Anniversaire symphoniste pour Abbado en 41 CDs

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CLAUDIO ABBADO – THE SYMPHONY EDITION. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n°29 en la majeur, K. 201 ; n°33 en si bémol majeur, K. 319 ; n°35 en ré majeur « Haffner », K. 385 ; n°38 en ré majeur « Prague », K. 504 ; n°39 en mi bémol majeur, K. 543 ; n°40 en sol mineur, K. 550 ; n°41 en ut majeur « Jupiter », K. 551. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonies n°93 en ré majeur ; n°96 en ré majeur « Le Miracle » ; n°98 en si bémol majeur ; n°100 en sol majeur « Militaire » ; n°101 en ré majeur « L’Horloge » ; n°102 en si bémol majeur ; n°103 en mi bémol majeur « Roulement de timbale » ; n°105 « Sinfonia Concertante » en si bémol majeur pour hautbois, basson, violon, violoncelle et orchestre ; Il Mondo della Luna, opéra : ouverture. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des 9 Symphonies. Franz Schubert (1797-1828) : Intégrale des 8 Symphonies ; Rosamonde, Princesse de Chypre, musique complète pour le drame de Helmina von Chézy, D. 797. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Intégrale des 5 Symphonies ; Scherzo en sol mineur de l’Octuor à cordes op. 20 ; Ouvertures : Le Songe d’une Nuit d’Été, op. 21 ; Les Hébrides (La Grotte de Fingal), op. 26 ; Calme en Mer et heureux Voyage, op. 27 ; La belle Mélusine, op. 32 ; Ruy Blas, op. 95 ; Ouverture pour harmonie, op. 24 ; « Trumpet Overture » op. 101. Johannes Brahms (1833-1897) : Intégrale des 4 Symphonies ; Ouverture pour une Fête Académique, op. 80 ; Ouverture Tragique, op. 81 ; Variations sur un Thème de Joseph Haydn, op. 56a ; Sérénade n°1 en ré majeur, op. 11 ; Sérénade n°2 en la majeur, op. 16 ; Rhapsodie pour alto, chœur d’hommes et orchestre, op. 53 ; Chant du Destin pour chœur et orchestre, op. 54 ; Nänie pour chœur et orchestre, op. 82 ; Chant des Parques pour chœur à 6 voix et orchestre, op. 89. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°1 en ut mineur (version de Vienne 1890/91) ; Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » (version 1878/1880 – édition Nowak) ; Symphonie n°5 en si bémol majeur (version 1875-78 – édition Nowak) ; Symphonie n°7 en mi majeur (édition Nowak) ; Symphonie n°9 en ré mineur (édition Nowak). Gustav Mahler (1860-1911) : Intégrale des 9 Symphonies. Marieke Blankenstijn, Toru Yasunaga, violon ; William Conway, violoncelle ; Douglas Boyd, hautbois ; Matthew Wilkie, basson ; Hans Gansch, cor de postillon. Karita Mattila, Elizabeth Connell, Eteri Gvazava, Cheryl Studer, Sylvia McNair, Andrea Rost, soprano ; Violeta Urmana, Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano ; Marjana Lipovšek, Anna Larsson, Rosemarie Lang, contralto ; Thomas Moser, Hans Peter Blochwitz, Peter Seiffert, ténor ; Bryn Terfel, baryton ; Thomas Quasthoff, Jan-Hendrik Rootering, basse. Eric Ericson Chamber Choir, Swedish Radio Choir (chef de chœur : Tõnu Kaljuste) ; Ernst-Senff-Chor (chef de chœur : Ernst Senff) ; London Symphony Chorus (chefs de chœur : John Alley, Stephen Westrop) ; Rundfunkchor Berlin (chef de chœur : Dietrich Knothe) ; Prager Philharmonischer Chor (chef de chœur : Pavel Kühn) ; Tölzer Knabenchor (chef de chœur : Gerhard Schmidt-Gaden) ; Orfeón Donostiarra (chef de chœur : José Antonio Sainz Alfaro) ; City of Birmingham Symphony Youth Chorus (chef de chœur : Simon Halsey). Orchestra Mozart, Chamber Orchestra of Europe, Mahler Chamber Orchestra, London Symphony Orchestra, Orchestre du Festival de Lucerne, Orchestre Philharmonique de Berlin, Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Claudio Abbado. 1 coffret 41 CD Deutsche Grammophon 4791046. Code barre : 028947910466. Enregistré entre novembre 1967 et août 2012 ; UFA-Tonstudio, Jesus-Christus-Kirche, Philharmonie, Berlin ; Musikverein, Konzerthaus, Vienne ; Kultur- und Kongresszentrum, Lucerne ; Royal Festival Hall, Londres ; St John’s, Smith Square, Londres ; Walthamstow Town Hall & Assembly Hall, Londres ; All Saints’ Church, Londres ; Abbey Road Studio n°1, Londres ; Watford Town Hall, Watford ; Teatro Municipale Romolo Valli, Reggio Emilia ; Auditorium Haydn, Bolzano ; Teatro Manzoni, Bologna ; Teatro Comunale, Ferrara ; Accademia di Santa Cecilia, Rome ; Palacio de la Música y Congresos, Valencia. ADD/DDD. Notices succinctes et textes des œuvres chorales trilingues (anglais, allemand, français). Durée : 45 h 17 min

