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L’école belge de violon : les fondateurs

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La Belgique, dès le XIXe fut réputée pour sa grande tradition violonistique. Dans les différentes « écoles nationales » du violon du XIXe siècle, elle fut rattachée au courant français pour former l’école franco-belge du violon. Des violonistes légendaires comme Charles Auguste de Bériot, Eugène Ysaÿe, Henri Vieuxtemps ou Arthur Grumiaux sont des figures marquantes de cette école dont Liège et Bruxelles furent les épicentres. ResMusica se penche sur ces personnalités majeures de l’école belge de violon. Dans cette première partie, nous évoquerons les pionniers. Pour accéder au dossier complet : Ecole belge de violon

 

François_Prumeu XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle, les « écoles nationales » de violon présentent des caractéristiques différentes. De la Russie, à l’Italie, en passant par la Belgique naissante, il existe différentes manière d’envisager la technique et la sonorité de l’instrument. Pour le grand violoniste , l’école franco-belge : « permit l’éventail le plus large de sonorités et d’articulations. Par conséquent c’était la plus apte à épouser le langage et le style d’un compositeur quelle que soit son époque. C’est également un répertoire d’études et d’œuvres dont aucune école ou professeur ne saurait faire l’économie, quelle que soit son approche technique ».

L’affirmation du violon comme instrument soliste, à la fin du XVIIIe siècle vit l’apparition de premières dynasties de violonistes belges : les Crawion, les Grétry, les Henvaux, les Mansion ou les Bertrand. Une des premières figures majeures de l’école belge fut Léonard-Joseph Gaillard (1766-1837). Violon solo au Théâtre de Liège, ville carrefour des influences latine et germanique. Ce maître de la technique enseigne l’art de l’archer à François-Antoine Wanson (1788-1857). Wanson fut désigné comme professeur de violon à l’Ecole royale de musique de Liège sous la direction de l’exigeant Louis-Joseph Daussoigne-Méhul. Ce dernier voulait créer à Liège une école supérieure de musique, à l’image du Conservatoire de Paris. Le violoniste fut mandaté pour aller prendre modèle sur les classes de violon parisiennes ; Il en revint avec une méthode qui faisait la synthèse de toutes les connaissances d’alors. D’une redoutable efficacité, cette méthode forma des dizaines de violonistes brillants dont François Prume (1816-1849), musicien exceptionnel, qui joua devant les plus grands de son temps, dont Liszt, lors de ses tournées internationales. De ses voyages internationaux, Prume en retint le meilleur des écoles stylistiques locales : la rigueur allemande, la séduction de l’esthétique française et la virtuosité italienne d’un Paganini alors au sommet de son art. Professeur au Conservatoire de Liège, il dispensa son savoir à une pépinière d’artistes de talents qui firent les beaux jours de l’école liégeoise, jusqu’au-delà de l’Atlantique car ses élèves s’exportaient très bien. Il enseigna même au père et à l’oncle d’Ysaÿe.

Charles-Auguste_de_Bériot_by_Henri_Grevedon_1838 (1802-1870)  fut considéré comme l’un des pilliers de  l’école belge de violon. Jeune prodige d’origine aristocratique, il croisa le chemin d’André Robberecht (1797-1860), un ancien élève de Giovanni Battista Viotti, auteur de nombreuses pièces à vocation pédagogiques. Ce virtuose lui conseilla d’aller étudier à Paris. Arrivé sur les bords de la Seine, il prit des leçons auprès de Pierre-Marie Baillot (1771-1842), mais l’intrépide jeune homme refusait de de soumettre à la discipline de son professeur. Il préféra fuir les cours et amorcer une brillante carrière de concertiste à Paris et à Londres.

