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Stéphane Denève prend les rênes du Brussels Philharmonic

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Flagey – Studio 4. 16-I-2015. Jennifer Higdon (née en 1962), Blue Cathedral . Guillaume Connesson (né en 1970), Concerto pour violoncelle. Sergeï Prokofiev (1891-1953) : Extraits de Romeo et Juliette. Jérôme Pernoo, violoncelle. Brussels Philharmonic, direction : Stéphane Denève.

stephane deneveDepuis 2012, le capte l’attention des médias par des initiatives originales. Par des enregistrement de musique de films par exemple, dont celle de The Artist, saluée par un oscar.

La même année, l’orchestre faisait le buzz en développant un projet de dématérialisation des partitions prônant l’utilisation de tablettes comme moyen de lecture de la musique. La commercialisation via l’iTunes Store de sonneries pour téléphones portables enregistrées par l’orchestre a également fait parler d’elle. On le voit, l’orchestre ne ménage pas ses efforts pour s’imposer comme un orchestre pionnier, résolument tourné vers les technologies actuelles.

Dans la même logique, Stéphane Denève qui succèdera à Michel Tabachnik en septembre 2015 comme directeur musical, entend bien promouvoir la musique d’aujourd’hui auprès de son public.Blue Cathedral, écrite en 2000 par illustre parfaitement cette ambition. L’oeuvre est aisément apprivoisable par des oreilles non exercées aux productions contemporaines car elle installe des atmosphères à l’esthétique « cinématographique », qui apparaitront familières à un large public. Blue Cathedral a servi d’exutoire à la compositrice lorsqu’elle eut à porter le deuil de son frère. On peut y entendre d’émouvants dialogues entre la clarinette (son frère était clarinettiste) et la flûte (instrument de la compositrice). L’authenticité de la démarche de est certainement le moteur du succès de Blue Cathedral, déjà jouée près de six-cent fois à travers le monde. La spatialisation des percussions apporte beaucoup de plaisir à l’audition de la musique. Le est une équipe expérimentée, mais qui conserve néanmoins une certaine marge de progression. On remarque en effet que les bois pourraient gagner en rondeur ce que les cordes auraient à proposer en brillant. On distingue tout de même de belles individualités comme cette première trompette au vibrato et au timbre particulièrement chaud.

était visiblement particulièrement enthousiaste de présenter , et son concerto pour violoncelle (créé en 2008 à Paris). Le talent du soliste , dédicataire de l’œuvre, justifiait autant cet enthousiasme que la qualité de la partition. Efficace avec ses cinq mouvements stylistiquement contrastés, ce concerto présente une écriture très imaginative et forte, tout en tordant le coup aux caricatures de ce que peut être la musique contemporaine. Connesson n’a en effet nul besoin de remplir la scène d’une centaine de musiciens et d’un barnum de percussions exotiques pour convaincre. La seconde partie du concerto séduit de manière immédiate avec Paradisiacal, mouvement qui offre à Pernoo un chant mélancolique d’une belle intensité. Quant au final Orgiastic il emporte le violoncelliste et l’orchestre dans une cadence diabolique à ce point jubilatoire qu’elle sera bissée!

En guise de seconde partie de concert, Stephane Denève avait  concocté « sa » sélection  d’extraits du ballet Romeo et Juliette de Prokofiev. L’enchaînement des extraits y est parfois abrupt mais le chef fait mouche presque à chaque coup pour insuffler de la vie aux différents tableaux. On peut ergoter sur une légère raideur dans Masques (résultant surtout d’une exposition excessive des percussions) ou encore cette évocation de Juliette dans Les Montaigus et les Capulets, où l’on attendait une sensualité plus espiègle dans les glissandi de cordes. Exceptés ces détails, retenons une Danse des Chevaliers impeccable dans sa mise en place, et Romeo sur la tombe de Juliette, lorsque les cuivres du Brussels Philharmonic dominent la masse orchestrale d’une noirceur implacable.

Incontestablement, ce concert fit une efficace démonstration de la pertinence des ambitions de vis-à-vis de son futur orchestre.

Crédit photographique : Stéphane Denève © Tom Finnie

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