 

dg_symphony_edition_claudio_abbadoUniversal fête dignement le 80e anniversaire (déjà !) du grand chef d’orchestre milanais né le 26 juin 1933, non seulement en publiant un album Decca reprenant les gravures de ses débuts pour la firme britannique (référence 4785365), mais surtout en éditant cet admirable coffret de 41 CDs Deutsche Grammophon intitulé – un peu restrictivement d’ailleurs – « The Symphony Edition », et consacré essentiellement à des symphonies de Beethoven, Brahms, Bruckner, Haydn, Mahler, Mendelssohn, Mozart et Schubert.

La première particularité de cet album est de nous offrir des intégrales de symphonies, sauf pour Bruckner (nos 1, 4, 5, 7, 9), Haydn (nos 93, 96, 98, 100, 101, 102, 103, 105) et Mozart (nos 29, 33, 35, 38, 39, 40, 41). La deuxième caractéristique est de nous présenter la vision d’Abbado la plus récente de ces œuvres, et beaucoup d’entre elles nous sont données en « live » (tous les Beethoven ; Sérénade n°1 de Brahms ; Symphonies nos 1, 5, 9 de Bruckner ; Il Mondo della Luna et Symphonie n°98 de Haydn ; tous les Mozart ; tous les Mahler), ce que semble affectionner particulièrement le grand chef actuellement, confirmant de la sorte, s’il était nécessaire, sa totale maîtrise, sa chaleureuse spontanéité, son honnêteté et intégrité artistiques.

Enfin, comme déjà signalé, le titre « The Symphony Edition » est restrictif, puisque nous bénéficions en complément d’ouvertures de Brahms, Haydn, Mendelssohn, ainsi que des Variations sur un Thème de et de pages chorales de Brahms. Un regret toutefois : alors que la première édition des Symphonies de Schubert contenait le rare Grand Duo en ut majeur D 812 orchestré par , il est curieusement omis ici, mais en compensation, il nous est proposé la musique de scène intégrale pour Rosamonde, avec la merveilleuse mezzo-soprano . Par ailleurs, alors que l’édition originale des Symphonies de Mendelssohn contenait également trois ouvertures, il nous en est proposé ici quatre supplémentaires, dont les très rares Ouverture pour harmonie op. 24, et Trumpet Overture op. 101. C’est particulièrement appréciable, car Abbado nous paraît l’interprète idéal de Mendelssohn et Schubert, ce qui n’est pas donné à tout le monde : un Karajan s’y était souvent fourvoyé, et seul l’admirable Wolfgang Sawallisch avait fait aussi bien auparavant (Philips).

Fin des années 80, avait accompli son premier cycle Beethoven avec les Wiener Philharmoniker. Pour sa seconde version reprise ici, cette fois en « live » de 2000-2001, il a mûri sa conception, et tout nous semble d’un naturel si chaleureux, d’une évidence péremptoires, d’un respect tant de la forme que du fond : toutes les reprises sans exception sont observées, même celle très rare du Scherzo Allegro de la Symphonie n°5, dont Beethoven avait déploré l’omission lors de l’édition de sa partition.

