Vortex Temporum : l’expérience grisante d’Anne Teresa De Keersmaeker

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Théâtre de la Ville. 28/IV/14. Anne Teresa De Keersmaeker : Vortex Temporum. Chorégraphie : Anne Teresa De Keersmaeker. Musique : Vortex Temporum, Gérard Grisey (1996). Direction musicale : Georges-Elie Octors. Musiciens Ictus : Jean-Luc Plouvier, piano, Michael Schmid, flûte, Dirk Descheemaeker, clarinette, Igor Semenoff, violon, Jeroen Robbrecht, alto, Geert De Bièvre, violoncelle. Lumières : Anne-Teresa De Keersmaeker, Luc Schaltin. Conseiller artistique lumières : Michel François. Costumes : Anne-Catherine Kunz. Dramaturgie musicale : Bojana Cvejic. Créé avec et dansé par Bostjan Antoncic, Carlos Garbin, Marie Goudot, Cynthia Loemik, Julien Monty, Michaël Pomero, Igor Shyshko.

Vortex Temporum -® Herman Sorgeloos 10 explore la musique spectrale de dans Vortex Temporum, une expérience grisante tant pour les danseurs de que pour les musiciens de l’ensemble Ictus.

Tracés à la craie, sans doute à l’aide d’un spirographe, des cercles dessinent sur le tapis de danse noir un espace géométrique enchevêtré. Figures principales de Vortex Temporum, ces cercles se feront, tout au long du spectacle, l’écho de ses circonvolutions tant musicales que chorégraphiques.

Jouée par six musiciens virtuoses de l’ensemble Ictus, dirigé par Georges-Elie Octors, le premier mouvement de la pièce clé de la musique spectrale, composée par en 1996 évoque chez l’auditeur les ronds dans l’eau provoqués par les pierres lancées sur la surface plane d’un lac ou d’une rivière. Ces ricochets sont longs ou courts, plus ou moins volatils, comme les sons produits par la clarinette et la flûte qui se répondent, le violon, l’alto et le violoncelle qui dialoguent ou le piano qui soliloque.

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Quand les danseurs entrent en scène, ils reprennent ces figures concentriques (ici centripètes ou centrifuges), tournant autour d’un corps pivot dans un geste rotatif ample qui rappelle celui du lanceur de poids (pour les trois danseurs qui interprètent les cordes) ou d’un roseau qui plie mais ne rompt pas (les filles incarnent les instruments à vent), tandis que le piano, dans un esprit free jazz, est illustré par un danseur fougueux et presque improvisateur.
La formule devient encore plus complexe quand danseurs et instrumentistes se retrouvent ensemble sur le plateau, décrivant individuellement des trajectoires sinusoïdales et tournant accessoirement sur eux-mêmes. Même le piano, joué debout, décrit des cercles conformément au mouvement général.

Le tutti, avec ses élans et ses torsions, est jubilatoire. On y retrouve ce qui est au cœur des enjeux artistiques d’ depuis plus de trente ans : le dialogue rigoureux, mais libre, entre la musique et la danse, la connaissance intime, parfaite, de ses mouvements intrinsèques. Les différents mouvements de cette musique à la fois inquiétante et apaisante, qui gonfle et reflue comme la marée, et sa traduction plastique et subtile par font de Vortex Temporum une expérience musicale et chorégraphique à vivre intensément.

Crédit photographique : © Herman Sorgeloos / Anne Van Aerschot

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