La Scène, Opéra, Opéras

La trilogie Da Ponte à la Fenice : Cosi fan tutte

Plus de détails

Venise. Teatro la fenice. 23 mai 2013. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Cosi fan tutte, dramma giocoso en deux actes K 588, sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Damiano Michieletto. Décors : Paolo Fantin. Costumes : Carla Teti. Lumière : Fabio Barettin. Avec : Maria Bengtsson, Fiordiligi ; Josè Maria Lo Monaco, Dorabella ; Alessio Arduini, Guglielmo ; Anicio Zorzi Giustiniani, Ferrando ; Caterina Di Tonno, Despina ; Luca Tittoto, Don Alfonso. Chœur du Teatro la Fenice (chef de chœur : Claudio Marino Moretti), Orchestre du Teatro la Fenice, direction : Antonello Manacorda

Pour la dernière collaboration entre Mozart et Da Ponte, a réussi son adaptation contemporaine de Cosi. À l’aide du décorateur , il nous projette dans l’univers d’un hôtel luxueux. Ce lieu de rencontres interlopes dans lequel se mélangent les styles de vie, ce microcosme comportemental est propice, effectivement, à tous les jeux, à toute la théâtralité de personnes en situation de force ou de faiblesse.

Don Alfonso y a en effet bien sa place : il pourrait être un directeur cynique et joueurs, à la main leste avec les femmes de chambre. Il manipule son personnel comme ses clients. C’est un homme de l’ombre qui possède son siège et sa lampe sur pied tapis dans un coin sombre de la scène, sur la droite, seuls éléments du décor qui ne bougeront pas, comme pour insister sur l’immobilisme moral du personnage. Ce décor minimaliste tranche en effet parfaitement dans sa simplicité avec les quatre magnifiques plateaux créés par : le grand hall, le bar, une chambre à coucher avec salle de bains et un couloir avec escalier et porte d’ascenseur. Style design ultramoderne, lumières raffinées, tamisées ou violentes servent les intentions du metteur en scène. Les idées fusent : la pastorale « secondate, aurette amiche » se transforme en karaoké ; Despina ne se déguise pas en notaire, le mariage est très « tendance » avec ce petit ballon rouge en forme de cœur et son ambiance boîte de nuit à la mode ; beaucoup d’autres détails seraient à identifier. Un exemple ? Le soin accordé à la précision de la mise en scène va jusqu’à mettre à l’heure exacte où se déroule ce spectacle l’une des trois horloges internationales – New York, Rome, Tokyo – du hall d’accueil de l’hôtel !

A l’image des noces de Figaro, nos auteurs concluent sur une note tragique : à la fin, tout le monde se bagarre. Cosi, dont l’adaptation moderne et finalement si réalisable eu égard à l’étonnante continuité des mœurs entre l’époque de Mozart et la nôtre, possède dans cette adaptation un arrière-goût de jeu cruel, gratuit et destructeur beaucoup plus prononcé, et ce jusqu’à la fin.

Les interprètes, menés par la baguette énergique de , sont portés par cette mise en scène inventive. Tous trouvent rapidement leurs marques et jouent admirablement bien. Les deux hommes fanfaronnent à l’italienne, les deux sœurs se laissent manipuler naturellement, la servante prend joyeusement goût au travestissement. Bien en voix, possède un timbre puissant et sûr aux couleurs intenses et aux tenues de son magnifiques ; Josè Maria Lo Monaco prend facilement ses marques malgré un rôle moins nourri en intentions musicales ; possède un timbre de ténor à peine métallique, tandis que , aussi bon acteur chanteur, barytonne à merveille. Luca Tittolo a le verbe facile sans être une basse envahissante et compense une voix un peu faible par un entrain scénique délectable tel que pourrait être celui d’une femme de chambre en train de jouer les grandes dames. La direction d’orchestre de Damiano Micheletto est tout aussi excellente tout au long du spectacles que les deux autres opéras de la série.

Rien n’altère la très belle réussite globale de cette production. Si les voix sont certes essentielles à l’opéra, nul doute que la dramatisation nouvelle, les décors magnifiques très bien mis en valeur par l’intensité ainsi que le choix des lumières, jouent un rôle fondamental dans la réussite d’une production. On ne le dira jamais assez. Cette soirée en fut la preuve.

Plus de détails

Venise. Teatro la fenice. 23 mai 2013. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Cosi fan tutte, dramma giocoso en deux actes K 588, sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Damiano Michieletto. Décors : Paolo Fantin. Costumes : Carla Teti. Lumière : Fabio Barettin. Avec : Maria Bengtsson, Fiordiligi ; Josè Maria Lo Monaco, Dorabella ; Alessio Arduini, Guglielmo ; Anicio Zorzi Giustiniani, Ferrando ; Caterina Di Tonno, Despina ; Luca Tittoto, Don Alfonso. Chœur du Teatro la Fenice (chef de chœur : Claudio Marino Moretti), Orchestre du Teatro la Fenice, direction : Antonello Manacorda

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.