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Doráti et Fistoulari, maîtres de la danse

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Léo Delibes (1836-1891) : Coppélia ; Sylvia – ballets. Minneapolis Symphony Orchestra, direction : Antal Doráti (Coppélia). London Symphony Orchestra, direction : Anatole Fistoulari (Sylvia). 1 coffret 3 CD Newton Classics 8802080. Code barre : 8718247710805. Enregistré les 21 et 22 décembre 1957 au Northrop Auditorium, Minneapolis (Coppélia) ; les 28 et 29 juin 1958 au Watford Town Hall, Londres (Sylvia). ADD. Notices trilingues (anglais, allemand, français). Durée : 61’39, 58’15, 52’54.

Ottorino Respighi (1879-1936) : Antiche Danze ed Arie, trois suites ; Gli Uccelli ; Impressioni Brasiliane ; Fontane di Roma ; Pini di Roma. Philharmonia Hungarica, London Symphony Orchestra, Minneapolis Symphony Orchestra, direction : Antal Doráti. 1 double CD Newton Classics 8802048. Code barre : 8718247710485. Enregistré en juin 1958 à la Großer Saal, Konzerthaus, Vienne ; en juillet 1957 au Watford Town Hall, Londres ; en avril 1960 au Northrop Auditorium, Minneapolis. ADD. Notices trilingues (anglais, allemand, français). Durée : 54’34, 73’05

 

Le jeune label néerlandais Newton Classics, fondé en 2009 par une petite équipe de personnes passionnées par la musique classique, peut s’enorgueillir de la qualité exemplaire de ses productions, si l’on en juge par ces deux réalisations qui nous sont parvenues : d’impeccables pressages de CDs, des notices très informatives en trois langues et une présentation fort soignée de l’objet le rend a priori très sympathique, et précisons-le tout de suite, la qualité sonore est au dessus de tout éloge. Un peu comme son compatriote Brilliant Classics, le répertoire de Newton Classics est basé sur des enregistrements prestigieux naguère accomplis par de grandes maisons de disques, mais que celles-ci n’ont pas daigné rééditer et laissent dormir dans leurs voûtes depuis un temps considérable : Newton Classics en a obtenu les licences pour l’utilisation des bandes originales, et un simple coup d’œil sur son catalogue en montre déjà l’ampleur.

C’est avec grande joie que nous retrouvons ici de précieuses réalisations d’origine Mercury qui étaient devenues indisponibles depuis plusieurs années, et que Universal n’a pas reprises dans le somptueux coffret consacré au légendaire label américain : ces deux productions Newton Classics complètent donc idéalement le coffret Mercury, d’autant qu’elles mettent à l’honneur l’une de ses gloires, (1906-1988) dans le ballet Coppélia de (1836-1891), ainsi que son excellent collègue (1907-1995), musicien rare chez Mercury, dans le ballet Sylvia du même compositeur. Réunir en un seul album CD les deux ballets de Delibes par ces deux chefs fut un éclair de génie – un de plus – de la part de la directrice artistique Wilma Cozart Fine, et Newton Classics a judicieusement gardé tel quel ce couplage idéal.

fut un chef – et compositeur – très éclectique, particulièrement remarquable dans la musique de ballet, avec pour Mercury les premières gravures véritablement intégrales des trois ballets de Tchaïkovski : il ne faut pas oublier qu’il fut associé aux Ballets Russes de Monte-Carlo de 1933 à 1941, puis à l’American Ballet Theatre de New York de 1941 à 1945, et qu’il nous a laissé un ballet basé sur des thèmes de Johann Strauss II, Graduation Ball (Le Bal des Cadets, 1940). fut le premier à graver Coppélia dans sa totalité, en avril 1957 (Decca Eloquence 4800083), mais Doráti le suivit de près, en décembre 1957, pour y faire preuve de sa fougue et sa vitalité légendaires, aidé par une prodigieuse mémoire. Avec lui, l’Orchestre Symphonique de Minneapolis acquiert une précision instrumentale fulgurante et un réel brio qui n’exclut pas une légèreté et une spontanéité toutes françaises, même si l’on souhaiterait à certains moments un jeu plus chaleureux, plus souple, et un orchestre plus fourni en cordes.

