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La finta giardinera : Magie aixoise à Luxembourg

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Luxembourg, Grand-Théâtre. 22-III-2013. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Finta Giardiniera, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Petrosellini. Mise en scène et costumes : Vincent Boussard ; décors : Vincent Lemaire ; lumières : Guido Levi. Avec : Lucy Hall, Sandrina ; Sabine Devieilhe, Serpetta ; Ana Maria Labin, Arminda ; Julie Robard-Gendre, Don Ramiro ; Nathan Vale, Il conto Belfiore ; John Chest, Nardo ; Colin Balzer, Il Podestà. Le Cercle de l’Harmonie, direction : Andreas Spering.

À Aix, le spectacle n’avait pas totalement remporté l’adhésion, sans doute davantage en raison de l’inadaptation de l’œuvre au lieu où elle avait été représentée, le Grand Saint-Jean, qu’à un défaut conceptuel de la mise en scène ou à des faiblesses de l’interprétation musicale. L’œuvre, on ne le dira jamais assez, est l’une des plus attachantes du jeune Mozart, en raison peut-être de ses quelques incohérences et de la manière dont sont mêlés de façon indissociable registres buffo et serio. Un brouillon des Noces de Figaro en quelque sorte, servi par un livret riche et pétillant et rehaussé par une partition pleine de promesses ! Et l’interprétation donne pleinement justice à cet ouvrage complexe auquel il paraît difficile, de prime abord, de donner vie et corps.

La remarquable analyse dramaturgique de metteur en scène , jointe au programme, éclaire à bien des égards le travail opéré sur le plateau. Le plancher de scène en miroir, les fleurs mobiles qui le parsèment, le rideau de scène – une résille dans le plus pur style des premiers tissus imprimés du XVIIIe siècle – qui donne une profondeur de plateau, sans oublier l’écran en fond de scène sur lequel diverses projections prolongent l’espace imaginaire du spectateur, tout cela contribue à la poésie d’un ouvrage dans lequel défilent nombre de personnages tous en quête non seulement de leur double, mais aussi d’eux-mêmes. La direction d’acteurs fourmille de belles trouvailles et fait valoir la complexité de l’âme humaine et de ses déchirements, avec juste ce qu’il faut de distance ironique pour réconcilier les différents registres sur lesquels se situe l’œuvre.

La distribution vocale reste d’un niveau globalement homogène. Tout comme à Aix, le plateau est dominé par le couple Nardo/Serpetta, magistralement interprété par le baryton américain et notre nouvelle gloire française, révélation aux Victoires de la Musique 2013, la soprano colorature . Nous l’attendons de pied ferme pour de nouveaux rendez-vous. Nouvelle recrue pour la production luxembourgeoise, la soprano Lucy Hall fait grande impression dans le rôle de Sandrina, dont elle a la souplesse vocale et la classe stylistique. Elle est de loin préférable au soprano d’, dont le chant est parfois désordonné en Arminda, même si l’actrice est convaincante de bout en bout. Autre nouveau venu dans la distribution, le jeune Nathan Vale, ténorino un rien nasillard pour le rôle du « contino » Belfiore, et un rien en-deça de , qui reprend sans surprise son interprétation du Podestat. En Ramiro, Sophie Robard-Gendre fait valoir une belle souplesse vocale et un timbre rond et charnu qu’elle met au service d’un personnage conventionnel et relativement peu attachant.

Mais le grand triomphateur de la soirée aura été l’ensemble Le Cercle de l’Harmonie, dont les timbres particulièrement envoutants auront enchanté le public luxembourgeois de la première note à la dernière. À leur tête, le chef a su trouver cet alliage de souplesse et de dynamisme qui constitue l’idéal pour ce répertoire au croisement des esthétiques baroque et classique. L’ovation réservée à l’orchestre en fin de soirée était pleinement justifié.
Dans ca critique du mois de juillet, notre collègue évoquait la future « bonification » du spectacle aixois. Les représentations luxembourgeoises, sises dans un espace favorable à la fois aux voix et à la nature intimiste de l’ouvrage, ont été bien au-delà de toutes les espérances.

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Luxembourg, Grand-Théâtre. 22-III-2013. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Finta Giardiniera, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Petrosellini. Mise en scène et costumes : Vincent Boussard ; décors : Vincent Lemaire ; lumières : Guido Levi. Avec : Lucy Hall, Sandrina ; Sabine Devieilhe, Serpetta ; Ana Maria Labin, Arminda ; Julie Robard-Gendre, Don Ramiro ; Nathan Vale, Il conto Belfiore ; John Chest, Nardo ; Colin Balzer, Il Podestà. Le Cercle de l’Harmonie, direction : Andreas Spering.

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