Theodora enflamme l’Arsenal

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Metz. Arsenal. 11-III-2012. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Theodora, oratorio en trois actes. Avec : Sandrine Piau, soprano ; Patricia Bardon, contralto ; Lawrence Zazzo, contreténor ; James Gilchrist, ténor ; Nathan Berg, basse. Le Concert Spirituel (orchestre et chœur), direction: Hervé Niquet

La dernière fois que Theodora, l’oratorio préféré de Haendel, a été donné à l’Arsenal de Metz, la distribution contenait rien moins que Susan Gritton, Robin Blaze, Paul Agnew et Neal Davies, tout ce petit monde étant placé alors sous la direction experte de Paul McCreesh à la tête de ses « Gabrieli Consort and Players ». Ce concert mémorable a été par la suite fixé sur un enregistrement pour la firme Archiv Produktion. C’est dire que le niveau d’attente du public était élevé, et que le défi à relever pour les troupes et les solistes d’ était loin d’être mince.

Défi relevé, pourra-t-on dire, même si le chœur du Concert Spirituel n’a pas toujours la précision du Gabrieli Consort. Peut-être aurait-on également souhaité, dans cet ouvrage qui met en scène autant les Romains adeptes des rites de Vénus que les premiers Chrétiens de l’Antiquité, davantage de caractérisation musicale. L’orchestre, en revanche, emporté par un chef qui parvient à transmettre à sa phalange les couleurs qu’il veut lui imposer, sait donner autant dans la subtilité et dans l’intériorité que dans le clinquant et le brio.

Vocalement, le plateau était d’excellente tenue, même si , en Didymus, a déçu par une prestation assez inégale. Si le contreténor américain a montré sa capacité une tenir une belle ligne musicale dans le haut du registre, le médium est trop souvent rebelle, et le grave parfois inaccessible. , quant à elle, n’a aucun problème pour dompter son instrument, mais le style d’interprétation, dans une tradition victorienne d’un autre âge, paraît quelque peu désuet de nos jours. Étonnant de la part d’une chanteuse formée au baroque, mais dont le répertoire, il est vrai, s’est beaucoup tourné vers le XIXe siècle ces dernières années.

Les trois autres solistes rivalisent d’excellence. En excellente voix, se place désormais parmi les meilleurs ténors « blancs » à l’anglaise, avec un timbre légèrement plus corsé que celui d’un Ian Bostridge, par exemple. Même s’il a – hélas ! – peu à faire dans cet ouvrage, , qui manifestement a beaucoup pratiqué le rôle de Valens, propose un miracle d’aisance vocale et de caractérisation théâtrale. Enfin, radieuse, immense, la Theodora de s’inscrit parmi les plus belles incarnations de ce personnage, en dépit d’une voix qui reste menue mais qui est toujours parfaitement maîtrisée. Son timbre lumineux et cristallin, son art des sons filés et amplifiés, la beauté de ses phrasés, la clarté de sa diction placent cette haendélienne hors-pair parmi les interprètes idéales d’un plus des plus beaux rôles de toute la production haendélienne. Espérons qu’en enregistrement discographique viendra au plus vite immortaliser cette interprétation magistrale, émouvante dans sa simplicité et dans son évidence.

Crédit photographique : © Antoine Le Grand

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