Nicola Beller Carbone, superbe Salomé à Bruxelles

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Bruxelles. Théâtre Royal de la Monnaie, 11-II-2012. Richard Strauss (1864-1949) : Salomé, drame lyrique en un acte sur un livret du compositeur d’après Oscar Wilde (traduction de Hedwig Lachmann). Mise en scène : Guy Joosten ; Décors : Martin Zehetgruber ; Costumes : Heide Kastler; Lumières : Manfred Voss ; Vidéo : Claudio Pazienza. Avec : Nicola Beller Carbone, Salomé ; Gerhard Siegel, Hérode ; Doris Soffel, Hérodias ; Scott Hendricks, Jochanaan ; Gordon Gietz, Narraboth ; Susanne Kreusch, le page d’Herodias ; Alasdair Elliott, 1er juif ; Yves Saelens , 2ème juif ; Johannes Preissinger , 3ème juif ; Alexandre Kravets , 4ème juif ; Guillaume Antoine, 5ème juif ; Frode Olsen, 1er nazaréen ; Donal J. Byrne, 2ème nazaréen ; Tijl Faveyts , 1er soldat ; Patrick Schramm, 2ème soldat ; Julian Hubbard, le cappadocien ; Marc Coulon, un esclave. Orchestre symphonique de la Monnaie, direction : Carlo Rizzi

Après Elektra dont il signait également la mise en scène la saison dernière, poursuit son étude des héroïnes straussiennes en s’attaquant à l’envoutante Salomé. Nouvelle collaboration entre la maison lyrique bruxelloise et le Liceu de Barcelone, cette production a su générer des opinions très divergentes dans l’esprit du public. Si elle ne choque pas au travers d’une esthétique trash, à l’image du travail proposé par Nicolas Brieger à Genève où David Mc Vicar à Londres, elle sait aussi facilement susciter la polémique au vu des libertés que le metteur en scène s’accorde vis à vis du texte d’Oscar Wilde. Ainsi, sur la scène de la Monnaie, l’action est projetée à l’intérieur d’un palais délabré dans lequel Hérode, sosie de , partage un banquet avec sa cour et ses invités. A l’extérieur de cet espace, sa garde est composée de caricatures de garde du corps arborant lunettes noires sur la tête et pistolet au poing. La principale et discutable audace de Joosten sur cette production est d’avoir voulu désincarner Jochanaan. La voix du prophète ne s’échappe pas d’une citerne comme l’entend le livret, mais semble provenir tantôt de cintres, tantôt du côté cour. Les gardes cherchant en vain l’origine de ces prophéties agitent alors leurs armes en tous sens, ce qui ne manque pas de provoquer un rictus chez le spectateur, tant l’incongruité de ce qui est montré sur scène par rapport au texte de Wilde est flagrante. Le final de l’opéra est également dominé par ce précepte, lorsque c’est Jochanaan qui apparait derrière Salomé après qu’Hérode en ait ordonné la mise à mort. Pour ce qui est de la danse des sept voiles, point de danse à commenter, mais plutôt une vidéo. Sur une toile tendue par deux gardes, une projection suggère le viol de Salomé par Hérode. C’est certainement le passage le moins convaincant de la production, notamment par le décalage sensible entre l’expression musicale de l’orchestre et ce qui est alors présenté sur scène. Soulignons cependant une direction d’acteurs assez minutieusement fouillée apportant son véritable souffle à cette production.

Le point fort de cette production, plutôt que sa mise en scène, se trouve davantage dans la composition de sa distribution. La soprano a déjà prouvé à Genève et Montréal qu’elle était une des grandes Salomé du moment et sa performance bruxelloise s’est révélée tout aussi enthousiasmante. La chanteuse dispose d’un physique flatteur mais encore plus, d’une voix qui jamais ne semble forcée. Les aigus demeurent constamment limpides et gracieux même sur les phrasés les plus corsés. est une interprète récurrente du rôle d’Herodias, et s’acquitte de manière positive de sa tâche. Du côté des rôles masculins, notons que l’Américain faisait ses débuts dans le rôle de Jochanaan. Sa prestation s’avère convaincante, mais sa voix semble encore pouvoir gagner en ampleur. endosse avec brio le rôle d’Hérode, aussi à l’aise vocalement qu’en tant que comédien. Nous pouvons également souligner l’excellent Naraboth de .

Dans la fosse, tient la barre de l’ avec un talent parfois routinier mais apte à révéler la plus grande partie des parfums subtils de la partition de Strauss. Les cuivres se distinguent par leur vigueur et le soins apportés dans les attaques les plus scabreuses, tandis que les cordes délivrent une palette de sonorités d’une belle brillance. La première faiblesse du travail de à la tête de cet orchestre tient essentiellement dans sa difficulté à équilibrer les dynamiques des différents pupitres, d’où un certain manque de relief et de densité dans la sonorité de l’orchestre.

Crédit photographique: © Hofmann / La Monnaie – De Munt

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