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Fonder l’Orchestre philharmonique de Berlin… et tomber dans l’oubli

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

Joachim Andersen (1847-1909)

A Berlin en 1882 et malgré sa réelle renommée, la formation orchestrale de Benjamin Bilse se dispersa. Violoniste, chef d’orchestre et compositeur allemand (1816-1902), élève du Conservatoire de Vienne, Bilse avait joué jadis dans l’orchestre de Johann Strauss avant de fonder cette formation en 1867. Plusieurs tournées   avaient conduit l’orchestre à Saint-Pétersbourg, Riga, Varsovie, Amsterdam, Vienne et à l’Exposition Universelle de Paris en 1867. Là, Johann Strauss II avait interprété le fameux Danube Bleu, tandis que Richard Wagner le conduisit en 1873 en présence de l’empereur Wilhelm I.

A la suite d’un profond différend 54 musiciens de la formation font dissidence et fondent en 1882 « les anciens de l’orchestre Bilse ». Les sécessionnistes dirigés par  un des leurs, Ludwig von Brenner, renomment leur orchestre : le Philharmonique de Berlin, qui allait devenir l’un des meilleurs orchestres du monde.

Après des débuts difficiles menant la phalange à plusieurs reprises au bord de la disparition, les destinées de l’orchestre sont confiées en 1887 à Hermann Wolff qui génialement engage le premier grand chef de métier, Hans von Bülow, personnage exceptionnel, ami de Franz Liszt, Johannes Brahms et Richard Wagner dont il dirigera, souvent en leur présence, nombre de leurs chefs-d’œuvre. Ses dons remarquables hissent cet à une célébrité unique, plus tard entretenue voire amplifiée par des talents comme Arthur Nikisch,  Wilhelm Furtwängler et Herbert von Karajan. Des chefs invités prestigieux tels que Felix Weingartner, Richard Strauss, Gustav Mahler, sans oublier Brahms et Edvard Grieg, contribuèrent aussi à sa réputation.

Un des acteurs principaux de la création du Berliner Philharmoniker, bien qu’injustement oublié par la postérité, joua un rôle qui s’avéra majeur. Il se nomme Joachim Andersen (1847-1909), un Danois alors très célèbre et célébré comme  un des premiers flûtistes virtuoses de son temps (il fut surnommé « le Chopin de la flûte »), un très honorable chef d’orchestre et un compositeur fécond essentiellement dévoué à son instrument. Après avoir été membre de l’Orchestre royal de Copenhague (1869-1877), il s’installe à Berlin en 1881 et cofonde le futur fameux Orchestre de Berlin où pendant plus d’une dizaine d’années il tient les postes de flûte solo et de chef assistant ménageant une place confortable à la musique de son temps. Il reviendra à Copenhague en 1893 et prendra la direction de l’Orchestre du Palais royal, une maladie de la langue l’obligeant à abandonner son instrument.

Tant au Danemark qu’en Allemagne il jouissait d’une notoriété remarquable mais la dure loi de l’oubli opéra également à son encontre tant et si bien qu’il ne reste rien ou pas grand-chose de ses activités dans la mémoire collective du monde musical.

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