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Le somptueux Lohengrin de Marek Janowski

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Richard Wagner (1813-1883) : Lohengrin. Günther Groissböck (Heinrich der Vogler), Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Annette Dasch (Elsa von Brabant), Gerd Grochowski (Friedrich von Telramund), Susanne Resmark (Ortrud), Markus Brück (Le Hérault du Roi), Robert Franke, Holger Marks, Sascha Glitenkamp, Thomas Pfützner (Les Chevaliers), Christine Bischoff, Isabelle Vosskühler, Judith Löser, Bettina Pieck (Quatre enfants). Rundfunkchor Berlin (direction : Eberhard Friedrich). Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin. Direction musicale : Marek Janowski. Enregistré en public le 12 novembre 2011 à la Berlin Philarmonie. 3 SACD Pentatone Classics PTC 5186 403. Code barre 8 27949 04036 8. Notice en français, anglais et allemand. Livret en allemand et anglais. Durée : 3h 20’ 34’’

 

Nouveau volet de sa gigantesque fresque wagnérienne, ce Lohengrin marque une nouvelle pierre au monument musical que construit dans la commémoration du deux-centième anniversaire de la naissance de . Comme dans ses précédents volumes (Der Fliegende Holländer), Parsifal, Die Meistersinger von Nürnberg et Tannhaüser), les enregistrements du chef allemand sont issus des concerts qu’il donne de mois en mois dans la salle de la Philarmonie de Berlin. Outre la simple logistique relative à l’organisation de ces concerts dans les espaces de temps libres de la prestigieuse salle berlinoise, l’aspect musical de la préparation à ces enregistrements dans ces courts délais montre à quel point connaît son sujet et le domine à tous égards.

Ne laissant aucune place à l’à-peu-près, Janowski offre ici, dans l’unicité d’un seul concert ce que sa connaissance de ce répertoire laissera à l’appréciation de chacun : la perfection. Si dans l’absolu la perfection ne fait pas partie de notre monde, on peut toujours considérer que certains l’approchent. Dans le cas qui nous occupe, nous n’en sommes pas très éloignés. En dehors de la conception musicale que le chef allemand impose, le fait de pouvoir enregistrer un opéra de plus de trois heures sans qu’aucune retouche ne soit nécessaire tient d’un certain niveau de perfection rarement atteignable. Bien sûr, il est le résultat d’un énorme travail en amont du concert. Reste que le résultat est tout simplement renversant quand on sait le nombre d’acteurs qui gravitent autour d’un opéra comme Lohengrin.

D’abord, un orchestre symphonique. Et celui de la radio berlinoise est ici magnifique de précision et de beauté sonore. Ses cordes tour à tour acides ou soyeuses, ses cuivres saillants, ses bois superbes font de cet ensemble, l’un des plus entiers et soudés qu’il est possible d’écouter aujourd’hui. Des pianissimi les plus retenus aux ouvertures totales des vannes, le son reste d’une grande qualité et homogénéité. Derrière cette magnificence orchestrale, le travail de Marek Janowski est perceptible. Au même tire que celui qu’il a accompli à Genève avec l’Orchestre de la Suisse Romande.

Ensuite, un chœur. Et celui de cette même radio de Berlin cultive la grandeur du son avec la même recherche de beauté et de précision. Un chœur qui surprend son auditoire par l’excellence de l’articulation. Pas un mot n’échappe à l’intelligibilité de sa prononciation. On sent ici, un identique désir de rigueur du chef (Eberhard Friedrich) à celui de Janowski pour l’orchestre.

Puis enfin, des solistes. Des solistes triés sur le volet. Hormis qui fait une carrière internationale reconnue depuis son 1er prix au Concours de Genève de 2000, pas de grandes vedettes de l’art lyrique dans cette distribution. Cependant, les voix sont toutes parfaitement en place dans leurs rôles. Ainsi, la basse (Heinrich der Vogler) possède la noblesse de son rang dans les couleurs d’un instrument vocal admirablement conduit. Un vibrato musical qui contraste tant avec ceux souvent entendus dans ces rôles, ces vibratos larges de voix usées. Ici, le roi est un roi, non un vieillard. Même ressenti avec le baryton (Friedrich von Telramund) avec la noirceur du timbre idéale au « méchant » de la fable. Tout aussi admirable le choix du baryton allemand (Le Hérault du Roi) dont la clarté vocale et la prononciation presque analytique convient idéalement au rôle.

L’entrée du ténor (Lohengrin), la voix légèrement (et volontairement) voilée, sublime l’irréalité du personnage. Oubliée la vaillance du chevalier de l’espace, on favorise la sentimentalité extrême donnant à tout l’opéra la couleur d’un véritable chant d’amour, prélude magnifique à un Tristan et Iseult dont la sortie prochaine est attendue avec impatience.

Du côté féminin, la soprano (Elsa) possède en même temps la légèreté vocale de la jeunesse amoureuse de l’héroïne et la dramaticité de la voix de la femme blessée. Magnifique interprétation. La mezzo-soprano (Ortrud) a depuis des années fait d’Ortrud son rôle de prédilection. On comprend pourquoi. Avec l’étendue de son registre, ses aigus de soprano dramatique et ses graves de contralto, elle respire l’aisance.

Alors, tout est donc parfait dans cette version de Lohengrin ? Pas tout à fait, reste un seul petit regret. L’orchestre si magnifique aurait largement mérité une meilleure présence microphonique quitte à même couvrir les voix parfois trop présentes. Cela aurait donné plus de valeur à la partition wagnérienne. Une simple question de balance, certes difficile à corriger dans un enregistrement en direct. Reste que cet enregistrement vaut largement le déplacement (ou l’investissement !). A écouter « aux taquets » de votre installation de haute-fidélité.

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Richard Wagner (1813-1883) : Lohengrin. Günther Groissböck (Heinrich der Vogler), Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Annette Dasch (Elsa von Brabant), Gerd Grochowski (Friedrich von Telramund), Susanne Resmark (Ortrud), Markus Brück (Le Hérault du Roi), Robert Franke, Holger Marks, Sascha Glitenkamp, Thomas Pfützner (Les Chevaliers), Christine Bischoff, Isabelle Vosskühler, Judith Löser, Bettina Pieck (Quatre enfants). Rundfunkchor Berlin (direction : Eberhard Friedrich). Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin. Direction musicale : Marek Janowski. Enregistré en public le 12 novembre 2011 à la Berlin Philarmonie. 3 SACD Pentatone Classics PTC 5186 403. Code barre 8 27949 04036 8. Notice en français, anglais et allemand. Livret en allemand et anglais. Durée : 3h 20’ 34’’

 
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