La 2ème symphonie de Mahler selon Valery Gergiev

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Baden-Baden. Festspielhaus. 21-VII-2012. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°2 en ut mineur « Résurrection ». Anastasia Kalagina, soprano ; Zlata Bulycheva, alto. Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg (Chefs de chœur : Pavel Petrenko et Leonid Teplyakov), direction : Valery Gergiev

Entre deux représentations de Boris Godounov, , le Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, en résidence désormais traditionnelle au Festival d’été de Baden-Baden, proposait un concert dédié à la monumentale 2ème symphonie de , toujours sous la direction de . Dans l’intégrale des symphonies de Mahler qu’il a réalisée au disque avec le London Symphony Orchestra, le chef russe s’était montré inégal, réussissant globalement mieux les symphonies tardives que les premières. Cependant, la symphonie n°2 faisait exception à cette règle et avait en général conquis la critique.

Toujours aussi parcimonieux et peu grandiloquent dans sa gestuelle, pousse néanmoins les contrastes (de tempo, de dynamique, de couleur intrumentale) à leur paroxysme. Dès l’allegro maestoso initial, la dialectique fondamentale ombre/lumière – ou autrement dite mort/vie éternelle – est bien à l’œuvre avec l’opposition soigneusement marquée des deux thèmes, le second étant énoncé avec une tendresse infinie et dans un tempo très retenu. Les tutti sont d’une violence sidérante à faire trembler les murs du Festspielhaus. Dans l’andante moderato qui suit, Valery Gergiev prend son temps et soigne le son puis se montre plus allant pour le 3ème mouvement (En un mouvement tranquille et coulant) qu’il interprète bien comme le mouvement perpétuel qu’il est. Si Urlicht manque quelque peu de ferveur, on ne peut qu’admirer la science avec laquelle est conduite la progression agogique du Final (Dans le tempo du Scherzo). Bien que le fini orchestral soit irréprochable, à aucun moment on ne peut accuser Valery Gergiev de cultiver le « beau son » pour lui-même. Bien au contraire, il n’édulcore aucune aspérité, aucune stridence.

Extrêmement concentré et réactif à la moindre sollicitation de son chef, l’Orchestre du Théâtre Mariinsky fait montre de l’étendue impressionnante de ses possibilités : violons veloutés mais jamais sirupeux, violoncelles et contrebasses rugueuses à souhait, bois piquants et vents quasiment jamais pris en défaut (magnifiques tenues pianissimo des cuivres dans Urlicht). Si la veille dans Boris Godounov on a pu lui trouver quelques menus défauts, cette fois le Chœur du Théâtre Mariinsky ne souffre aucun reproche. Son entrée murmurée au Final est proprement magique mais il se montre aussi capable de l’intensité et de la vaillance nécessaires à l’envolée finale. Quant aux deux solistes, elles tiennent honorablement leur partie, la soprano un peu tendue dans l’aigu, la contralto manquant peut-être de religiosité et de longueur de souffle.

On sort de ce concert sous le choc d’une interprétation au fort impact physique et sonore, à la perfection formelle exemplaire. Le seul reproche qu’on puisse lui faire est qu’on n’en sort pas bouleversé par les questionnements métaphysiques que l’œuvre est à même de susciter.

Crédit photographique : Valery Gergiev © Marco Borggreve

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