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A Paris Pascal Rénéric incarne un Manfred saisissant

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Opéra Comique. 09-XII-2013. Robert Schumann (1810-1856) : Manfred, musique de scène sur poème dramatique en trois parties de Lord Byron. Mise en scène et lumières: Georges Lavaudant ; Décors et Costumes: Jean-Pierre Vergier. Avec: Pascal Rénéric, Manfred ; Astrid Bas, la Fée, le fantôme d’Astarté ; Anneke Luyten, Sarah Jouffroy, Norman Patzke, Luc Bertin-Hugault, Geoffroy Buffière,Olivier Dumait, Cyrille Gautreau, Génies et Esprits. Chœur de chambre Les Eléments (chef de choeur : Joël Suhubiette), La Chambre Philharmonique, direction : Emmanuel Krivine

ManfredAvec Manfred, Schumann a incontestablement réussi à créer un objet hybride et captivant, hélas, sans postérité immédiate, lui qui était obnubilé par l’idée de réformer durablement le genre de l’opéra. C’est cette étrangeté qui nous était donnée à voir dans la mise en scène sombre -et malheureusement un peu creuse – de .
En fond de scène, des images liées au texte de Byron (le cosmos, la montagne, la figure aimée) et quelques extraits sont projetés à plusieurs reprises: si l’artifice demeure néanmoins palpable, il n’entrave pas l’action des deux comédiens et du choeur.
Dans cette atmosphère à la Caspar David Friedrich parsemée de détails gothiques (costumes exclusivement noirs, lumières variant du bleu à l’argenté, visages blafards), campe donc un Manfred impressionnant de vérité: de la lassitude à la mort salvatrice en passant par l’énergie du désespoir, il déploie avec finesse une large palette d’émotions. À souligner également, sa capacité stupéfiante à moduler sa voix, s’adaptant ainsi avec brio aux différents personnages, Lavaudant ayant fait ici le choix d’un acteur unique. Bref, dans le cadre de ce poème réputé injouable -Byron avait une sainte horreur du théâtre et son écriture ne le dément pas- il faut avouer que s’en sort sacrément bien.

Sa complice est également tout à fait remarquable dans le rôle du fantôme d’Astarté, d’autant plus que la mise en scène flirtant avec l’esthétique photographique (statisme généralisé, postures figées) aurait pu lui être ingrate. Force est de constater que même muette et statufiée, elle parvient encore à dégager une présence scénique admirable. Seul petit bémol, sa voix (pourtant amplifiée) -son souffle, devrait-on dire, tant elle joue sur l’aspect détimbré- ne passe pas toujours par-dessus l’orchestre ; gageons que ce n’était là que le tâtonnement inhérent aux premières. Les sept « génies et esprits » sont musicalement convaincants avec des phrasés clairs et une prononciation acceptable de l’allemand. En revanche, l’équilibre du chœur (dans son unique apparition) n’a pas été des plus réussis, l’acoustique n’étant visiblement pas favorable aux voix féminines. Mais surtout, on demeure sceptique face à la mise en scène : les esprits infernaux, certes virulents, avaient-ils vraiment besoin d’agiter des drapeaux bordés de rouge comme dans une vulgaire corrida ?

Cependant, la vraie déception de cette soirée fut indubitablement la direction flottante d’ qui, à force d’attaques imprécises, parvient à faire oublier la sublime partition de Schumann. Plus gênant encore, la justesse vraiment (trop) approximative de . Les violons terriblement aigres ainsi que le piccolo et les cuivres ne semblent pas jouer sur le même diapason, c’est dire…

Dommage, car la performance des acteurs vaut le détour !

© Julien Etienne

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