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Les chemins audacieux de Mariss Jansons

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Munich. Philharmonie. 1-V-2014. György Ligeti (1923-2006) : Atmosphères pour grand orchestre. Ludwig van Beethoven (1770-1828) : Concerto pour piano et orchestre n° 4. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 5. Mitsuko Uchida, piano. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Mariss Jansons.

uchidaQuelques jours à peine après avoir confirmé qu’il quittait la direction du Concertgebouw, retrouvait l’orchestre auquel il a donc préféré rester fidèle, et ce malgré les difficultés irrésolues causées à Munich par l’absence de salle de concert affectée à l’orchestre : son contrat actuel court jusqu’en 2018, et il n’est certainement pas trop tôt pour dire que la longue lune de miel entre l’orchestre et son 6e directeur musical marquera pour longtemps la vie musicale de la capitale bavaroise.

Non pas, d’ailleurs, que le mandat de Jansons se caractérise par une particulière audace dans les choix de programmation des concerts qu’il dirige – au contraire, le programme qu’on entend ce soir est sans doute l’un de ses plus modernes et exigeants. La musique contemporaine, certes, joue un rôle important pour l’orchestre, mais dans une série parallèle, Musica Viva, fondée par Karl Amadeus Hartmann, et qui a le défaut majeur de créer un mur entre grands concerts symphoniques et musique de notre temps. Même une pièce aussi vénérable et lisible qu’Atmosphères, créée en 1961 et entrée au répertoire de l’orchestre deux ans plus tard sous la direction du compositeur, perturbe visiblement le public du concert d’abonnement de ce soir, qui se montre particulièrement peu concentré et exhale un ennui contagieux que l’interprétation de ce soir ne justifie pourtant pas.

Dans ce programme consacré au xxe siècle, les choix sonores de pour le concerto de Beethoven ne surprennent qu’à moitié, mais ils n’en méritent pas moins qu’on s’y arrête – sans doute n’auront-ils pas été universellement goûtés. Avec ces cordes tranchantes,  sans transparence, on est ici aussi peu dans le confort chaleureux d’une tradition viennoise que dans les brillants éclairages portés par les tenants de l’exécution « authentique » avec ou sans instruments anciens. La manière dont Jansons oppose un andante aux carrures presque rustiques à un premier mouvement pris avec beaucoup plus d’ampleur est une autre manifestation de ce parti-pris marqué, peu aimable mais extrêmement prenant, et bien différent de ses interprétations beethoveniennes précédentes. On aurait aimé trouver une telle maîtrise chez , qui joue comme toujours avec beaucoup d’intentions qu’elle ne parvient ce soir pas toujours à rendre lisibles : la matière sonore est trop souvent confuse, le toucher peu nuancé, et si quelques passages plus retenus sont d’une belle intensité, l’ensemble n’est pas à la hauteur des chemins neufs du chef.

En deuxième partie, Jansons retrouve un compositeur essentiel dans sa carrière, non seulement parce qu’il a pu en tant qu’assistant d’Evgenyi Mravinsky s’abreuver aux sources authentiques de l’interprétation de cette musique, mais aussi parce que l’intégrale de ses symphonies commencée qu’il a enregistré avec plusieurs orchestres entre 1988 et 2006 a fait beaucoup pour sa reconnaissance internationale. Symphonie des faux-semblants, hommage à Staline et raillerie amère contre lui, la Cinquième symphonie valait ce soir bien plus pour l’extrême délicatesse de ses passages les plus recueillis, les plus chambristes aussi, que pour les violences parodiques ou non du dernier mouvement. Les bois de l’orchestre, plus encore que les cuivres, trouvent ici abondamment matière à briller, avec autant de richesse interprétative que de pure beauté instrumentale – et cette fois, Jansons n’hésite pas à donner aux cordes l’autorisation de démontrer qu’elles n’ont rien à envier à leurs collègues de Vienne, Berlin ou Amsterdam en matière de chaleur et de souplesse. Belle démonstration de la capacité d’adaptation de l’orchestre tout autant que de la capacité de leur directeur musical à affirmer ces choix et à construire dans un programme de concert des chemins imprévus et passionnants.

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Munich. Philharmonie. 1-V-2014. György Ligeti (1923-2006) : Atmosphères pour grand orchestre. Ludwig van Beethoven (1770-1828) : Concerto pour piano et orchestre n° 4. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 5. Mitsuko Uchida, piano. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Mariss Jansons.

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