Les Brahms de toujours de Bernard Haitink

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 24,25-XI-2014. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3 en fa majeur op.90 ; Concerto pour piano n°1 en ré mineur op.15 ; Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur op.83 ; Symphonie n°4 en mi mineur op.98. Emanuel Ax, piano. Chamber Orchestra of Europe, direction : Bernard Haitink.

LUCERNE FESTIVAL am PIANO 2010En deux soirées consacrées exclusivement à Brahms, le chef hollandais a montré, du haut de ses quatre-ving-cinq ans dont soixante années de direction d’orchestre (il prit la baguette en 1954), qu’il n’avait rien perdu de sa flamme brahmsienne, ses qualités de toujours dans ce répertoire se retrouvant comme à leurs plus beaux jours à la tête du , seul ou accompagnant dans les deux concertos pour piano.

C’est la Symphonie n°3 qui ouvrit le bal, laissant la conclusion du premier concert au spectaculaire Concerto pour piano n°1, et dès le premier mouvement on comprit que le style Haitink tel qu’il apparut dès son intégrale Brahms avec le Concertgebouw d’Amsterdam des années 1970, n’avait pas fondamentalement changé. Un modèle d’équilibre entre assise rythmique et lyrisme expressif, une balance instrumentale parfaite laissant s’exprimer les solistes sans les extraire du flux musical, et assurant aux tutti homogénéité, puissance et lisibilité, des choix de tempo, peut-être sans risque mais impeccablement fonctionnels, un fruité orchestral réjouissant, voilà ce qu’on pouvait entendre ces deux soirs, portés au niveau d’accomplissement attendu d’un tel chef. Un Brahms presque d’école, où tout est en place sans qu’aucun élément ne soit toutefois ni poussé à l’extrême ni mis spécialement en exergue. Si le jeu de flux et reflux typiquement brahmsien étaitperceptible, il restait humble, si le tempo de base était irréprochable, sa régularité enlevait une part de souplesse au flux musical, réduisant légèrement l’impact des moments paroxystiques et de leur montée en puissance. Qui d’ailleurs, pour un orchestre « de chambre » à quarante cordes, n’en manquait pas dans le grand volume de Pleyel, même si l’arrivée des vents et des timbales au sommet des fortissimos marquait systématiquement un petit à-coup au-dessus des cordes, et qui, paradoxalement, coupait la dynamique vers le bas, ne descendant jamais au-dessous d’un piano mezza-forte.

Cela donna quand même deux symphonies de fort belle tenue, racées et élégantes, pudiques dans leur refus de s’épancher ou de sentimentaliser le discours, dont on ne peut mettre en exergue l’une par rapport à l’autre tant elles furent jumelles en réussite comme en style, avec les même points forts et les mêmes réserves. Côté concerto la donne fut plus tranchée avec un Concerto n°2  incontestablement un cran au-dessus de son aîné tant on sentit le pianiste plus à son affaire ici, ou a contrario, plus en difficulté avec le souvent rebelle op.15. Dans les deux cas l’accompagnement orchestral était un modèle du genre, soutenant constamment le soliste, instaurant avec lui un parfait dialogue. Semblant légèrement fébrile le premier soir, eu du mal à dominer son sujet comme parfois son clavier, et même s’il y eu de forts beaux moments, l’ensemble nous laissa sur notre faim. Alors que le lendemain, où le concerto était joué en première partie de soirée, la fluidité du discours et des doigts, l’élégance des phrasées, l’élan plus naturel trouvé par emporta le morceau d’un seul souffle.

Ces deux soirées Brahms auront en tous cas permis de retrouver un comme à ses plus beaux jours, espérons le retrouver aussi fringant encore longtemps.

Crédit photographique : , Bernard Haitink, Emanuel Ax © Priska Ketterer – Lucerne Festival

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