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Les Noces de Figaro à l’ombre de Strehler

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Paris. Opéra bastille, 24-IX-2012. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Giorgio Strehler ; Décors : Ezio Frigerio ; Costumes : Ezio Frigerio, Franca Squarciapino ; Lumières : Vinicio Cheli; Chorégraphie : Jean Guizerix. Avec : Luca Pisaroni, Il Conte Almaviva ; Emma Bell, La Contessa Almaviva ; Camilla Tilling, Susanna ; Alex Esposito, Figaro ; Anna Grevelius, Cherubino ; Carlos Chausson, Bartolo ; Mary McLaughlin, Marcellina ; Carlo Bosi, Don Basilio ; Antoine Normand, Don Curzio ; Christian Tréguier, Antonio ; Zoé Nicolaidou, Barbarina ; Andreea Soare, Anna Pennisi, deux Contadine. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Evelino Pidò.

Quant on dispose dans son catalogue d’un spectacle aussi emblématique que ces Noces de Figaro signé , plongeant sa source au tout début du « festival permanent » de l’ère en 1973, on peut comprendre la volonté de l’Opéra de Paris de mettre à disposition des nouvelles générations une telle légende. D’ailleurs ces Noces enregistraient ce soir leur 181ième représentation, fort joli score, mais, du coup, le spectacle de 2012 est il toujours au niveau de sa légende ? Réponse : pas totalement quand même…

Car entre la création de 1973 et aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé. Musicalement l’équipe de super stars d’alors, emmenée par l’immense Georg Solti, a laissé la place à un casting moins luxueux et à un chef plus modeste. L’opéra s’est déplacé du cadre plus cosy de Garnier vers les grands espaces de Bastille. Et, inutile de le rappeler, le metteur en scène nous a quitté en 1997, il n’a donc pu mettre au point les présentes représentations aussi bien qu’il put le faire jadis. Certes le dispositif scénique, avec ses décors et sa lumière, toujours très travaillée chez Strehler, a conservé son charme et ses qualités, mais on ne peut dire qu’il fut rempli comme alors d’action, de vie, d’énergie. La première faute en revint à une direction d’acteurs qui nous sembla fonctionner par à-coups, marquée par de nombreux flottements, sinon même de creux. Si l’enchaînement des scènes de cette Folle journée fonctionnait toujours à merveille, la tension, le rebond, la vivacité interne de chaque scène souffrait un peu plus de l’absence de leur créateur y compris pour l’accentuation bien curieuse de l’italien qu’on y surprit par endroit. Ajoutons que si le transfert de Garnier à Bastille s’opéra sans réel dommage visuel, il s’accompagna d’un éloignement sonore moins favorable aux chanteurs, y compris dans les si dramatiquement importants récitatifs. Ce défaut ayant atteint quasiment tous les protagonistes, on ne leur jettera pas la pierre, mais quelque chose nous dit qu’on est peut-être arrivé aux limites de cette production.

On l’a dit le casting de l’époque Lieberman était luxueux, mais pas seulement, car on y retrouvait certains des plus fameux interprètes de l’époque et le niveau musical était réellement au plus haut. L’équipe réunie ici, malgré de réelles qualités, ne peut rivaliser, ni collectivement (manque d’homogénéité) ni individuellement, mais la barre était tellement haut qu’on ne leur en voudra pas tant que ça. Car tous y montrèrent d’intéressantes choses, notamment vocalement, presque trop par moment, transformant certains airs en purs moments de chant, les détachant en même temps de la continuité dramatique de l’œuvre, non sans quelques effets un peu appuyés ou un vibrato un peu insistant. Là encore on s’est dit qu’un chef plus directif et un metteur en scène allant dans le même sens auraient sans doute évité cet écueil. Il fallait donc se laisser aller au plaisir de l’instant lors des interventions solo des chanteurs, et on nota que la plupart furent plus convaincants dans un de leurs deux airs, comme le Cherubino d’ meilleur dans son Voi che sapete que dans son Non so più, ou la Comtesse d’ plus émouvante dans Dove sono (grand succès public de la soirée) que dans un Porgi amor sans âme, il est vrai fort peu soutenu par la direction toute plate du chef. campa une Susanna vive à souhait, tout en ayant une voix un peu légère (surtout pour Bastille) et le duo qu’elle forme avec la Comtesse souffrait que leurs deux voix ne se mariaient pas vraiment ensemble. Plus d’homogénéité dans le duo Figaro-Almaviva, était lui-même Figaro dans la précédente reprise (2010-2011). lui succéda en un Figaro prometteur, mais tirant l’expression un peu dans tous les sens. Recentrer quelque peu son personnage lui donnerait sans doute plus de force. L’ensemble de cette distribution, y compris les rôles secondaires était honorable sans être mémorable.

La direction musicale du chef turinois s’avéra assez homogène, soucieuse d’éviter les risques par un tempo modéré qui manqua quand même d’animation, mais n’apporta jamais par elle-même une émotion musicale. En quelque sorte, la direction musicale faisait partie du décor mais pas beaucoup plus. Alors si l’ensemble du spectacle proposé cette saison se laisse regarder et écouter, il est sans doute au bout de son chemin, et comme cette production est désormais disponible en haute définition sur Blu-ray chez BelAir (enregistrée en 2010 sous la direction de Philippe Jordan), c’est sans doute sous cette forme qu’il conviendra d’en profiter à l’avenir.

Crédit photographique : (La Contessa di Almaviva) et (Il Conte di Almaviva); (La Contessa di Almaviva), (Figaro), (Susanna), Carlos Chausson (Bartolo), Marie McLaughlin (Marcellina), Carlo Bosi (Don Basilio) et Luca Pisaroni (Il Conte di Almaviva) : Opéra national de Paris/ Ch. Leiber

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Paris. Opéra bastille, 24-IX-2012. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Giorgio Strehler ; Décors : Ezio Frigerio ; Costumes : Ezio Frigerio, Franca Squarciapino ; Lumières : Vinicio Cheli; Chorégraphie : Jean Guizerix. Avec : Luca Pisaroni, Il Conte Almaviva ; Emma Bell, La Contessa Almaviva ; Camilla Tilling, Susanna ; Alex Esposito, Figaro ; Anna Grevelius, Cherubino ; Carlos Chausson, Bartolo ; Mary McLaughlin, Marcellina ; Carlo Bosi, Don Basilio ; Antoine Normand, Don Curzio ; Christian Tréguier, Antonio ; Zoé Nicolaidou, Barbarina ; Andreea Soare, Anna Pennisi, deux Contadine. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Evelino Pidò.

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