De retour à Bruxelles, il fut nommé au poste très en vue de violoniste soliste du roi Guillaume 1er. En 1829, il rencontra la célèbre chanteuse espagnole Felicia Garcia dite Malibran avec qui il forma un couple mythique. La musicienne eut une  influence sur son futur mari, déridant un jeu plutôt concentré sur la technique et la virtuosité. La Révolution belge marqua un intermède à sa présence en Belgique. Il repartit sur la route des tournées mais après le décès prématuré de sa femme mais il revint au pays en 1838. En 1843, il fut nommé professeur de perfectionnement violon au Conservatoire de Bruxelles. En 1842, le Conservatoire de Paris lui offrit, sur plateau, le poste de professeur de violon, ce qu’il refusa. Il s’impliquait dans la vie bruxelloise et, en 1844, il fondit le Cercle des arts où il défendit la musique de chambre.  Diminué progressivement par une instabilité nerveuse et peu à peu aveugle, il se retira du Conservatoire. Mais son influence dans l’histoire du jeu du violon est considérable. Il a associé « la technique éblouissante d’un Paganini, aux  caractéristiques de l’école classique française établie par Viotti et perpétuée par Rodolphe Kreutzer, Pierre Rode et Pierre-Marie Baillot : élégance, grâce, pureté de l’intonation, brillance des traits. Sans être vraiment un disciple de cette école, il en marque l’aboutissement en l’ouvrant à une approche moins traditionnelle des œuvres, inscrite dans l’esprit du romantisme. C’est pour cette approche nouvelle qu’il a introduite et que ses successeurs développeront, qu’il est considéré comme un des fondateurs de la célèbre école belge de violon »[1] alors que pour le violoniste français , figure majeure du violon au XIXe siècle son « style était d’une correction rare et l’archet d’une souplesse remarquable »[2].  Compositeur, on lui doit une méthode et des pièces qui restent toujours des passages obligés de tout jeune violoniste. En tant que professeur, il eut un certain flair en repérant, dès son plus jeune âge, .

Son successeur au Conservatoire de Bruxelles, à partir de 1853, fut Hubert Léonard (1819-1890). Liégeois, élève de Prume et mari de la cousine de la Malibran,  cette forte personnalité était un pédagogue hors pair car il avait une approche globale du jeu. Technique, musicalité, style et culture formaient pour lui un ensemble inséparable. Il était également un virtuose de haut vol, il charmait ses auditoires par son d’une grande noblesse qui s’épanouissait dans la musique de chambre. Son intérêt pour ses contemporains témoignait également d’une sureté de jugement car il défendit  Johannes Brahms, Edouard Lalo ou .  Mais, en 1866, il se brouilla avec Fétis, l’exigeant directeur de l’Institution bruxelloise, au point de démissionner de son poste et de ne revenir en Belgique, qu’entre 1870 et 1872, pour des cours au Conservatoire de Liège.

henri vieuxtempsUne génération après de Bériot, l’excellence de l’école belge fut incarnée par   (1820-1881). Dès sa jeunesse, il s’affirma comme un talent exceptionnel et il fut rapidement la coqueluche de toute l’Europe musicale avant de partir à la conquête de l’Amérique. En 1871, il accepta, après plusieurs refus, justifiés par ses incessantes tournées, de prendre la classe de violon du Conservatoire de Bruxelles. Toute comme de Bériot, il créa également un trio à cordes avec ses amis Louis Brassin et Joseph Servais. Mais son passage en tant que pédagogue fut bref. Fort diminué par les suites d’une attaque cérébrale, il prit congé en 1873 avant de tenter un bref retour, de 1877 à 1879[3].  Ce musicien d’exception marqua les esprits par différentes caractéristiques : « pureté d’intonation, technique impressionnante, sonorité ample, grande force expressive, qualités qui resteront celles de l’Ecole belge »[4]. Refus des facilités et même sobriété étaient des qualificatifs réguliers pour décrire son jeu.

Nous remercions chaleureusement .

Crédits photographiques : François Prume, Charles de Bériot et Henri Vieuxtemps

Lire aussi : L’école belge de violon : vers l’universalisme


[1] Charles-Auguste de Bériot, in Thierry Levaux (direction), Dictionnaire des compositeurs de Belgique du Moyen-Age à nos jours, Ohain-Lasne, Editions Art in Belgium, 2006.

[2] , Notes et Souvenirs, Lyon, Editions Symétries, 2012

[3] L’intérim fut en partie assuré par le virtuose et compositeur polonais

[4] Henri Vieuxtemps, in Thierry Levaux (direction), Dictionnaire des compositeurs de Belgique du Moyen-Age à nos jours, Ohain-Lasne, Editions Art in Belgium, 2006.

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