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La Bayadère à l’Opéra de Paris : une reprise poussive

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Paris. Palais Garnier. 11-IV-2012. Ludwig Minkus (1826-1917) : La Bayadère, ballet en trois actes. Chorégraphie et mise en scène : Rudolf Noureev, d’après Marius Petipa. Décors: Ezio Frigerio; Costumes : Franca Squarciapino. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Myriam Ould-Braham, Nikiya; Florian Magnenet, Solor; Charline Giezendanner, Gamzatti; Allister Madin, L’idole Dorée; Sarah Kora Dayanova, Valentine Colasante, Sabrina Mallem, Trois Ombres; Marine Ganio, Danse Manou; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Fayçal Karoui

Il est parfois des reprises qui font planer un doute sur la légitimité de poursuivre une politique artistique qui se sclérose et s’épuise. Le dernier ballet de Noureev pour l’Opéra voit cette saison un nombre incalculable de remplaçant(e)s se blesser, les distributions être remaniées maintes et maintes fois, et malgré la nomination de deux Etoiles qui, quand bien même attendues, laissent pour le moins dubitatives ( et ).

C’est alors tout l’intérêt que de se pencher sur l’inattendu et le nouveau. Loin des habituels couples, enfin deux jeunes danseurs peuvent s’emparer du répertoire : en premier lieu, , désormais accoutumé à briller sur le devant de la scène avec une force dramatique qui s’épanouit de saison en saison ; un Solor assez raffiné et racé est présenté par ce garçon à la technique qui se sécurise sérieusement depuis deux saisons. Assez atypiquement lié à , il faut l’avouer, il se révèle un partenaire dont l’étoffe doit se développer encore, mais qui est de premier ordre. La première danseuse à la blondeur vénitienne est surprenante, comme à son habitude : elle est là où on ne l’attend pas en attirant à elle un rôle qui aurait pu être un contre –emploi : un physique gracile, des attaches fines et un rubato romantique emportent, une fois encore, le spectateur dans un univers hors-catégorie où rédemption et souffrance sont mêlées ; que de clairs-obscurs dans la pudeur d’un port de tête qui se voile dans une atmosphère poudrée, combien de contrastes dans la puissance du caractère au corps si sensiblement fragile, que de surprises dans les coda (autant dans le deuxième acte que dans l’acte blanc, où la vivacité se conjugue à l’intelligence) ! Face à tant de suprématie, se défend ardemment en présentant une technique très aboutie, avec une pantomime juste et émouvante, quand bien même le plateau de Bastille reste toujours trop grand pour saisir la complexité des intentions.

A signaler également : la première ombre d’un contrôle sensuel (Mlle Dayanova), une danse Manou, subtilement distillé par une mutine et d’une complicité rare, et Eléonore Guérineau dans le corps de ballet, incisive et féminine. On pourra toujours les rêver dans les principaux rôles. Le corps de ballet, fluctuant dans son excellence laisse entrevoir tout le malaise échappé du conflit entre une relève, jeune, prête à hisser haut les couleurs du Ballet, une génération d’Etoiles dont la prise de rôle est catapultée sans préparation clairement établie, et enfin d’autres danseurs qui n’y ont plus forcément grand chose à y faire.

Un vrai chef d’orchestre, , a permis à la mélodie orientalisante (mais pas que…) de Minkus d’être jouée de manière juste et terriblement enjouée, ce qui n’est pas la moindre difficulté à tirer de l’orchestre de l’Opéra, souvent moins exigeant avec la musique de ballet.

Une distribution encore un peu disparate, tant les styles et les motivations semblent différents, mais, qui, en mûrissant (si on lui en laisse l’opportunité), prouvera que nombre de personnalités n’attendent plus que d’être valorisées.

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Paris. Palais Garnier. 11-IV-2012. Ludwig Minkus (1826-1917) : La Bayadère, ballet en trois actes. Chorégraphie et mise en scène : Rudolf Noureev, d’après Marius Petipa. Décors: Ezio Frigerio; Costumes : Franca Squarciapino. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Myriam Ould-Braham, Nikiya; Florian Magnenet, Solor; Charline Giezendanner, Gamzatti; Allister Madin, L’idole Dorée; Sarah Kora Dayanova, Valentine Colasante, Sabrina Mallem, Trois Ombres; Marine Ganio, Danse Manou; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Fayçal Karoui

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