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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

 flagge-groenland (Copier)Les hymnes nationaux nordiques sont-ils belliqueux et guerriers comme la « Marseillaise » française ? Le plus souvent, ils défendent les grandes valeurs humaines en accord avec la Déclaration des Droits de l’Homme, révèrent la nature et respectent les règles fondamentales de la Démocratie. Qui sont les hommes qui contribuèrent à leur élaboration ?

Der er et yndigt land (Il est un doux pays), l’hymne national danois

Cet hymne est joué lors des manifestations civiles au Danemark et lors des fêtes nationales.

hymne_danoisLes paroles de Il est un doux pays furent écrites en 1819 par Adam Gottlob Oehlenschläger (1779-1850), écrivain majeur, chef de file du romantisme danois. La musique vint plus tard, en 1835. On la doit à Hans Ernst Krøyer (1798-1879), cantor attaché à la chapelle royale du château de Christianborg dont le reste de la musique, surtout vocale, semble tombé dans un oubli profond.

Ultérieurement, d’autres musiciens comme Thomas Laub (1852-1927), responsable du renouveau de la musique religieuse dans son pays, et son contemporain Carl Nielsen (1865-1931), parèrent le texte de leurs propres notes respectivement en 1919 et 1924. Leurs apports ne s’imposèrent cependant pas.

Mais en présence de la famille royale on chante un autre hymne intitulé Kong Kristian (Le Roi Christian se tenait au pied du haut mât ; en Danois, Kong Christian stod ved højen mast). Il s’agit bien d’un fervent hommage adressé au grand roi Christian IV (1577-1648), protecteur des Arts, mais également à la marine et aux héros des guerres des deux siècles précédents. Le texte écrit en 1779 revient au poète et dramaturge danois Johannes F. Ewald (1743-1781) tandis que la mélodie fut initialement attribuée à Johan Ernst Hartmann. La dernière stance du poème de Ewald fait partie du livret qu’il écrivit pour une ballade de l’opéra Fiskerne, de Johann Ernst Hartmann (1726-1793), produit à Copenhague en 1780. Mais en fait la mélodie d’Hartmann était tout à fait différente de celle maintenant associée aux paroles.

Précisons que la version la plus ancienne de l’air initial, titrée Aria, est anonyme et date de la seconde moitié du 18e siècle. Quant à la musique on l’impute à Ditlev Ludvig Rogert (1742-1813), un juge de Bornholm, violoniste et parolier et non, comme cela est avancé généralement, à Johann Ernst Hartmann.

Enfin, la version définitive émane d’un compositeur de premier plan, Daniel Friedrich Rudolf Kuhlau (1786-1832), grand admirateur de Beethoven, de naissance allemande représentant dignement l’école classique germanique tout en avançant vers le romantisme et en assimilant le style national danois. Il composa plusieurs variations pour piano (op. 16, vers 1817) qu’il inclua dans l’ouverture de son grand succès Elverhøi (La Colline aux elfes) en 1828 où l’on retrouve donc le thème de l’hymne national.

« Il y a un pays charmant,
Qui s’étend avec de larges hêtres
Il ondule en collines, vallées, il s’appelle vieux Danemark …
Près de la plage de l’est salée [il s’agit de la Mer Baltique]

Ce pays est toujours plaisant,
Car la mer se courbe, bleue
Et ses frondaisons sont si vertes.
Que de nobles femmes, de belles pucelles
Et des hommes et de vaillants jeunes hommes
Vivent sur les îles des Danois.

Salut, Roi et salut, la patrie !
Salut, chaque citoyen danois
Qui contribue de son mieux !
Notre vieux Danemark restera
Aussi longtemps que le hêtre reflètera
Sa cime dans la vague bleue. »

n.b. Le Danemark fut le premier pays après le Grande Bretagne à adopter l’air de God Save the King/Queen comme hymne dans une traduction de Heinrich Harries (1762-1802) et utilisé dans un lied en 1790.

 

Maamme-laulu (Notre pays), l’hymne national finlandais

L’hymne national officiel de la Finlande fut d’abord un poème du très célèbre Johan Ludvig Runeberg (1804-1877), poète finlandais d’expression suédoise, écrivain lyrique et patriotique. La société finlandaise cultivée parlait en priorité la langue suédoise si l’on se souvient de la soumission politique de sa province orientale durant de nombreuses années, soit du 12e siècle à 1809 date à laquelle ayant perdu la guerre contre son voisin de l’Est, la province passa sous le giron russe pour plus d’un siècle.

Vårt land en suédois ou Maamme-laulu en finnois est le premier des 35 poèmes des Contes de l’enseigne Stål (Stål, Fänrik Stål sägner, en suédois), une épopée lyrique en deux volumes publiés en 1848 et 1860 situant le sujet autour de la perte de la Finlande par la Suède en faveur de la Russie en 1809.

Ce poème intitulé Vårt Land reçut deux ans après sa rédaction (1846) une mélodie d’un musicien de naissance , né à Hambourg le 19 mars 1809, Fredrik Pacius, installé en Finlande depuis l’année 1834, après avoir été violoniste à Stockholm, comme professseur de musique à l’université d’Helsinki (alors dénommée Université impériale Alexandre). Pacius, mort le 8 janvier 1891, fut considéré comme « le père de la musique finlandaise ».

