Banniere-ClefsResmu-ok

Le Bruckner trop droit de Marek Janowski

À emporter, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°2 en ut mineur (version 1877). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Marek Janowski. 1 SACD hybride PentaTone Classics PTC 5186 448. Code barre : 827949044861. Enregistré au Victoria Hall de Genève en octobre 2012. Notice trilingue (anglais, français, allemand). Durée : 54’55’’

 

CD_Pentatone_bruckner_2_janowskiArrivés presque à la fin de leur intégrale des symphonies de Bruckner en SACD chez PentaTone, et son nous proposent ici la Symphonie n°2 dans sa dernière version datée de 1877 selon l’édition de William Carragan, avec le scherzo en position trois.

Aucune vraie surprise à attendre de cette nouvelle venue pour ceux qui connaîtraient déjà les autres levées de cette intégrale (ne manque désormais que la « Romantique« ) car on y retrouve les qualités habituelles de ce chef dans ce répertoire, mais aussi ses défauts qui, à notre sens pénalisent un peu plus cette symphonie que certaines autres. Car si la précision, l’équilibre des voix, la clarté du contre-chant, presque la transparence du tissu orchestral, sont bien là, faisant de cet enregistrement, bénéficiant en plus de la haute qualité sonore du SACD apte à en restituer toute l’ampleur dynamique, un modèle du genre, ils s’accompagnent d’une certaine raideur du geste et d’un refus de moduler les phrases quand elles se répètent, conduisant finalement à une version bien posée sur ses bases, sans le moindre dérapage, mais où le jeu de tension détente est éliminé de la partie, où les climax arrivent sans qu’on les sente irrésistiblement monter du profond de nos entrailles. Les deux mouvements impairs en souffriront plus franchement que l’Andante et le Finale. Le Moderato initial, après un début prometteur, avance sans jamais vraiment décoller car simplement dénué de tension. Toutes les montés paroxystiques sont exécutées si proprement qu’elles en deviennent mécaniques, perdant leur âme au passage, jusqu’à la coda qui arrive presque sans nécessité organique, comme si tout le mouvement qui l’a précédé n’avait servi à rien. Pourtant le tempo de base de ce mouvement était irréprochable, contrairement à celui du Scherzo, trop modéré pour nous emporter avec lui, et du coup non dénué de lourdeurs sans pour autant offrir en contrepartie le côté rustique de certains des scherzos brucknériens.

Les passages lyriques sont plus convaincants, que ce soit dans leurs interventions au sein du Moderato, ou tout au long de l’Andante impeccablement chantant. Meilleur moment de cet enregistrement, le Finale est nettement plus enthousiasmant, d’une part grâce à son tempo plein d’énergie et à la magnifique performance de l’orchestre suisse. Cette fois-ci ça avance, ça pulse, ça bondit et ça progresse irrésistiblement vers une brillante coda, tout en réussissant mieux que jusqu’alors l’alternance des passages dynamiques et lyriques. Il fallait sans doute le Mehr schnell (plus rapidement) indiqué en début de mouvement pour que la vision très propre du chef se départit d’un sentiment de réserve expressive ressentie jusqu’ici et donne l’intensité espérée à cette symphonie.

Voila donc un disque qui, s’il ne démérite pas car très professionnellement réalisé, remarquablement enregistré et brillamment exécuté par un irréprochable , reste en deçà des plus inspirés, tel le classique Jochum par exemple.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article

Lire aussi :

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.