Sa Majesté René Pape

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Genève. Grand Théâtre. 3-I-2012. Franz Schubert (1797-1828) : Aufenthalt, Ständchen, Der Atlas, Der Einsame, Im Abendrot, An die Musik, Lachen und Weinen, Heidenröslein, Der Musensohn, Lied eines Schiffers an die Dioskuren, Prometheus. Hugo Wolf (1860-1903) : Gesänge nach Sonetten von Michelangelo : Wohl denk ich oft, Alles endet, was entstehet, Fühlt meine Seele. Robert Schumann (1810-1956) : Dichterliebe, op. 48. René Pape, basse. Camillo Radicke, piano

Près de vingt ans après son Sarastro de La Flûte Enchantée au Grand Théâtre de Genève, revient sur cette même scène avec dans son bagage une expérience récoltée sur les plus grandes scènes internationales. Le charismatique chanteur allemand y présente un récital qu’il a porté depuis quelques années à Los Angeles, New York, Tokyo.

Avec une première partie dédiée à Schubert et , ne semble pas choisir de « monter en puissance » comme le font souvent les récitalistes. Dès le premier lied, il s’investit. Et pourtant, l’après-midi même, il avait consulté un médecin pour s’assurer qu’il pourrait chanter, la température polaire de Genève ayant quelque peu atteint son instrument.

La voix est magnifique. La diction est parfaite. Dès les premières notes, on nage dans un chant de très grande classe. Une manière de poser le son, de monter ses aigus, de les envoyer à mezza-voce ou de les contenir en de subtils pianissimo, de faire sonner son instrument sans que jamais il ne sature, c’est avec un art du chant à l’ancienne que ce récital s’engage.

Après un « Der Atlas » plein d’énergie, on touche à la beauté des pianissimo pendant un grave « Alles endet, was enstehet » puis au phrasé subtil d’un très beau « Fühlt meine Seele ». Le charme va opérer sur le public genevois, souvent froid, avec un applaudi « Der Einsame ». Le véritable déclic artistique se déploie avec un « Im Abendrot » chanté avec une rare finesse de ton. C’est un instant où le charme opère, où la musique du chanteur vous pénètre. Sans apparente difficulté, comme en totale détente, il égrène les airs avec une musicalité sans cesse renouvelée. Jusqu’à un « Prometheus » théâtral.

En seconde partie, René Pape aborde le grand cycle du « Dichterliebe » de Schumann. Une œuvre beaucoup plus difficile d’interprétation, surtout pour le registre basse. Ce cycle souvent interprété par les voix de ténor, trouve ses limites avec la lourdeur, la pesanteur d’une voix de basse. Si toutes les cantilènes écrites sur des tempos lents ne posent aucun problème à la basse allemande, en revanche, certains airs plus marqués ne lui laissent pas le temps de la respiration. Ainsi, après un solennel « Im Rhein, im heiligen Strome », René Pape se retrouve dans de légères impasses interprétatives comme dans « Ich grolle nicht » où l’épaisseur de son registre ne lui permet pas de phraser avec l’agilité nécessaire et la reprise de souffle. Infimes détails qui n’enlèvent que peu de crédit à la qualité de ce récital.

A l’accompagner, si le pianiste est paru un peu trop effacé en première partie, il a donné plus d’air à son jeu dans le « Dichterliebe ». Reste que cette soirée fut royale et c’est sans flagornerie qu’on peur dire : Merci à sa Majesté René Pape !

Crédit photographique : René Pape © Mathias Bothor / DG

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