Eblouissante Marianne de Zuzana Marková à Tours

La Scène, Opéra, Opéras

Tours. Grand Théâtre. 15-II-2014. Henri Sauguet (1901-1989) : Les Caprices de Marianne, opéra-comique en 2 actes sur un livret de Jean-Pierre Grédy d’après la pièce d’Alfred de Musset. Mise en scène : Oriol Tomas. Décors : Patricia Ruel. Costumes : Laurence Mongeau. Lumières : Etienne Boucher. Avec : Zuzana Marková, Marianne ; Sarah Laulan, Hermia ; Philippe-Nicolas Martin, Octave ; François Rougier, Coelio ; Norman Patzke, Claudio ; Raphaël Brémard, Tibia ; Jean-Christophe Born, L’aubergiste ; Guillaume Andrieux, Le chanteur de sérénade ; Julien Bréan, La duègne. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction : Claude Schnitzler.

Les caprices de Marianne - Opéra de Tours févr 2015 © François Berthon 0342Lancée à Reims en octobre 2014, la tournée des Caprices de Marianne produite par le Centre Français de Promotion Lyrique a désormais pris son rythme de croisière et fait étape pour trois représentations à l’Opéra de Tours. Nous ne reviendrons pas en détail sur les circonstances de cette production, ni sur la mise en scène, qui ont été minutieusement décrites par Resmusica (cf. notre chronique), sinon pour souligner la fluidité, la lisibilité et le goût qui caractérisent le travail de l’équipe canadienne en charge de la réalisation.

L’écriture vocale de Sauguet, en dépit d’une réelle inspiration mélodique, nous inspire des sentiments mitigés : le premier acte privilégie une déclamation parfois monotone, et la prosodie n’est pas toujours exemplaire. Seul le rôle de Marianne bénéficie d’une écriture résolument lyrique et se voit offrir l’unique véritable aria de la partition, l’élégant O amour, mystérieux amour, qui fut brillamment défendu au disque par Nathalie Dessay. Le compositeur apparaît plus inspiré dans la deuxième partie et signe de très belles pages : le  duo entre Marianne et Octave, le monologue désespéré de Coelio et le final. Sur le plan instrumental, en revanche, l’ouvrage se révèle de bout en bout passionnant : Sauguet possède en effet un langage harmonique aussi personnel qu’envoûtant ainsi qu’un réel talent d’orchestration qui lui permettent de s’inscrire une grande tradition française épicée de surprenantes  audaces.  Ce commentaire orchestral spirituel et savant justifie à lui seul le choix d’un ouvrage parfois désappointant mais réellement attachant.

La jeune distribution sélectionnée par le CFPL recèle une réelle pépite. La soprano tchèque a en effet tout pour plaire : une plastique avantageuse, un jeu subtil, une diction correcte, un timbre chatoyant, une délicate musicalité et une virtuosité sans faille jusqu’au suraigu. Qui pourrait résister à une telle Marianne ? se libère au second acte et lui offre une réplique de qualité en Octave, tandis que se révèle très convaincant en campant un Coelio torturé à l’aigu facile. tire le meilleur parti du rôle peu valorisant d’Hermia, et les seconds rôles sont bien caractérisés, de l’hilarante duègne confiée à la basse de au jovial aubergiste de qui se régale dans la mélodie napolitaine. Nos seules réserves portent sur le Claudio de Norman Patzke à l’intonation et à la prononciation bien fluctuantes.

est l’autre grand artisan du succès de cette représentation en assurant un parfait équilibre entre fosse et plateau, en maîtrisant à merveille la rythmique complexe de Sauguet et en soulignant avec gourmandise chaque détail instrumental sans perdre de vue l’architecture d’ensemble. L’Orchestre Symphonique Région Centre Tours contribue, par sa discipline exemplaire et sa belle palette de couleurs, à cette lecture de haut niveau d’une partition que nous avons eu grand plaisir à découvrir.

Crédit photographique : (Marianne) © François Berthon

 

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