Une déambulation féline métamorphose l’œuvre d’Offenbach

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Auditorium du Musée d’Orsay, 6-II-2014. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Chatte métamorphosée en femme, opéra comique en un acte sur un livret de Scribe et Mélesville d’après la fable de Jean de La Fontaine. Alexandra Lacroix, mise en scène ; Francesca Bonato, chorégraphie ; Aline Vaglio, lumière ; Thibault Perrine, orchestration ; Martin Surot, chef de chant. Avec : Magali Léger (Minette) ; Pauline Sabatier (Marianne) ; François Rougier (Guido) ; Guillaume Andrieux (Dig Dog) ; Francesca Bonato (la chatte) ; Orchestre de chambre Pelléas, direction : Benjamin Lévy.

la chatte ML et FR Sophie BOEGLY (1) [Desktop Resolution]Après Patience de Sullivan et Gilbert en 2011, Cendrillon de Pauline Viardot en 2010, L’Amour masqué d’André Messager en 2009, ou encore le spectacle « Cabaret du Chat Noir » en 2008, Le musée d’Orsay poursuit ses représentations de pièces « légères » avec La Chatte métamorphosée en femme, aujourd’hui très rare sur les scènes.

L’histoire est celle d’un jeune homme, Guido, amoureux de sa chatte, qui voit son animal transformé en une jeune femme charmante, grâce au pouvoir d’une bague laissée par un mystérieux Indien. Il est cependant excédé par le comportement de la femme qui agit comme… une chatte. Cette jeune fille n’est autre que la cousine de Guido qui a usé de cette ruse pour attirer son attention, entreprise excellemment réussie.

Les quatre chanteurs, de timbres et de couleurs vocales assez homogènes, jouent parfaitement leur rôle, chacun avec le caractère approprié : Minette, explosive, Guido, intériorisé, Marianne, sage et bien comme il faut en tant que gouvernante et Dig Dog, extravagant. L’orchestre à 16 musiciens, placés immédiatement à l’avant de la scène, sur la moitié gauche de sa longueur, presque au même niveau que celle-ci, semble avoir un effectif trop important (notamment 6 violons et 2 altos) pour les dimensions et l’acoustique de la salle. De ce fait, il couvre parfois les voix. Pour autant, notons la qualité de l’arrangement musical réalisé par , dont on connaît les fructueuses collaborations avec la Compagnie Les Brigands.

Le spectacle n’est peut-être pas aussi heureux sur le plan de la mise en scène et des ajouts des airs. Même si le spectacle est dépoussiéré avec des décors simples et en transformant le vieil intendant déguisé en Dig-Dog en un jeune homme vigoureux, pourquoi ce Dig Dog doit-il chanter accroché au lustre ou en faisant le poirier ? (si c’est pour insister sur le pouvoir « mystique » du personnage censé être Indien, autant exploiter l’exotisme qui a dû faire fureur à la création, en 1858, d’autant que les deux femmes sont habillées en robes du style 19e siècle) Pourquoi la chatte, incarnée par une danseuse-chorégraphe, doit-elle être constamment présente sur scène en déambulant ça et là ? Pourquoi doit-on ajouter des airs et des pièces tirés d’autres œuvres du compositeur (Chanson de Fortunio, le Ballet des flocons de neige du Voyage dans la Lune, le Ballet de Geneviève de Brabant et Air de Catherine de Pomme d’Api) ? De plus, pendant ces musiques, surtout à la fin, la « chorégraphie » ne fait que mêler les corps des quatre protagonistes et de la chatte, laissant un vide spatio-temporel sur le plan théâtral. Tout cela est, à notre sens, bien éloigné de l’esprit de l’œuvre et d’Offenbach. Une certaine lecture ? Certes. Mais nous aurions souhaité quelque chose de plus rythmé et logique.

Crédit photographique : © Sophie Boegly

 

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