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Kryštof Mařatka en résidence au Festival Pablo Casals

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Prades. Festival Pablo Casals, du 26-VII au 13 VIII-2012. Concerts des 28-VII, 1-VIII et 3-VIII.

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Si l'idée du Thème (celui de la musique de chambre) et ses Variations, choisie par pour la 60ème édition du Festival Pablo Casals, reste éminemment classique, la résidence du compositeur tchèque , tout juste 40 ans (lire notre chronique du concert anniversaire ) dans une telle manifestation allait ébranler les habitudes d'écoute – celles d'un public au demeurant curieux et très fidèle – et faire naître d'autres couleurs sous l'archet des instrumentistes…

Et ce, dès le samedi 28 juillet, alors que le festival nous entraînait dans le décor fantasmagorique des grottes des Grandes Canalettes. C'est dans le « Temple d'Angkor » situé au fond de la grotte, sorte de cathédrale naturelle rehaussée de draperies de pierre et de dentelles de stalactites que l', défiant les conditions hygrométriques, donnait un concert « taillé » sur mesure puisqu'il était question de Chaos (celui de ), de Tempête en mer (Vivaldi) et de Tremblement de terre (Les Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn). Mené par son très énergique premier violon , l'Orchestre invitait les solistes et dans le concerto – thématique lui aussi – Il proteo o sia il mondo al rovescio pour violon et violoncelle de Vivaldi que ces deux brillants interprètes gorgent d'élan et de vitalité. Ecrit pour , jeune violoncelliste au talent fou, Dolmen (2011) est une pièce de inspirée par la découverte d'un site préhistorique corse, « un ensemble de roches imposantes en granit à l'intérieur duquel on incinérait les corps des défunts » précise le compositeur fasciné par la Préhistoire. confère à cette pièce sombre hérissée de brusques éclairs sa dimension contemplative et énigmatique.

Après la désormais traditionnelle « veillée musicale au pied de Canigou » qui s'achevait par un concert aux chandelles dans l'église de Mantet, l'Abbaye Saint-Michel de Cuxa accueillait, le lendemain le qui donnait en création mondiale Livre des cendres – second quatuor à cordes de – dont ils sont les dédicataires. La partition a été écrite en 2011 à la mémoire de son père, éminent médecin décédé en 2010 que l'on connait aujourd'hui beaucoup mieux à travers les superbes images du film « De ta vie » dont les festivaliers avaient la primeur. c'est l'oeuvre bouleversante d'un fils pétri d'amour et d'admiration pour l'homme d'exception que fut Zdenek Mařatka, lui-même fils d'un grand sculpteur et collaborateur de Rodin. Avec cette manière originale qu'a le compositeur pragois de conduire ses lignes mélodiques dans un univers microtonal très étrange, Livre des cendres s'entend comme une conversation intime avec l'être cher, portée par l'émotion et le lyrisme de voix intérieures qui s'enchevêtrent ou se relayent dans un flux toujours réamorcé. L'oeuvre presque programmatique, défendue avec beaucoup d'investissement par les quatre membres du quatuor, s'achève par un long solo tendu et très expressif du premier violon ponctué par le sib aigu et déchirant du violoncelle.
Si le Quatuor n°13 de Beethoven (Grande Fugue comprise) décevait sous les archets peu inspirés d'un Quatuor Artis à la justesse très approximative, on parvenait à déceler quelque affinité profonde entre Mařatka et son grand prédécesseur Leoš Janàcek à travers l'interprétation raffinée et sensible du Quatuor n°1 « Sonate à Kreutzer » qu'en donnaient les Pražák en ouverture de concert.

C'est dans une soirée « à la hongroise » qui incluait le célèbre Trio n°39 avec piano de Haydn et l'incontournable Quatuor n°1 avec piano de Brahms s'achevant sur le fameux rondo « alla zingarese » qu'était programmé Voja Cello, grand solo de violoncelle (1999) du pragois Kryštof Mařatka: parce que l'oeuvre s'inspire de l'art des Tsiganes et du geste de l'improvisateur capable de déployer une virtuosité transcendantale. Précisons que Voja Cello a été écrit pour le violoncelliste hors norme , unique interprète de la pièce à ce jour, qui confère à ce corps à corps entre le geste instrumental et l'écriture une dimension théâtrale voire athlétique. Mařatka a recours à la scordatura (les cordes sol et ré du milieu sont baissées d'un demi-ton pour obtenir les couleurs du mode hongrois) et sollicite une gamme infinie de modes de jeu – percussions digitales comprises – pour s'affranchir des limites instrumentales et chercher à créer un autre médium sonore. Il scinde cette trajectoire de plus de vingt minutes en quatre étapes (Gitaneon, Ciganuska, Rom, Vjem Bohem) faisant naître à mesure « el duende », cet Esprit qui anime le musicien pour le porter « vers ce moment de grâce et d'extase »… que , immense, nous faisait ressentir dans l'épure mélodique de la dernière partie, chant intense et profond issu de ce folklore universel dont Kryštof Mařatka semble le chantre incontesté.

Crédit photographique : Kryštof Mařatka © DR; Des étudiants de l'Académie du festival dans la cour intérieure de l'abbaye Saint Michel de Cuxa © Festival de Prades

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