Tôt dans sa carrière discographique, dans les années 70, Claudio Abbado a gravé pour la Deutsche Grammophon une intégrale des Symphonies de Brahms avec comme particularité originale de confier chacune d’elles à un orchestre différent, supposé lui correspondre au mieux en caractère, respectivement les Wiener Philharmoniker, Berliner Philharmoniker, Staatskapelle Dresden et London Symphony : cela sans doute pour contrebalancer les versions Karajan en insufflant un sang neuf aux interprétations. Le résultat était particulièrement heureux et révélait Abbado en brahmsien de tout premier ordre. En 1988-92, il réitère l’exploit mais avec un seul orchestre, les Berliner Philharmoniker, versions choisies pour ce coffret anniversaire. Par rapport à l’ancienne intégrale, la différence la plus marquante est la curieuse omission de la reprise de l’exposition du premier mouvement de la Symphonie n°1 en ut mineur, toutes les autres étant respectées.

Toujours pour la Deutsche Grammophon, Claudio Abbado nous a laissé deux intégrales des Symphonies de Mahler : la première, gravée à l’aise entre 1978 et 1995 lui permit, à l’instar d’un Bernard Haitink, de devenir un des tout grands mahlériens de son temps, sans les excès de personnalité de certains chefs-stars ; la seconde, accomplie en « live » entre décembre 1989 et mai 2005, ici proposée, est la plus homogène et proche de l’idéal, mais contrairement à la première intégrale, elle est privée de l’Adagio de la Symphonie n°10 en fa dièse majeur inachevée. Quant à Bruckner, on regrettera toujours que sur les onze symphonies existantes, Abbado n’ait enregistré que les nos 4, 5, 7, 9 et n°1, cette dernière hélas dans la très rarement jouée version de Vienne (1891), nettement inférieure à celle de Linz (1877) adoptée à juste titre par tous les autres chefs, dont Abbado lui-même lorsqu’il l’avait gravée pour Decca en décembre 1969.

En excluant le choix malheureux de la version de Vienne pour la Symphonie n°1 en ut mineur de Bruckner, tous les enregistrements déjà évoqués de ce coffret peuvent être considérés comme des références, et ils suffiraient amplement à rendre cet album extrêmement désirable.

Mais en ce qui concerne les Symphonies de Mozart, là, l’appréciation est toute autre ! Il est vraiment navrant que ce grand chef ait étonnamment cédé aux diktats et tics des baroqueux dans ce que certains ont de plus médiocres extravagances : nuances inutilement forcées, sons exagérément gonflés, notes de fin de traits ou de phrases à peine léchées, durées ridiculement longues des silences dans les mouvements lents et menuets (les exécutants n’ont évidemment pas toujours le temps d’accomplir ce genre de simagrées dans les parties rapides !) Les Symphonies « Haffner », « Prague » et « Jupiter » sont particulièrement pénibles à ces points de vue. De plus, une erreur de lecture flagrante et inadmissible à la flûte dans la première reprise du Finale – Presto de la Symphonie de Prague, qui transforme un arpège majeur en mineur, n’a même pas été corrigée… Ces pratiques exagérées à peine supportables en musique baroque, pourquoi, à plus forte raison, les imposer à un compositeur classique comme Mozart, alors que contrairement à toute logique, Abbado ne le fait pas envers Haydn qu’il interprète vraiment de manière exceptionnelle ? Un non-sens total !… L’orchestre bolognais qui officie ici, certainement en grande partie responsable de ce gâchis, a pris avec une prétention hâtive le nom du compositeur pour en fin de compte ne nous imposer hélas qu’exécutions maniérées, précieuses et artificielles, désincarnées et caricaturales… Seules les Symphonies nos 39 et 40, enregistrées en dernier lieu (2008 et 2009), semblent y échapper quelque peu.

Hormis donc pour Mozart pour qui l’auditeur se tournera bien avantageusement vers d’innombrables autres interprétations véritables, ce splendide coffret est donc à chérir et à savourer à tout instant.

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