Banniere-ClefsResmu-ok

Récital Mikhaïl Rudy au festival de Besançon

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Besançon. Cité des Arts – Auditorium. 14-IX-2014. Alexandre Scriabine (1872-1915) : Deux danses op.73 ; Vers la flamme op.72. Guillaume Connesson (né en 1970) : Dance ; Igor Stravinski (1882-1971) : Petrouchka Suite. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Les tableaux d’une exposition. Mikhaïl Rudy, piano.

Rudy2008Le retour à Besançon de  dans un récital thématique autour de la musique russe a permis à la salle comble de l’auditorium d’en apprécier toute la teneur expressive.

Le tout nouveau Conservatoire de Besançon abrite en effet un auditorium certes de capacité limitée avec ses 290 places et sans vocation de concert mais d’une bonne acoustique pour le piano et parfaitement adapté à une relation étroite entre public et artistes. L’absence de scène permet une proximité physique et une écoute concentrée très appréciables.

Des fumées harmoniques de Scriabine, très courtes mais très denses, gérées avec une grande clarté et sans mysticisme obscur, on passera à la Dance de Connesson, compositeur en résidence à Besançon, sorte de synthèse esthétique bienvenue composée en 2011, transition étudiée entre le dernier Scriabine et le premier Stravinski dont Rudy a complété la suite tirée de Petrouchka en en transcrivant lui-même les parties manquantes.

Avec là encore un clavier se partageant entre les vrombissements d’une foule populaire bruyante et la fragilité de la marionnette : une musique qui va chercher les grandiloquences de l’orchestre symphonique superposées aux mélodies populaires comiques plaquées sans vulgarité. Du gros effet assumé et de la finesse naturelle.

La version proposée par Mikhail Rudy des Tableaux d’une exposition comportait un risque, heureusement évité. On connaît la base narrative de l’inspiration du compositeur décrivant les impressions reçues d’œuvres picturales, chacune portant un titre et ordonnées selon un fil conducteur thématique. Kandinsky ne voyait pourtant pas la chose de la même façon : les Tableaux sont de la musique pure et non à programme. Créant lui-même dessins, couleurs et animations, le peintre russe, aux sources de l’art abstrait, scénarise sa vision des Tableaux. Ainsi sera projetée sur grand écran l’œuvre animée de Kandinski associée à l’œuvre musicale de Moussorgsky. Un petit écran posé sur le piano permettra au soliste de suivre l’animation. Le risque énoncé était que celui-ci plie sans recul son interprétation à la projection, guidée et conditionnée par elle. Heureusement, il n’en fut rien.

Esthétiquement, on sera interloqué dans le jeu de Mikhail Rudy et la peinture de Kandinski par le fait que l’abstraction kandinskienne prend une source évidente dans le réalisme le plus simple et ne cherche pas à s’en défaire et que le réalisme moussorgskien tendait vers une abstraction, ou une musique pure comme la percevait le peintre. L’un dans l’autre, un échange fructueux de points de vue se mettait en place. Généreux, les quatre bis (dont un dernier consacré à Gluck dans la même approche picturo-musicale célébrant les 50 ans du plafond de l’opéra Garnier par Chagall) ne nous donnèrent que le regret de savoir bientôt quitter ce pianiste attachant.

Crédit photographique : © Marthe Lemelle

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.