On a avancé qu’il avait écrit la mélodie en quelques minutes tandis que d’autres pensent qu’elle portait des réminiscences de la chanson à boire « Papst und Sultan » [Le Pape et le Sultan]. Une autre chanson composée par lui en 1858, Sotilaspoika, à partir des Contes présente aussi des ressemblances avec cette dernière.

Plus tard en 1889 le texte fut traduit en finnois par l’écrivain et traducteur Paavo Cajander (1846-1913). Il s’agirait en réalité d’une adaptation de 1867 réalisée par Julius Krohn (1835-1888), spécialiste de la poésie populaire finlandaise, traducteur et journaliste.

Malgré une nouvelle traduction finnoise des Contes par Juhani Lindholm (né en 1951), traducteur finlandais, publiée en 2007, on continue toutefois d’utiliser l’ancienne en tant qu’hymne national.

La première exécution publique de l’hymne, chanté en suédois par un groupe d’étudiants, date du 13 mai 1848, à Helsinki, dans le jardin de Kumtähti, lors de la Journée du printemps.

Pacius avait créé la Chorale universitaire (Akademiska sångföreningen, en suédois) en 1838, mais ce jour-là elle fut dirigée par son président en exercice, l’universitaire nationaliste Fredrik Cygnaeus (1807-1881) qui prononça un discours puis leva son verre « A la Finlande » et les étudiants entonnant à leur tour Vårt land sur l’air de Pacius.

Le texte retenu officiellement utilisait seulement la première et deux dernières des onze strophes qui le composaient. L’hymne fut adopté en 1867.

Il faut savoir que Vårt land ne fut pas accepté par tout le monde. Certains proposèrent que Finlandia, poème symphonique créé sans titre en 1899, de (1865-1957), le remplace en raison des connotations politiques relatives aux conséquences de la guerre civile en 1918 (les partis de droite l’avaient emporté sur la gauche inspirée par le communisme).

n.b. La version suédoise dépourvue d’allusion à la Finlande fut aussi chanté en Suède.

« Oh, notre pays, Finlande, pays natal !
Résonne, ô parole d’or
Nulle vallée, nulle colline,
nulle eau, nulle rive, n’est plus aimée
que cette demeure dans le Nord
cher pays de nos pères.

Ô pays des mille lacs,
Pays de la musique et de la fidélité,
Où l’océan de la vie nous offre un port,
Grâce à ton indigence
Tu ne fus jamais inquiété ;
Tu es resté libre, heureux, tranquille ! »

 

Du gamla, du fria (Toi l’antique, toi le libre), hymne non officiel de la Suède

Une musique traditionnnelle suédoise enrichie des paroles du juriste et poète lyrique suédois Richard Dybeck (1811-1877) de 1844 n’obtint pas le statut d’hymne officiel. Chanté pour la première fois en 1844, son usage comme hymne national date des années 1880-1890. En 1910, Louise Ahlén ajouta deux strophes très rarement chantées tandis que Carl Fredrik Lundqvist et Frans Österblom ont également ajouté des strophes au texte initial sans déclencher l’adhésion espérée.

Le compositeur suédois Edvin Kallstenius (1881-1967), d’abord issu de la tradition romantique avant d’adhérer aux techniques modernes, a procédé à l’arrangement de la mélodie traditionnelle originaire de la province du Västmanland à l’instant évoquée. C’est celle que l’on chante maintenant depuis 1848.

Encore assez récemment, en 2000, une proposition faite au Riksdag, le parlement suédois, d’élever ce chant au rang d’hymne officiel fut refusé par la majorité de gauche du parlement. Cette non officialisation n’empêche pas la majorité des Suédois de considérer Du Gamla, du fria comme leur hymne indiscutable.

« Toi l’antique, toi le libre et montagneux Nord,
Toi le Silencieux, toi le joyeux et le beau.
Je te salue, Ton ciel, Tes pâturages verts.

Oui, je veux vivre, je veux mourir dans le Nord. »

D’autres chants ont été utilisés à certains moments dans ce pays qui tarde encore à adopter définitivement son hyme national. On pense à Bevare Gud var kung basé sur la mélodie de God Save the King/Queen ensuite remplacé par Du gamla, du fria.
La chanson dite Le Chant du roi de Ur Svenska hjertans djup en gång (Au plus profond du cœur de la Suède) fut composé avec une musique de Otto Jonas Lindblad (1809-1864), chef de chœur et compositeur pour chœurs d’hommes, et des paroles du poète Carl Vilhelm August Strandberg (1818-1877) fut un hymne royal pendant un temps. On le chantait pour l’anniversaire du roi, l’ouverture annuelle du Rikstad et les cérémonies du Prix Nobel. Il fut chanté pour la première fois en 1844 et adopté officiellement en 1893.
Sverige, Sverige, fosterland (Suède, Suède, notre terre natale), texte du poète renommé Werner von Heidenstam (1859-1940) et musique de (1871-1927) en 1905 fut le résultat d’un concours lancé en 1899 en vue de mettre en place un nouvel hymne national sur le poème « La Suède » appartenant au cycle de poèmes Ett Folk (Un Peuple) mais cette réalisation restera un hymne non officiel.

