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Metz : Lakmé sans daturas

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz Métropole. 22-XI-2013. Léo Delibes (1836-1891) : Lakmé, opéra en trois actes (1883) sur un livret de Edmond Gondinet et Philippe Gille. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Scénographie : Benoït Dugardyn. Costumes : Giovanna Fiorantini. Chorégraphie : Élodie Vella. Lumières : Patrick Willaume. Avec : Mélanie Boisvert, Lakmé ; Nicolas Cavallier, Nilakantha ; Mirko Roschkowski, Gérald ; Carine Séchaye, Mallika ; Antoine Chenuet, Hadji ; Charlotte Dellion, Ellen ; Jean-Luc Ballestra, Frédéric ; Laure André, Mistress Bentson ; Pauline Claes, Rose ; Ge Song, Un Marchand Chinois ; Thomas Roediger, un Kouravar ; Yannick Adam, un Domben. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef des chœurs : Nathalie Marmeuse). Orchestre National de Lorraine, direction : Jacques Mercier.

LAKME 06 © Philippe Gisselbrecht - Metz MétropoleC’est sous le signe du dépoussiérage que semble avoir été placée la production de Lakmé récemment donnée à l’Opéra-théâtre de Metz.

Débarrassé du kitsch et de la pacotille orientale qui entachent si souvent les mises en scène du chef d’œuvre de Delibes, ce spectacle coproduit avec le Theater Bonn ramasse l’action sur elle-même pour mieux se concentrer sur la vérité des personnages et sur la sincérité de leurs sentiments. Le contexte oriental n’en est pas gommé pour autant, l’accent étant mis sur des costumes plus vrais que nature ainsi que sur un habile décor particulièrement épuré, la paroi ajourée de la claustra permettant d’évoquer à la fois le jardin de Nilakantha au premier acte, la place publique du deuxième ou encore la forêt du troisième. Dans tous les cas, il permet d’évoquer la séparation des deux univers qui s’affrontent.

Comme souvent dans les mises en scène de Paul-Émile Fourny, la convention est dans l’ensemble respectée pour se mettre au service d’une direction d’acteurs impeccable, évitant toute tentative de relecture intempestive ou de transposition anachronique. La mise en scène, particulièrement alerte dans les scènes comiques avec les Anglais, évite ainsi de développer le substrat intégriste et colonialiste de l’ouvrage que l’actualité du moment aurait pu encourager. Elle accentue cependant le thème du poids de la religion ainsi que celui de la pression exercée par l’homme sur la femme. La mort de Lakmé, qui dans l’original s’empoisonne en avalant une fleur de datura, prend ainsi la forme de la mainmise sur la jeune femme par son père, l’ouvrage s’achevant sur une scène où l’on voit Nilakantha cloîtrer et voiler sa fille qu’il destine visiblement à la vie religieuse et au sacrifice de sa vie de femme.

La distribution, particulièrement investie sur le plan scénique, est d’une belle homogénéité vocale et musicale. Chez les messieurs, on retiendra tout particulièrement le puissant Nilakantha de , ainsi que l’élégant Gérald de , à la diction française exemplaire et aux phrasés subtilement sculptés. Une mention toute particulière pour le fringant Frédéric de , parfaitement à l’aise dans un rôle secondaire dont il parvient à faire un premier plan. Chez ces dames, on retiendra le timbre de roses de la prometteuse dans le petit rôle d’Ellen, ainsi que le joli mezzo de en Mallika, particulièrement bien assorti avec le soprano de Lakmé. Dans le rôle-titre, fait merveille par le charme de son timbre ainsi que par sa musicalité à toute épreuve. Les clochettes l’auront trouvée quelque peu tendue le soir de la première, même si elle s’est acquittée plus que dignement de cette pièce de bravoure toujours attendue du public.

L’épure recherchée par la mise en scène s’est vue complétée par la suppression pure et simple des récitatifs et des dialogues parlés de la version originale. Cette disparation, tout à fait bienvenue dans le contexte d’une telle mise en scène, aura permis de faire ressortir la beauté envoûtante de l’orchestration de Delibes, traitée par avec le même soin que s’il s’était agi d’une partition symphonique. Pour ce soir, autant l’ dans la fosse que le  auront rendu justice à un ouvrage que tout un chacun gagnerait à réentendre et à redécouvrir. Une belle soirée qui rend justice à un ouvrage aux ineffables beautés.

Crédit photographique : et © Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

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