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Beethovenfest Bonn: Fidelio en version Sturm und Drang

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Bonn. Beethovenhalle. 29-IX-2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en 2 actes sur un livret de Joseph Ferdinand Sonnleithner et Friedrich Treitschke. Représentation en version de concert. Avec : Cécile Perrin, Leonore ; Mojca Erdmann, Marzelline ; Burkhard Fritz, Florestan ; Dmitry Ivashchenko, Rocco ; Evgeny Nikitin, Don Pizarro ; Julian Prégardien, Jacquino ; Detlef Roth, Don Fernando ; Ulrich Tukur, récitant. Deutscher Kammerchor (direction : Michael Alber). Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, direction : Paavo Järvi.

B'Fest: FidelioBien des années se sont écoulées. Mais Rocco, vieux geôlier retraité, se souvient toujours. Se souvient de ce jeune homme extraordinaire qui pourtant n’en fut pas un, de ce beau-fils (ou presque), Fidelio, qui s’avéra être femme, Leonore. Et il se souvient de Florestan, le prisonnier, victime du pouvoir arbitraire de son chef, Don Pizarro. Par manque de courage il lui avait refusé même un petit bout de pain, lui, Rocco, l’opportuniste. C’est l’écrivain allemand Walter Jens qui avait imaginé, en 1985, ces « mémoires de Rocco », un texte idéal pour toute représentation concertante de Fidelio, si l’on dispose d’un acteur capable de dire, voire de vivre ce texte. Le Beethovenfest Bonn avait mis les petits plats dans les grands en optant pour Ulrich Tukur, vedette du théâtre et du cinéma allemand. Et pourtant, était-ce le bon choix ? Très extraverti, courant sans cesse d’un bout à l’autre de la scène, il lit ses interventions dans un impitoyable staccato, fort et vite. A aucun moment, il n’entre dans la peau du vieillard songeur, interrogeant sa mémoire et sa conscience. Dommage…

Musicalement aussi, c’est une version très Sturm und Drang de l’unique opéra de Beethoven. De sa gestuelle à la fois précise et suggestive enflamme la , orchestre techniquement sans faille et au son toujours clair et transparent. Aucune pesanteur pré-wagnerienne ne se fait sentir, mais une urgence et une fougue qui, à plus d’un moment, coupent le souffle. Si le quatuor du premier acte et le début du chœur des prisonniers constituent de rares moments de repos (et de magie !), Järvi gomme entièrement le côté Singspiel des premières scènes. Un choix, pour le moins, discutable.

B'Fest: Fidelio

Côté distribution, nous regrettons vivement la défection d’Emily Magee pour cause de maladie. Sa remplaçante, , mise à mal par les tempi rapides du chef, est dépassée par les exigences du rôle. Le grave manque d’assise, le médium de chaleur alors que l’aigu, souvent émis de force, devient vite strident. Quelques beaux piani, hélas, ne suffisent pas pour sauver la mise. en revanche, campe un Florestan de bout à bout crédible, à l’aigu facile et capable de belles demi-teintes. Excellent aussi le Pizarro d’, doté d’une voix idéale pour le rôle, à la fois puissante et souple, sans parler d’une articulation du texte qui ferait pâlir bien des collègues allemands. En Rocco, Dimitry Ivashchenko n’appelle aucune reproche vocalement, mais le personnage – ni bonhomme, ni méchant complice – reste un peu pâle. Voix petite, mais rayonnante et bien projetée, est une bonne Marzelline, Julian Pregardien, ténor d’une belle couleur juvénile, se faisant remarquer dans le rôle pourtant secondaire de Jacquino. enfin incarne dignement le ministre, malgré une tessiture trop grave pour lui.

Signalons enfin la prestation exemplaire du : homogénéité, beauté du son, puissance, nuances – tout est au rendez-vous, sans oublier une présence dramatique particulièrement captivante. Chapeau !

Crédit photographique : (Pizarro) / (Leonore), Dmitry Ivashchenko (Rocco), (Marzelline) © Barbara Frommann

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Bonn. Beethovenhalle. 29-IX-2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en 2 actes sur un livret de Joseph Ferdinand Sonnleithner et Friedrich Treitschke. Représentation en version de concert. Avec : Cécile Perrin, Leonore ; Mojca Erdmann, Marzelline ; Burkhard Fritz, Florestan ; Dmitry Ivashchenko, Rocco ; Evgeny Nikitin, Don Pizarro ; Julian Prégardien, Jacquino ; Detlef Roth, Don Fernando ; Ulrich Tukur, récitant. Deutscher Kammerchor (direction : Michael Alber). Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, direction : Paavo Järvi.

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