 

Ja,vi elsker dette landet (Oui, nous aimons ce pays), l’hymne national norvégien

En l’an 1864, le littérateur le plus célèbre de Norvège, à l’égal de son collègue Henrik Ibsen, grand défenseur de l’indépendance de son pays, Bjornstjerne Bjornson (1832-1910), acheva le texte de l’hymne de la Norvège, pays non indépendant, encore placé sous l’autorité politique de la Suède depuis la fin de l’aventure napoléonienne en Europe. Le traité de Kiel de 1814 avait alors amputé le Danemark de ce territoire de l’ouest.
Ce poème titré « Oui, nous aimons ce pays », avait été écrit à l’occasion du 50ème anniversaire de la Constitution norvégienne et donné en public pour la première fois le 17 mai 1864 à Eidsvoll, ville située non loin d’Oslo, où la constitution de 1814 avait été signée.
Le compositeur nationaliste norvégien Rikard Nordraak (1842-1866), cousin de Bjornson et ami intime de Grieg, trop tôt disparu, en avait élaboré la musique pour cette grande occasion en 1863-1864.
On a dit que Bjornson se trouvait à Eidsvoll lorsqu’il le chanta pour la première fois, tandis que d’autres prétendent qu’il était alors devant le palais de Christiania.
On joue en général les seuls premier, septième et huitième couplets sur un total de huit.
Très rapidement ce chant devint extrêmement populaire et on le lut bientôt dans les livres de lecture des écoles de toute la Norvège. Les enfants le chantaient également lors des réunions et parades.
« Oui, nous aimons ce pays
Comme il émerge
Erodé par les éléments surgissant de la mer
Avec ses mille foyers
Aime, aime-le et pense
A nos pères et mères
Et cette nuit fantastique qui tombe sur nos terres. »

Précisons que Sønner af Norge det aeldgamler rige (Chants de Norvège, le royaume vénérable) , a joui d’une statut de quasi hymne national.
Christian Blom (1787-1861), armateur et compositeur norvégien, en composa la musique, il s’agit là de sa composition la plus connue. Les paroles venaient de Henrik Anker Bjerregaard (1792-1842), poète, dramaturge et juge.

 

Lofsöngur (Chant de la louange), hymne national de l’Islande

Cet hymne a reçu d’autres titres : Ó Guð vors land en islandais, O, God of Our Land en anglais et Ô Dieu d’Islande en français.

Les paroles (1874) de Matthias Jochumsson (1835-1920), poète, traducteur et auteur dramatique islandais reçurent la musique de Sveinbjörn Sveinbjörnsson (1847-1927) qui vécut longtemps à l’étranger. Il laisse une musique romantique influencée par la Danois et l’Allemand Carl Reineke.

L’hymne se compose de trois couplets mais l’on chante habituellement seulement le premier. Il fut adopté en 1874 lorsque l’Islande se dota d’une constitution et célébra le 1000e anniversaire du premier établissement permanent de colons.

« O Dieu d’Islande ! O Dieu d’Islande !
Nous chantons ton nom, ton nom mille fois saint.
Les cohortes des temps te font une couronne
Des soleils du firmament sans fin. »

 

Le Groenland

Le Groenland a deux hymnes nationaux, celui du Danemark et le sien propre, adopté en 1916 sous le titre : Nunarput utoqqarsvanngoravit (Notre pays, qui est devenu si vieux sur des paroles de Henrik Lund (1875-1948), prêtre, poète, peintre et compositeur groenlandais et une musique du compositeur danois Jonathan Petersen (1881-1961).

Un second hymne, le chant Nuna asiilasooq ( Le Pays de grande étendue), utilisé par le peuple inuit fut reconnu en 1979.

« Notre pays, qui est devenu si vieux, ta tête est toute recouverte de cheveux blancs »

Sámi Soga Lávila(La Chanson du peuple sami), hymne du peuple sami
L’hymne sami est commun aux quatre pays sur lesquels les sami se trouvent répartis, Norvège, Suède, Finlande et Russie soit en tout environ 110 000 individus.
Les termes Lapon et Laponie sont de moins en moins usités, on les remplace par Sami et Same pour le peuple et Sápmi pour le territoire.
La chanson de l’hymne revient à Isaac Saba en 1906 et la musique à Arne Sörlie (1904-1969), un compositeur norvégien.

Îles Féroé

Tú alfagra land mítt (Ma terre plus juste), hymne des Îles Féroé, adopté en 1848. Texte de Simun av Skaroi (1872-1942) de 1926 sur une musique de Petur Alberg (1885-1940), violoniste férogien (né à Tórshavn) et compositeur de chansons. Cet hymne supplanta Eg oyggjar veit (1877) du politicien Frisðrikur Petersen (1853-1917) pour les paroles avec une musique de Hans Jacob Højgaard (1904-1992), pédagogue et chef de chœur, natif des Iles Féroé et compositeur prolixe.

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 
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