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A Munich, des mélodies populaires britanniques par Christian Gerhaher

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Munich. Prinzregententheater. 7-III-2013. Joseph Haydn (1732-1808) : 6 mélodies écossaises et galloises pour voix, piano, violon et violoncelle ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Trio pour piano, violon et violoncelle n° 2 op. 67 ; Benjamin Britten (1913-1976) : 8 mélodies populaires arrangées pour voix et piano ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : 5 mélodies écossaises pour voix, piano, violon et violoncelle tirées de l’op. 108. Christian Gerhaher, baryton ; Anton Barachovsky, violon ; Sebastian Klinger, violoncelle ; Gerold Huber, piano.

Il est des concerts qu’on peut dire marquants avant même de les avoir entendus, à la simple lecture de leur programme, parce qu’ils ont l’intelligence de proposer autre chose qu’un alignement arbitraire d’œuvres censées plus ou moins correspondre au goût des interprètes et du public : un voyage, une découverte, une démarche – quitte à louer ou en critiquer ensuite la réalisation. C’est sans nul doute le cas de ce concert proposé par l’orchestre de la radio bavaroise autour des mélodies populaires britanniques arrangées sur plus de 150 ans par trois compositeurs majeurs.

L’« Artist in Residence » de la saison , son pianiste fétiche et deux des solistes de l’orchestre entament le concert par quelques exemples sorti de l’atelier incomparablement productif de Haydn dans les dernières années de sa vie : pas moins de 429 mélodies, pas toutes de la main du maître, sont adaptées du folklore écossais et gallois, ici pourvues dans les années 1920 de textes allemands au post-romantisme un peu pataud ; comme celles de Beethoven, qui prend la succession du vieux maître – pour une production beaucoup plus modeste –, leur destination était de servir au plaisir des amateurs, et aussi bien l’accompagnement que la conduite de la mélodie ont pour qualité et pour limite leur franchise et leur clarté : il ne serait pas charitable de comparer ce que Beethoven ou Haydn font dire ici au trio avec les œuvres que Beethoven puis Schubert écrivent pour lui à la même époque, d’autant plus que les deux solistes de la Radio bavaroise peinent à sortir de leur discipline de musiciens d’orchestre.

Il en va tout autrement pour les mélodies de Britten, laissées au seul piano, qui n’ont rien à envier aux grands cycles des Winter Words ou des Canticles – Britten le mélodiste n’étant en rien inférieur à Britten le compositeur d’opéra. Leur sobriété expressive, leur intensité, leurs infinies nuances chromatiques trouvent dans l’indissociable duo Gerhaher/Huber des interprètes idéaux. Dans l’extrême sophistication de l’écriture musicale, dans les admirables atmosphères de clair-obscur que crée Britten simplement par l’accompagnement qu’il ajoute à une mélodie populaire largement respectée, les deux musiciens sont chez eux, comme partout où la virtuosité n’est pas la raison d’être de la musique. Nul doute qu’un enregistrement viendra prochainement pour témoigner de cette appropriation si naturelle.

Pour que le concert ne soit pas qu’un simple récital de mélodies, les trois instrumentistes se retrouvent seuls en milieu de programme pour l’une des œuvres de musique de chambre les plus populaires du XXe siècle, le trio à la fois funèbre et irrésistible composé par Chostakovitch en 1944 à la mémoire d’un ami disparu, dont le dernier mouvement aux sonorités klezmer répond aux tonalités populaires des mélodies qui l’entourent. Si y fait montre à nouveau de son sens des couleurs, l’exécution souffre pourtant, plus encore que dans l’accompagnement des mélodies, d’un manque de liberté et de spontanéité qui est dommageable à l’œuvre. Sans doute les solistes de la Radio bavaroise font-il montre d’une grande conscience professionnelle et de toute la virtuosité qu’on attend d’eux ; mais, contrairement par exemple aux solistes de la Philharmonie de Berlin qu’on a beaucoup entendu ces dernières années à la salle Pleyel, ils ne parviennent jamais à s’affranchir de la discipline du jeu orchestral.

Crédit photographique : © Jim Rakete

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Munich. Prinzregententheater. 7-III-2013. Joseph Haydn (1732-1808) : 6 mélodies écossaises et galloises pour voix, piano, violon et violoncelle ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Trio pour piano, violon et violoncelle n° 2 op. 67 ; Benjamin Britten (1913-1976) : 8 mélodies populaires arrangées pour voix et piano ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : 5 mélodies écossaises pour voix, piano, violon et violoncelle tirées de l’op. 108. Christian Gerhaher, baryton ; Anton Barachovsky, violon ; Sebastian Klinger, violoncelle ; Gerold Huber, piano.

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