Nicholas Angelich joue Liszt à la Roque d’Anthéron

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La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans. 16-VIII-2014. Franz Liszt (1811-1886): Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi bémol majeur; Concerto pour piano et orchestre n°2 en la majeur. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Roméo et Juliette, suites pour orchestre: extraits. Nicholas Angelich, piano. Orchestre Symphonique Tchaïkovsky de Moscou, direction : Andris Poga.

photo_1408265864Au fil des décennies, le Festival de Piano de la Roque d’Anthéron a su s’imposer comme un rendez- vous incontournable du paysage musical en France mais aussi à l’étranger. En effet, nombreux sont les festivaliers qui n’hésitent pas à venir de très loin pour entendre les meilleurs de la profession dans un cadre, il est vrai, enchanteur.

Le pianiste Nicolas Angelich était à l’affiche de cette 34e édition en ce samedi 16 août, accompagné d’ à la tête de l’Orchestre Symphonique Tchaïkovsky de Moscou. Cette collaboration fut placée sous le signe de la complicité et nous permit d’entendre avec bonheur le 2e concerto pour piano de Liszt, une œuvre majeure bien trop rare de nos jours. Les modes musicales semblent décidément dénuées de toute logique !

D’emblée, les premiers accords du 1er concerto de Liszt résonnent avec grandeur. Ils nous laissent présager une direction flamboyante et carrée de la part du jeune letton. Quelques mesures suffisent pour que parvienne à la densité de jeu voulue. Son piano nous touche là où d’autres virtuoses en rajoutent et peinent à trouver la même profondeur. C’est un véritable dialogue qui s’instaure avec un orchestre qui brille par la qualité de ses solos dont ceux des bois. Très à l’écoute du pianiste, façonne une architecture homogène, aux dynamiques franches, sans jamais chercher à prendre le dessus. Une réalisation de Maître au climax final parfaitement contrôlé!

Initialement baptisé « concerto symphonique », le 2e concerto est interprété avec la même verve que le 1er, mettant en lumière son caractère plus poétique et facétieux. Après l’introduction du thème principal d’une mélancolie épidermique, les six mouvements sont enchaînés avec fluidité, portés par une mise en tension au souffle épique. Malgré l’armada de cordes présentes sur scène, on a l’impression d’entendre s’élever une seule et même voix. Echanges tout en nuances dans l’Allegro Moderato avec un pianiste qui s’exprime avec fraîcheur notamment dans les passages introspectifs. Sans surenchère expressive, les volets vifs exploitent le côté fantastique de la partition pour une montée en puissance brillante. Longuement ovationné, reviendra donner deux bis convaincants. La première pièce des Kinderszenen de Schumann, murmurée et délicate puis la pénétrante Mazurka en fa mineur de Chopin.

La dernière partie du concert est consacrée à Prokofiev et sa suite orchestrale Romeo et Juliette. Les regards sont dirigés dès lors vers Andris Poga, irrésistible sur son podium. S’illustrant dans une direction droite caractérisée par une amplitude constante, il déroule dans Montagus et Capulets un tapis sonore d’une noirceur menaçante. Ce fameux thème fait partie avec la mort de Tybalt des extraits les plus réussis, sans lourdeur ni pathos excessif. La lecture ici proposée est avant tout dramatique et omet quelque peu un sens théâtral dans les épisodes lyriques. Toutefois, le caractère des différents personnages est bien marqué et cette interprétation nous offre une conception particulièrement soignée.

Crédit photographique : Christophe Grémiot

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