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Marie-Nicole Lemieux emmène l’Italienne d’Alger à Nancy

La Scène, Opéra, Opéras

Nancy. Opéra national de Lorraine. 17-II-2012. Gioachino Rossini (1792-1868) : L’Italiana in Algeri, dramma giocoso en deux actes sur un livret d’Angelo Anelli. Mise en scène : David Hermann. Décors : Rifail Ajdarpasic. Costumes : Bettina Walter. Lumières : Fabrice Kebour. Masques et perruques : Cécile Kretschmar. Avec : Marie-Nicole Lemieux, Isabella ; Yijie Shi, Lindoro ; Donato Di Stefano, Mustafa ; Nigel Smith, Taddeo ; Yuree Jang, Elvira ; Olga Privalova, Zulma ; Igor Gnidii, Haly. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell) ; Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte) ; Orchestre symphonique et lyrique de Nancy ; direction musicale : Paolo Olmi

L’Italienne à Alger réussit bien à Nancy. Sa précédente venue remonte à 1990 et alignait, dans la mise en scène fameuse de Pier Luigi Pizzi, rien moins que Lucia Valentini-Terrani, un William Matteuzzi totalement ébouriffant et le tout jeune Simone Alaimo ! C’est au souvenir encore vivace de ces illustres soirées que se confrontait donc cette nouvelle production.

Au lever de rideau, le monumental dispositif scénique conçu par Rifail Ajdarpasic surprend et inquiète quelque peu. Nous voici transportés en pleine forêt vierge, où s’est écrasé un avion de ligne dont l’imposante carcasse occupe tout le plateau. Mustafa en est l’ex-commandant, reconverti en chef tyrannique des rescapés, selon un scénario qui évoque la série télévisée Lost. Haly est probablement un stewart, Lindoro est reclus dans un réacteur et le chœur des passagers prisonniers se cache sous des masques tribaux dont ils se libèreront à la fin. Quant à Isabella et Taddeo, ils parviendront à les rejoindre en se frayant un chemin à la machette. L’espace de jeu semble réduit, le risque de se laisser piéger par un tel décor est patent mais c’est sans compter sur le talent du metteur en scène qui va en occuper sans faiblir les deux étages et filer la métaphore aéronautique avec un humour et une avalanche de gags réjouissants. On rit donc beaucoup à ce spectacle – et c’est tant mieux – à voir Taddeo « cuisiné » pour servir de barbecue cannibale ou affublé d’un habit de Kaimakan pour le moins emplumé, à assister au service du café grâce aux célèbres chariots du transport aérien, dont les non moins fameux plateaux-repas semblent pourtant faire les délices du Pappataci Mustafa. Le duo Isabella-Taddeo « Ai capricci della sorte » à travers un fragment de fuselage et ses hublots est un véritable bijou de direction d’acteurs, un accidentel redémarrage du réacteur emporte dans son tourbillon le finale de l’acte I et le quintette du II « Ti presento di mia man » sur deux rangées de sièges d’avion atteint au grandiose quand les turbulences s’en mêlent, ceintures de sécurité, gilets de sauvetage et masques à oxygène inclus. Bien évidemment, les Italiens parviendront à s’échapper en redécollant, laissant Mustafa à son royaume de bambous.

Succédant in loco à Lucia Valentini-Terrani, qu’elle nous a confié profondément admirer, aborde pour la première fois le rôle d’Isabella et réussit d’emblée une incarnation mémorable. La tessiture plutôt grave du rôle convient parfaitement à sa voix de contralto, cependant non dénuée d’aigus, sa forte personnalité emporte tout. Elle use de ses graves plantureux et de ses formes généreuses pour camper un personnage drôlissime et truculent. Irrésistible ! Tout juste pourrait-on lui souhaiter une colorature plus déliée et plus marquée. Son Lindoro permet d’entendre le jeune (29 ans) ténor chinois , déjà fêté à Pesaro. Le matériau vocal impressionne, en puissance, en agilité, en sécurité et liberté du suraigu particulièrement. Il reste toutefois encore un peu brut et mérite d’être affiné pour y trouver plus de nuances et de variations de dynamique, son forte permanent finissant par lasser. Néanmoins, un Lindoro déjà passionnant. En Mustafa, s’impose par ses dons innés d’acteur et de réelles qualités musicales ; les vocalises de son aria « Già d’insolito ardore » le montrent cependant plus précautionneux et moins brillant. Le Taddeo de convainc lui aussi par l’engagement scénique et par une voix au timbre clair et affirmé. L’Elvira solide et altière de n’a pour seul défaut que de trop dominer les ensembles par la puissance de ses aigus. Olga Privalova en Zulma et Igor Gniddi en Haly complètent cette distribution sans fausse note.

La direction idiomatique de parachève la réussite du spectacle. Dès l’ouverture se remarquent le sens du rythme (mais sans excès de vivacité du tempo), le soin apporté à la saveur des instruments solistes, la construction des crescendos, le flux et reflux de la masse orchestrale qui marqueront toute la soirée. Impeccablement suivi par l’, assure une irréprochable cohésion avec le plateau, sans jamais se laisser aller à sa tendance naturelle à le couvrir. Le Chœur d’hommes de l’Opéra national de Lorraine, renforcé par celui de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole où cette coproduction va être reprise en mars avec Isabelle Druet en Isabella, apporte également sa contribution splendide et essentielle.

Vraiment, comme nous le disions en préambule, L’Italienne à Alger réussit bien à Nancy.

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