très largement au-delà de nos frontières. C’est le mérite de l’exposition que de confronter les époques et les regards, de gommer les barrières linguistiques et territoriales, en proposant des points de vue multiples et enrichissants sur l’histoire de l’art en Europe au XXème siècle. A conseiller aussi bien aux fans de danse qu’aux amateurs d’art !

Crédits photographiques :

Adolphe (baron) De Meyer Nijinsky à mi-corps, tenant une grappe de raisins, 1914
Epreuve photomécanique (collotype) – 20,9 x 15,8 cm
Collection Musée d’Orsay, Paris

Yves Hervochon
et Spatiodynamique 16 ,1953
Épreuve gélatino-argentique, 20,2 x 16 cm
Paris, Archives Eléonore de Lavandeyra Schöffer


Quando l’uomo principale è una donna, 2004
Filmé par Charles Picq à la Maison de la danse, Lyon, avril 2004
Direction, scénographie et chorégraphie : Jan Fabre
Production : Troubleyn/Jan Fabre (Anvers, Belgique), en coproduction avec le Théâtre de la Ville (Paris, France), deSingel (Anvers, Belgique), avec le support du Festival Iberoamericano de Teatro de Bogotá

Jerôme Bel
The Show Must Go On, 2011
Auditorium Parco della Musica, Rome, 2004
© Photo : Riccardo Musacchio et Flavio Ianniello

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Paris. Du 23 novembre au 2 avril 2012. Centre Pompidou. « Danser sa vie, art et danse de 1900 à nos jours. » Commissaires : Christine Macel, Emma Lavigne. Recherches : Anna Hiddleston, Florencia Chernajovsky. Architecte-scénographe : Maciej Fiszer. Chargés de production : Hervé Drouault, Dorothée L’Hérisson

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