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Manon à l’Opéra de Paris : une certaine idée du répertoire

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Palais Garnier. 21-IV-2012. Jules Massenet (1842-1912) : extraits d’œuvres musicales. Martin Yates : nouveaux arrangements et orchestration, ballet en trois actes, d’après le roman de l’Abbé Prévost. Chorégraphie et mise en scène : Kenneth MacMillan, réglées par Karl Burnett et Gary Harris. Décors et costumes : Nicholas Georgiadis. Lumières : John B. Read. Avec : Clairemarie Osta, Manon; Nicolas Le Riche, Des Grieux; Stéphane Bullion, Lescaut; Alice Renavand, la Maîtresse de Lescaut; Stéphane Phavorin, Monsieur de G. M. ; Viviane Descoutures, Madame; Allister Madin, le Chef des mendiants; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Koen Kessels

La dernière série de l’Histoire de Manon à l’Opéra de Paris date de 2003 : autant dire qu’une génération de danseurs est passée ! On ne peut donc que se féliciter de nombreuses prises de rôle. est en tout premier lieu capable de réserver le meilleur de sa technique dans ce qu’il lui est finalement le plus approprié : Lescaut est un personnage adéquat tant par les difficultés techniques qui sont vaillamment relevées (et sans cette raideur qu’on peut reprocher au danseur Etoile dans les ouvrages purement académiques), et la vilenie du cousin de Manon est d’une richesse psychologique qui fait sortir M. Bullion de sa réserve habituelle. C’est finalement parmi la caractérisation des personnages néoclassiques qu’on peut le trouver aussi convaincant. Il faut évoquer également , désormais habitué à dresser une palette expressive d’une grande richesse au travers de personnages complexes : il fait de Monsieur de G. M. un libertin pervers et malsain, dans la ligne droite de la caricature sadique voulue par une chorégraphie qui valorise la richesse au mépris de la vertu. Un certain embarras suscité chez le spectateur par tant de veulerie et de mépris de la dignité humaine ne peut que forcer le respect.

Le couple principal, formé par le couple à la ville comme à la scène et , danse là pour ce qui sera parmi les dernières représentations de Mlle Osta sur la scène du Palais Garnier : la force qui se dégage des scènes tendres et intimes ne peut provenir que de leur confiance respective et du soulagement de n’avoir plus rien à prouver. On savoure alors des élans affectifs puissants, excusant la fatigue de quand il est seul, provoquant la joie dans des portés où flotte sa maîtresse, expliquant la sensation que le drame que traverse le couple ne s’intègre pas tellement à l’ensemble de la pièce.

En effet, le ballet n’a pas la concision d’autres œuvres de MacMillan, et malgré une écriture très cinématographique, le corps de ballet doit s’approprier encore cette œuvre pour que les ressorts dramatiques se fluidifient : il est par trop visible encore de discerner les variations, les préparations d’effets théâtraux ; sans bénéficier donc de la même expérience que leurs homologues anglais, ce qui devrait former l’inaperçu devient flagrant, et il faut certainement que les danseurs aient plus l’habitude de danser ce style de ballet, qui leur convient finalement que la Bayadère, pour en être tout à fait maîtres.
Il s’agit là donc d’apprécier un « ballet du répertoire » qui ne manquera pas de s’améliorer au décours des représentations.

Crédit photographique : , © Anne Deniau/ Opéra national de Paris

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