Valery Gergiev dirige Brahms et Szymanowski

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 6,7-X-2012. Karol Szymanowski (1882-1937) : Symphonie n°1 en fa mineur op.15 ; Concerto pour violon et orchestre n°1 op.35 ; Symphonie n°2 en si bémol majeur op.19. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°1 en ut mineur op.68 ; Ouverture tragique op.81 ; Symphonie n°2 en si bémol majeur op.19. Janine Jansen, violon. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev

C’est à un intéressant autant que quelque peu inattendu rapprochement entre l’allemand et le polonais que nous conviait pour ces deux concerts d’octobre, première partie d’un cycle de quatre concerts devant s’achever en décembre. Mettant à profit le chiffre « 4 » commun aux deux compositeurs qui ont écrit chacun autant de symphonies, la programmation répartissait avec une régularité de métronome du premier au quatrième concert les œuvres n°1 à 4, permettant d’entendre avec un parfait parallélisme l’ensemble des deux cursus symphonique, complété par les deux concertos pour violon du polonais et par l’Ouverture tragique et les Variations sur un thème de Haydn de l’Allemand.

Ayant atteint l’âge adulte alors que Brahms avait déjà remis son destin à la postérité, Szymanowski fut, de son propre aveu, plus franchement influencé par Richard Strauss, directement contemporain, dont il admirait l’inventivité d’orchestration, que par le style plus sombre, formel et classique de Brahms. Les programmateurs de cette série ont-ils voulu montrer la convergence entre les deux compositeurs ou au contraire juxtaposer deux styles qui se sont succédés dans le temps, on ne le sait pas mais le chef a fait clairement pencher la balance vers la seconde option. Et disons le sans ambages, au profit du plus jeune qui se vit offrir des interprétations de haut niveau, respirant à plein poumons, vivantes, luxuriantes, colorées, dynamiques, où la musique s’épanouissait dans toutes ses dimensions, alors que le plus ancien fut comme enfermé dans un carcan relativement monochrome, où la primauté trop marquée des cordes et du legato réduisait la variété expressive de cette musique. Et en même temps ne nous mettait aucunement en évidence de lien particulier entre les deux compositeurs.

Mais avant de nous montrer réservés sur ces Brahms, reconnaissons notre enthousiasme devant l’évidente réussite des trois œuvres de Szymanowski dont le sommet a peut-être été atteint par le Concerto pour violon n°1 magnifiquement exécuté par une au ton constamment juste qui sut doser ses effets d’archets ou de vibrato avec une maitrise confondante, sachant rester expressive dans les moments les plus délicats aussi bien que dans les plus engagés, sans jamais perdre cette élégance de style et cette qualité de son qui vont magnifiquement bien à cette musique. Et comme la partie orchestrale, servie par un LSO des grands jours, était tout aussi passionnante, nous avions là une interprétation à marquer d’une pierre blanche. Qui fut suivit par un bis plus original que de coutume, lorsque invita Roman Simovic, premier violon ce soir, à la rejoindre pour le 1er mouvement de la Sonate pour deux violons de Prokofiev. Avant cela nous avions découvert les mouvements achevés de la première symphonie écrite à l’âge de vingt-quatre ans par Szymanowski, qui la laissa incomplète. Elle se retrouve ainsi en deux mouvements, comme la symphonie qui la suivra quatre ans plus tard, sans qu’on y sente un réel déséquilibre ou un manque flagrant. Elle contient déjà, et peut-être avec plus d’évidence que les œuvres plus matures qui suivront, les traces de nombreuses influences dont celle de Strauss est la plus visible. Cette première tentative sera transformée avec plus de réussite dans la Symphonie n°2 interprétée le lendemain avec autant de conviction et de panache par et son orchestre, finissant en beauté cette première partie de cycle Szymanowski.

Quel contraste avec le Brahms sous étouffoir qui nous fut offert en parallèle, où jamais on ne sentit l’élan ni le souffle de cette musique traverser le hall de la salle Pleyel tant on eut l’impression que le chef gardait constamment la bride serrée des deux mains. Le début poco sostenuto de la Symphonie n°1 donna le ton avec un ample legato aux cordes, des bois et cuivres à l’arrière plan, et des timbales gentillettes. La suite du mouvement confirma cette impression puisqu’on peina à y trouver le flux et le reflux typiquement brahmsien, le jeu sur les contretemps se faisait discret, les phrasés placides, la pulsation y était le plus souvent enveloppée dans le legato, même l’aspect beethovénien avec le fameux rythme trois brèves une longue issue de la cinquième symphonie, que certains scandent glorieusement dans le grand crescendo, sommet d’intensité du mouvement, était noyé dans la masse. Avec grande cohérence, le chef et son orchestre enchaînèrent imperturbablement sur le même ton le reste de la symphonie et le lendemain, poursuivirent par une bien plate Ouverture tragique, et une Symphonie n°2 tout aussi placide. Le Danse hongroise offerte en bis, doublement prévisible, ne sauva pas le plus que tiède intérêt que nous inspira ces Brahms qu’on espère revigorés pour les deux prochains concerts alors qu’on se fait une fête de retrouver la suite de ces flamboyants Szymanowski.

Crédit photographique : Valery Gergiev © Fred Toulet

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