Cette souplesse et cette ampleur orchestrale, nous la trouvons idéalement avec l’Orchestre Symphonique de Londres sous la baguette inspirée et très poétique d’. Si Coppélia est une grande réussite du ballet à une époque où ce genre n’était que purement décoratif et seul prétexte à la danse, Sylvia à notre avis l’est encore plus (on connaît l’appréciation dithyrambique de Tchaïkovski à l’égard de cette œuvre, au détriment d’ailleurs de son propre Lac des Cygnes). Fistoulari en révèle toutes les potentialités avec un enthousiasme communicatif, aidé par un Orchestre Symphonique de Londres en toute grande forme. Anatole Fistoulari fut le chantre inspiré de la musique russe : on lui doit notamment de superbes gravures, rares dans les années 50, des poèmes symphoniques La Tempête op. 18 de Tchaïkovski et Skazka (Conte de Fée) op. 29 de Rimski-Korsakov. Mais il fut aussi un admirable chef de ballet, comme nous l’avons déjà souligné lors des rééditions du Lac des Cygnes, et de La Belle au Bois Dormant et Casse-Noisette chez Opus Kura : il était donc tout indiqué pour nous offrir une version extrêmement vivante, haute en couleurs et intensément poétique de Sylvia, surclassant aisément les réalisations ultérieures, pourtant estimables, de Richard Bonynge (Decca) et d’Andrew Mogrelia (Naxos), même si Fistoulari omet le Pas des Esclaves et la Variation-Valse du Divertissement de l’acte III du ballet.

Retour à Antal Doráti avec une réédition en double CD de l’exacte reprise de deux disques Mercury consacrés à (1879-1936) : enregistrements de légende que le temps n’a pas altérés. Ici aussi, aucune version stéréo postérieure des trois suites des Danses et Airs anciens et de la suite Les Oiseaux, n’arrive à la cheville de celles-ci, et Doráti fut le premier à nous donner les Impressions Brésiliennes en stéréo, originellement en microsillon sur la face verso des Oiseaux. Le (dans les Danses et Airs anciens) et le London Symphony se révèlent phalanges idéales pour cette musique, et jamais ces pages n’ont sonné avec autant de couleur, de vie et de poésie.

Le cas des Fontaines et des Pins de Rome est un peu particulier. Doráti a effectivement gravé tout le triptyque romain de Respighi en deux microsillons, couplé avec les rares Vetrate di Chiesa (Vitraux d’Église), le tout avec le Minneapolis Symphony. Il est toutefois regrettable que Mercury ait omis de transférer en CD ces Vitraux d’Église et les Fêtes Romaines : privés de ces dernières, la concurrence des autres versions du triptyque est d’autant plus rude – à commencer par celle d’, en un son étonnant pour l’époque, et qui reste une référence absolue difficilement égalable. L’Orchestre symphonique de Minneapolis, souvent très poétique, déploie toutes ses couleurs chatoyantes, et ses Pins de la Voie Appienne, implacables, sont plutôt impressionnants, mais on a fait mieux depuis pour ces pages en technicolor…

Et finalement, plus d’un mélomane sursautera en lisant les notes du critique David Gutman : « Au moment le plus hardi, dans l’évocation finale des Pins de la Voie Appienne, où le pas implacable des armées impériales résonne à travers les siècles, le réalisme sans doute un peu forcé est illustré par l’emploi d’un enregistrement phonographique de chant de rossignol. » Monsieur Gutman connaît-il les Pins de Rome ? Les a-t-il bien écoutés ? Son appréciation « un peu forcée » tombe vraiment à plat, puisqu’il situe erronément le chant délicat du rossignol en plein dans les tonitruants Pins de la Voie Appienne (ce qui est un non-sens), alors qu’en réalité ce chant s’épanouit dans la nuit paisible des très poétiques Pins du Janicule

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Léo Delibes (1836-1891) : Coppélia ; Sylvia – ballets. Minneapolis Symphony Orchestra, direction : Antal Doráti (Coppélia). London Symphony Orchestra, direction : Anatole Fistoulari (Sylvia). 1 coffret 3 CD Newton Classics 8802080. Code barre : 8718247710805. Enregistré les 21 et 22 décembre 1957 au Northrop Auditorium, Minneapolis (Coppélia) ; les 28 et 29 juin 1958 au Watford Town Hall, Londres (Sylvia). ADD. Notices trilingues (anglais, allemand, français). Durée : 61’39, 58’15, 52’54.

Ottorino Respighi (1879-1936) : Antiche Danze ed Arie, trois suites ; Gli Uccelli ; Impressioni Brasiliane ; Fontane di Roma ; Pini di Roma. Philharmonia Hungarica, London Symphony Orchestra, Minneapolis Symphony Orchestra, direction : Antal Doráti. 1 double CD Newton Classics 8802048. Code barre : 8718247710485. Enregistré en juin 1958 à la Großer Saal, Konzerthaus, Vienne ; en juillet 1957 au Watford Town Hall, Londres ; en avril 1960 au Northrop Auditorium, Minneapolis. ADD. Notices trilingues (anglais, allemand, français). Durée : 54’34, 73’05

 
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