Avec la Chambre Philharmonique : hommages, dommage

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Cité de la Musique. 24-X-2012. Claude Debussy (1862-1918) : Petite Suite (version orchestrale de Henri Büsser). Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano en sol majeur ; Ma mère l’Oye. Igor Stravinski (1882-1971) : Pulcinella, suite symphobnique. Bertrand Chamayou, piano. La Chambre Philharmonique, direction : Emmanuel Krivine.

Dans le cadre du cycle Hommages, la Cité de la Musique nous proposait un concert de , orchestre dans lequel des musiciens de formation diverses s’associent pour jouer sur des instruments dits « d’époque ». L’époque choisie s’étalait ce soir-là sur une cinquantaine d’années, de la Petite Suite de 1888 (dans sa version orchestrale de 1907 faite par Henri Büsser) jusqu’au Concerto en sol de 1931.

La Petite Suite, justement, ouvrait le concert. Oeuvre de jeunesse de Debussy, elle peut paraître simple et peu novatrice, mais elle contient en réalité beaucoup de subtilités légères (principalement harmoniques) qui lui donnent une saveur particulière et préfigurent le souffle créateur de son compositeur. Pour que ces subtilités soient entendues et appréciées par le public, le jeu de l’orchestre se doit d’être suffisamment fin et précis, ce qui ne fut absolument pas le cas. En effet, dès les premières secondes d’En Bateau, on nous offrait une sorte de flou harmonique désagréable causé par un tempo précipité et un grand manque de précision rythmique. Seule la mélodie principale était discernable, le reste de la partition (l’accompagnement dans Cortège, les dialogues mélodiques du Menuet) étant masqué ou noyé. Les musiciens donnaient également l’impression de vouloir terminer le morceau le plus rapidement possible : aucune respiration, et donc aucune structure donnée au morceau, qui apparaissait d’autant plus plat et sans profondeur que le spectre des nuances exploré par l’orchestre était très limité, ne dépassant que très rarement le mezzo-forte et ne s’éteignant jamais plus bas que le piano. Bref, si vous découvriez cette oeuvre de Debussy ce soir-là, ne vous arrêtez pas à cette interprétation et donnez à la Petite Suite une seconde chance. Dans le Concerto en sol de Ravel, l’orchestre retrouva dans les 1er et 3ème mouvements un certain côté incisif qui lui manquait jusqu’alors, nous en proposant une interprétation honorable. Dans ces mêmes mouvements, , au piano, nous montrait ses qualités techniques remarquables, son pianissimo très doux et son trille impeccable. Ses choix d’interprétation pour le 2ème mouvement furent cependant discutables, la mélodie qui ouvrait le mouvement étant par trop lourée et manquant de douceur. Cependant, l’orchestre ne lui facilitait pas la tâche, car dans ce mouvement Adagio assai, on a véritablement pu se rendre compte que les musiciens ne jouaient pas ensemble. Dirigé de façon minimaliste, voire quasi-inexistante, par , l’orchestre jouait comme si le pianiste n’était pas là, pianiste qui pourtant, on le sentait bien, tentait tant bien que mal d’entamer le dialogue.

Malheureusement, ces défauts profonds se sont retrouvés également dans la deuxième partie du concert. L’orchestre, dans Ma Mère l’Oye de Ravel, après une Pavane de la Belle au bois dormant correcte, manquait toujours cruellement de respiration, et nous offrit en particulier un Petit Poucet et des Entretiens de la Belle et de la Bête gâchés, où l’on se perdait et où l’on ne retrouvait pas la structure du morceau ni tout ce qui fait le charme des ces pièces. En effet, toutes les subtilités de la partition ne peuvent pas transparaître lorsqu’elle est interprétée par un orchestre qui ne semble capable de jouer correctement que les unissons tutti. L’orchestre est également rentré dans le mur de toutes les erreurs de base, jouant par exemple systématiquement un accelerando lors d’un crescendo.

Est-il besoin de préciser que ces travers se retrouvèrent également dans la suite de  Pulcinella (oeuvre qui amorce la période néo-classique de Stravinski) au point de la rendre quasi-méconnaissable ? Non. On insistera juste sur les performances particulièrement mauvaises des contrebasses, dont la justesse fut plus qu’approximative, et des cors, auxquels des amateurs n’auraient rien eu à envier.

Tout ceci n’eut pas l’air de gêner particulièrement le public qui, comme à son habitude, acclama généreusement les musiciens. Et pourtant, dans le cadre du Cycle Hommages, en voici un bien médiocre rendu là aux compositeurs.

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