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Faust à Metz, le Maître et Marguerite

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 12-VI-2012. Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier avec la collaboration de Michel Carré, d’après la légende du même nom et la pièce de Goethe. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Chorégraphie : Élodie Vella. Décors : Poppi Ranchetti. Costumes : Véronique Bellone. Lumières : Jacques Chatelet. Avec : Kimy Mc Laren, Marguerite ; Carine Séchaye, Siebel ; Marie-José Dolorian, Marthe ; Florian Laconi, Faust ; Homero Pérez-Miranda, Méphistophélès ; Alexandre Duhamel, Valentin ; Régis Mengus, Wagner. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell). Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole. Orchestre national de Lorraine, direction : Jacques Mercier.

Coproduite avec les Opéras d’Avignon, de Saint-Étienne et de Nice, donnée à Toulon en décembre 2011, cette mise en scène de Paul-Emile Fourny a fini par faire son entrée à l’Opéra-Théâtre de Metz. Si l’on goûte au premier chef l’opportunité d’entendre enfin le chef d’œuvre de Gounod donné sans la moindre coupure (scène de la chambre dans son intégralité, ballet du dernier acte), on apprécie également l’intelligence, l’habileté et la beauté plastique d’un spectacle qui, en dépit de son parti pris de transposition historique, ne renonce pas à certains des éléments traditionnels associés à la légende du vieux magicien (vieux grimoires au premier acte, etc.).

On pourra regretter évidemment l’étroitesse du plateau de l’Opéra-théâtre de Metz, qui contribue à rendre quelque peu confuses et encombrées les grandes scènes populaires des actes 2 et 4. Et l’on se passerait de quelques détails anecdotiques et anachroniques qui n’apportent rien à la compréhension de l’action, comme par exemple l’inutile fusillade d’un jeune couple au moment du retour des soldats. On peine à voir le lien avec la supposée trahison de Marguerite…

De façon générale, les scènes d’intérieur remportent davantage l’adhésion, notamment grâce aux beaux éclairages de Jacques Chatelet. Ainsi si le décor, les costumes et les accessoires, présentés dans un élégant camaïeu de gris, évoquent immanquablement les plus dures années de la Grande guerre, certaines de ces scènes rappellent également les célèbres gravures de Delacroix, comme par exemple la scène du cabinet de Faust, celle de la chambre ou encore la scène de l’église ou de la prison. Le ballet du 5, avec la désormais traditionnelle « mise-en-abyme » de l’action principale, est pour une fois particulièrement réussi, et redynamise l’action en synthétisant et en re-contextualisant ses principales étapes.

La direction d’acteurs, exceptionnellement soignée, semble se concentrer essentiellement sur le personnage de Méphisto, dont le véritable enjeu est bien évidemment de gagner à lui l’âme de Marguerite – et non celle de Faust –, sens qu’il convient de donner à la réécriture de Goethe telle que l’ont opérée Gounod et avec lui ses librettistes. C’est bel et bien la confrontation entre ces deux personnages qui fournit à la mise en scène de son principal fil conducteur.

Si les solistes sont tous très investis scéniquement, à commencer par la Marthe résolument bouffonne de , le bilan vocal est hélas beaucoup plus mitigé. Le Valentin d’, peu convaincant dans son air du 2, paraît cependant plus à l’aise au quatrième acte. Et si le Méphisto de se bat avec un vibrato parfois envahissant, ainsi qu’avec une diction appliquée mais trop souvent hasardeuse, il parvient par son jeu à rendre toute la dimension paradoxale de ce Méphisto typiquement français, personnage à la fois bouffe et terrifiant. S’il vaut mieux oublier le Faust ce soir chevrotant de , décidément mis en difficulté par un rôle bien trop lourd pour son ténor de demi-caractère, les oreilles se tourneront vers la Marguerite de , dotée de belles demi-teintes et d’un organe long et souple en dépit d’un timbre plutôt terne et pauvre en couleurs. À suivre, assurément, le très joli Siebel de , à l’aigu triomphant et nettement projeté, ainsi que le Wagner prometteur de Régis Mengus, transformé pour l’occasion en garçon de café…

Le réel triomphateur de la soirée, sur le plan musical, est l’, particulièrement inspiré sous la baguette de même si, comme à l’accoutumée, les inévitables décalages de l’acte 2 n’ont pas pu être totalement évités. Enfin, les chœurs conjoints des Opéras de Metz et de Nancy, dont on pouvait – fait rarissime – percevoir chaque mot, ont eux aussi contribué au succès d’un spectacle convaincant et cohérent dans son alliage de tradition et de modernité.

Crédit photographique : , (photo n°1), , (photo n°2) © Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

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