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L’épopée de Giustino… en version concert

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 24-II-2012. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Giustino, dramma per musica en trois actes, sur un livret de Nicolò Beregan. Version de concert. Marina de Liso, Giustino ; Maria Grazia Schiavo, Arianna ; Ileana Mateescu, Anastasio ; Varduhi Abrahamyan, Andronico ; Sabina Puértolas, Leocasta ; Lucia Cirillo, Amanzio, La Fortuna ; Ed Lyon, Vitaliano ; Vincent Lesage, Polidarte, Voce di Vitaliano Seniore ; I Virtuosi delle Muse Baroque Orchestra : Jonathan Guyonnet, premier violon ; Stefano Molardi, direction.

Le Théâtre des Champs-Elysées proposait une version concert de Giustino, dramma per musica délaissé de longue date par les salles de concerts françaises depuis la Représentation d’ (Opéra Royal de Versailles, 1985). L’épopée du jeune paysan sauveur de l’Empire d’Orient a pourtant plus d’un atout pour séduire : pour mettre en musique l’enchevêtrement d’intrigues amoureuses, de batailles, de jalousies et autres trahisons, Vivaldi mêle à une instrumentation originale -solo de piccolo, psaltérion- des arias qui gagnant en ampleur par rapport à ses premiers opéras. Cette place particulière laissée à la sensibilité, à l’individualité de chaque personnage contribue à présenter Giustino comme une étape de maturité dans l’écriture opératique du prêtre roux.

C’est l’Ensemble qui se charge de servir cet opéra ambitieux. Le jeune orchestre de Crémone, dont le disque sur les Sinfonie d’Opéras de Vivaldi avait déjà été salué par la critique internationale (Divox, 2006) a été convaincant à plus d’un titre. L’ouverture de Giustino a tout pour empoter les suffrages : cohésion, dynamisme, précision, cisellement des nuances. Les cordes sont incisives sans agressivité dans les allegros. Le mouvement lent annonce à merveille les affres et les douleurs des personnages.

La musique est là, mais le décor manque cruellement. Dans la froideur imposée d’une version concert, la grande qualité de la distribution réchauffe l’atmosphère : distribution quasi-féminine mais avec des figures masculines de, choix, (, Vincent Lesage), chacun a su nous offrir, de leurs timbres rares, de très beaux moments lyriques.

La vaillance du jeune laboureur Giustino était celle de la mezzo , à la voix sombre, au jeu énergique. Anastasio, alliance de la puissanceet de la sensibilité de Ileana Mateescu, émouvante dans le très attendu « Vedro con moi diletto » ou dans le « Sento in seno ch’in pioggia di lagrime ». Lumineuses furent les sopranos, en présence comme en voix, entre la fraîcheur (Arianna) et Sabina Puertolas (Leocasta). Du côté Romain, est un Vitalino cruel et egoïste, à la présence scénique incroyable.

Voilà, en somme, une représentation réussie, l’on regrette simplement que cette belle équipe n’ait pu briller davantage avec une véritable mise en scène donnant autant à entendre qu’à voir batailles et tempêtes…

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